Le pâté des rois, recette de Loos-en-Gohelle, doit-elle être inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco ?

Le « pâté des rois » est un plat local, une spécialité que l’on ne trouve qu’à Loos-en-Gohelle. Certains habitants souhaiteraient même que cette recette figure au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pâté des Rois organisé par la Mairie de Loos en Gohelle en mars 2017-Océane Ten

Pâté des Rois préparée par la mairie de Loos en Gohelle en mars 2017 © Mairie de Loos-en-Gohelle

C’est une recette qui se transmet de génération en génération. Lauriane Lorthios, agent administratif à Loos-en-Gohelle a accepté de nous dévoiler son secret. Car a priori, chaque famille a sa propre recette…

Ce plat était au départ destiné aux agriculteurs : beaucoup de viandes se trouvent à son intérieur, car le travail des champs demandait énormément d’énergie. Selon certains Loossois, le « pâté des rois » existe depuis longtemps, sans doute plus de mille ans.

Traditionnellement, les Loossois concoctent le « Pâté des Rois » au cœur de l’hiver, surtout au mois de janvier. Il faut beaucoup de temps, presque trois jours pour préparer cette spécialité ! Cette tourte se mange évidemment en famille.

Pâté des rois, avant cuire © Lauriane Lorthios

Pâté des rois, avant cuire © Lauriane Lorthios

La recette du pâté des rois

Chaque famille Loossoise possède ses propres proportions. Certaines personnes veulent moins de viande. D’autres mettent plus de farine ou de pruneaux. Il existe même une variante avec les pommes. La préparation de base est presque pareille : farine, levure, sel, poivre, pruneaux, pommes, oignons, thym, matière grasse. Les viandes utilisées sont le veau, le porc et le lapin. Attention : pas de poissons autorisés, sinon, c’est un plat japonais.

Voici la recette qu’on a trouvée sur le site de la mairie de Loos-en-Gohelle.

La recette du pâté des Rois © Mairie de Loos-en-Gohelle

La recette du pâté des Rois, mars 2017 © Mairie de Loos-en-Gohelle

Lauriane Lorthios est en train de préparer le pâté des rois © Mairie de Loos-en-Gohelle

 

          

 

          Comment fait-on le Pâté des Rois ?

 

Passionné la culinaire française, Lauriane Lorthios réalise  chaque année le pâté des rois afin de le partager en famille. Elle nous explique avec plaisir sa recette, à écouter par ici.

Pour cette adjointe administratif à la mairie de Loos-en-Gohelle, ce plat est unique devrait être inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Lauriane Lorthios espère qu’on puisse faire la demande d’inscription pour ne pas perdre la tradition.

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Loos-en-Gohelle patrimoine de l’Unesco : quelles avantages et quelles contraintes cinq ans après ?

2012 : le Bassin Minier Nord-Pas de Calais est enfin inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Cinq ans après ce classement, quel bilan peut-on en dresser ? Francis Maréchal, adjoint au maire, sous-pèse le pour et le contre. 

 

Le bassin minier patrimoine de l’Unesco : pourquoi ?

« L’origine du dossier Unesco? C’est Jean-François ! », sourit Francis. L’adjoint au maire l’appelle par son prénom. Jean-François Caron est le maire écologique de la ville de Loos-en-Gohelle depuis 2001. Tout a commencé il y a trente ans, lorsque le premier élu, Francis et d’autres Loossois ont fondé La Chaîne des Terrils. Une association avec un but précis : revaloriser une zone en déclin. 

« On voulait changer l’image du bassin minier en partant du contexte. Les terrils étaient tous noirs au départ, ils n’étaient que des cailloux. Mais on constatait que la nature poursuivait son cours, elle les reverdissait. On considérait que c’était un signe marquant de l’évolution du paysage ».

Comme le dit la devise de Loos-en-Gohelle, « Du noir à vert« . Du charbon au développement durable. Mais pas seulement. « A l’époque, le chômage montait et ça créait un esprit défaitiste, une perte de confiance en soi. On a donc pensé à faire quelque chose en commençant par un travail sur l’image. La population devait reprendre possession de cet espace-là, il nous appartenait, et il nous appartient ».

« Le projet de la Chaîne des Terrils avait beaucoup avancé en matière de visites organisées sur les terrils », continue Francis. C’est alors que le groupe a décidé de candidater au classement du patrimoine mondial de l’Unesco.

Une fierté pour Loos-en-Gohelle, mais une réussite qui ne se limite pas à la ville : « 120 kilomètres de long, 87 communes, 17 fosses, 21 chevalements, 51 terrils, 3 gares, 124 cités, 38 écoles, 26 édifices religieux, des salles des fêtes ou encore 4 000 hectares de paysage vont porter les couleurs d’un héritage patrimonial de trois siècles d’exploitation du charbon », décrivait Le Monde il y a cinq ans, juste après le résultat. Un patrimoine matériel et immatériel lié à l’héritage d’une société qui s’est développée autour du monde noir de la mine.

Les sentiers montant des pieds des terrils amènent les visiteurs jusqu’au sommet – © Stefano Lorusso

Quelles contraintes ? 

Quel bilan peut-on dresser cinq ans après l’inscription du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l’humanité?

« La difficulté, c’est de peser les avantages. Les contraintes ? C’est facile », reconnaît l’adjoint au maire. « Il y a une zone juste à coté des terrils, y compris les terrils mêmes, qui est maintenant protégée. On aura pas le droit de bâtir. Il y a beaucoup de bâtiments pour lesquels de nombreuses autorisations sont nécessaires pour n’importe quelle intervention. Il y a un certain nombre d’endroits, par exemple les cités minières, où nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons ».

Il y a bien des choses à faire. En ce qui concerne les normes thermiques d’isolation des bâtiments, les anciennes maisons des cités minières, construites en briques il y a longtemps, ne sont pas conformes.

« Il faut les rénover. Mais le problème c’est qu’on ne peut pas les rénover n’importe comment parce qu’il ne faut pas qu’on gâche le côté architectural. Il y a des secteurs où il est extrêmement simple, mais il y en a d’autres où l’architecture des maisons est très complexe. On sera obligé de la garder ».

« Par l’intermédiaire de l’Etat, on peut effectivement demander des financements plus facilement. Mais c’est l’Etat, pas l’Unesco ».

Rénover, donc, est forcément synonyme de dépenses. Mais est-ce que l’Unesco aide financièrement la zone du bassin minier ? « On ne reçoit pas directement de l’argent par l’Unesco. Mais par l’intermédiaire de l’Etat, on peut effectivement demander des financements plus facilement. Mais c’est l’Etat, pas l’Unesco. C’est une protection symbolique. L’inscription du bassin minier implique que les mairies et les communautés locales doivent s’engager à protéger le patrimoine ».

Cité n° 12, Lens et Loos-en-Gohelle, inscrite sur la liste du patrimoine mondial par l’Unesco le 30 juin 2012 . © Jérémy-Günther-Heinz Jähnick sur Wikicommon

Quels avantages ?

A quoi sert, finalement, l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco? Heureusement Loos-en-Gohelle en retire de nombreux avantages. Tout d’abord, le tourisme, une source de revenus. Même si « peut-être pas comme on aurait voulu », avoue Francis.

Il continue : « Je pense que la chose la plus importante, c’est de montrer aux gens le patrimoine qui a été créé par la société, donc par nos parents et nos grands-parents ». Les gens y ont participé : cet héritage, qu’il soit matériel ou immatériel, est effectivement l’histoire de la ville. « C’est notre patrimoine, c’est un beau patrimoine. Il mérite d’être connu. Quand des gens d’ici ont vu arriver des touristes, ils se sont dit que finalement ils vivent dans un pays où il y a des choses intéressantes. Avant c’était la déprime sociale. Une fois le charbon terminé, les gens ont eu l’impression d’être jetés ».

Ça en vaut la peine? Francis Maréchal n’hésite pas un seul moment : « Oui. Au delà de l’argent, socialement et moralement ». Selon lui « les terrils – symboles d’une ville, d’une société, d’un moment historique – sont nos pyramides. Ils ont été construits par les mains de nos parents et grand-parents. Nos terrils peuvent avoir la même valeur que les pyramides d’Egypte ».