Zoom sur la faune et la flore exceptionnelle des terrils de Loos-en-Gohelle

Saviez-vous que les terrils possèdent une flore et une faune exceptionnelle ? Hier chargés du poids de l’image négative de la région, ces montagnes de cailloux abritent aujourd’hui une biodiversité fascinante à observer. Top 6 des incontournables des terrils.

Plantes

Le figuier

Un jour, un specimen a germé à l’improviste sur un flanc du terril: normalement dans la région il ne pousse même pas dans les jardins ! Même si les figuiers de terrils ne donnent jamais réellement de fruits à cause du manque de soleil, ils figurent en bonne place dans le top des espèces originales.

Une légende raconte que le pépin originel est venu directement du Maroc, dans les bagages d’un mineur de la fosse 11/19. En effet à l’époque, lors de leur pause-déjeuner, les mineurs jetaient leurs déchets de nourriture dans des wagonnets, qui étaient déversés… directement au sommet des terrils !

Le pavot cornu

Cette espèce rustique et vigoureuse, qui pousse normalement dans les dunes et dans les terres incultes, fait partie des plantes pionnières, c’est-à-dire les premières ont réussi à s’implanter spontanément sur le sol nu. On le reconnaît grâce à son feuillage vert-bleu ondulé et à ses fleurs de coquelicot d’un jaune orangé. Son système de racines très longues et pivotantes lui permet de garder une certaine tenue dans les sols drainés, s’accrochant même aux pierres encore mobiles.

Un exemplaire de pavot cornu fleuri sur le terril © Arianna Poletti

Le seneçon du cap

Cette espèce herbacée très envahissante, aux fleurs d’un jaune vif, fait partie des plantes qui sont arrivées sur le terril grâce aux hommes. Originaire d’Afrique du Sud, elle arrive en Europe lors des guerres 14-18 et 39-45. Elle produit des grains à forte capacité de dissémination, qui volent au vent et s’accrochent facilement aux habits. La tradition veut qu’elle soit arrivée en France par intermédiaire des toisons de moutons importées de la ville de Mazamet, dans le Sud, par les usines de Calais. Elle s’est vite répandue dans le bassin minier où on la retrouve souvent au bord des routes ou des voies ferrées.

Le rosier sauvage

Autrement appelé Rosa Canina, c’est un arbuste épineux à fleurs rosées qu’on trouve surtout en plaine et qui sert de base pour les greffes des arbres. Ses fruits, les cynorhodons, sont très riches en vitamine C et sont utilisés pour réaliser des gelées, des sirops et des confitures. Ils sont appelés familièrement ‘gratte-culs’ : un terme qui évoque l’effet irritant des poils qui se trouvent à son intérieur au contact de la peau. Les enfants du territoire s’amusent souvent à les enfiler dans le derrière des chemises de leurs camarades.

Animaux

Le Crapaud calamite

Cet habitant de taille petite du terril aime l’altitude et se refuge habituellement dans les zones les plus tranquilles et humides pour pondre ses œufs, comme des flaques d’eau par exemple. Il se cache souvent sous les pierres et sous les morceaux de ferrailles et de bois qui forment l’ancien tapis minier. Il se distingue par une ligne jaune ornant son dos verdâtre. Au début de la saison des amours, en mai, les mâles chantent au cours de la nuit. Ce chant en cœur est très puissant  : il peut être entendu jusqu’à deux kilomètres de distance !

Le lézard des murailles

On trouve tout un cortège de ces lézards protégés au niveau des terrils. De couleur marron-gris, avec une longue queue, ils apprécient les expositions ensoleillées et ils pondent leurs œufs sous les pierres. Mais le mode de ponte dépend du milieu : dans le sud de la France, ils sont vivipares : les petits naissent sans enveloppe ni coquille.

Le merle à plastron

Cet oiseau migrateur au plumage brun part chaque année des pays du Nord pour descendre jusqu’en Afrique. C’est en remontant qu’il s’arrête sur les terrils au printemps pour se reproduire. Pour mieux observer l’évolution et les déplacements de ces oiseaux migratoires, des opérations de baguage sont organisées durant trois semaines.

Un champ de fleurs aux pieds du terril © Arianna Poletti

Le saviez-vous ?

Dans les années 80, la majorité des Loossois n’avait jamais mis les pieds sur les terrils. Ces collines de roches et de ‘gaillettes’ noires, déchets de l’extraction minière, étaient considérées comme de gigantesques poubelles. Dans ce territoire post-industriel, la nature a repris ses droits : elle représente même un patrimoine varié très intéressant à étudier et à préserver.

Au début de la reconquête verte, les plantes les moins exigeantes et les plus capables de s’adapter aux conditions particulières ont ouvert le bal. Ce sont elles qui ont ensuite permis l’installation d’autres nombreuses espèces.  Le microclimat des terrils contraste avec le territoire alentour. Les pentes sont plus sensibles à l’érosion. Les températures sont plus élevées (de 5 degrés en moyenne) à cause de la couverture noire qui absorbe mieux les rayons du soleil.  La composition du sol est plus acide et dépourvue de substances chimiques. Le milieu est globalement plus sec et aride, puisque les tas de cailloux présents ne tiennent pas l’eau.

 

Merci à Francis Maréchal, président du CPIE Chaine des Terrils, passionné de nature et ornithologie et organisateur de balades guidées, qui a permis la réalisation de cet article.

 

Loos-en-Gohelle patrimoine de l’Unesco : quelles avantages et quelles contraintes cinq ans après ?

2012 : le Bassin Minier Nord-Pas de Calais est enfin inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Cinq ans après ce classement, quel bilan peut-on en dresser ? Francis Maréchal, adjoint au maire, sous-pèse le pour et le contre. 

 

Le bassin minier patrimoine de l’Unesco : pourquoi ?

« L’origine du dossier Unesco? C’est Jean-François ! », sourit Francis. L’adjoint au maire l’appelle par son prénom. Jean-François Caron est le maire écologique de la ville de Loos-en-Gohelle depuis 2001. Tout a commencé il y a trente ans, lorsque le premier élu, Francis et d’autres Loossois ont fondé La Chaîne des Terrils. Une association avec un but précis : revaloriser une zone en déclin. 

« On voulait changer l’image du bassin minier en partant du contexte. Les terrils étaient tous noirs au départ, ils n’étaient que des cailloux. Mais on constatait que la nature poursuivait son cours, elle les reverdissait. On considérait que c’était un signe marquant de l’évolution du paysage ».

Comme le dit la devise de Loos-en-Gohelle, « Du noir à vert« . Du charbon au développement durable. Mais pas seulement. « A l’époque, le chômage montait et ça créait un esprit défaitiste, une perte de confiance en soi. On a donc pensé à faire quelque chose en commençant par un travail sur l’image. La population devait reprendre possession de cet espace-là, il nous appartenait, et il nous appartient ».

« Le projet de la Chaîne des Terrils avait beaucoup avancé en matière de visites organisées sur les terrils », continue Francis. C’est alors que le groupe a décidé de candidater au classement du patrimoine mondial de l’Unesco.

Une fierté pour Loos-en-Gohelle, mais une réussite qui ne se limite pas à la ville : « 120 kilomètres de long, 87 communes, 17 fosses, 21 chevalements, 51 terrils, 3 gares, 124 cités, 38 écoles, 26 édifices religieux, des salles des fêtes ou encore 4 000 hectares de paysage vont porter les couleurs d’un héritage patrimonial de trois siècles d’exploitation du charbon », décrivait Le Monde il y a cinq ans, juste après le résultat. Un patrimoine matériel et immatériel lié à l’héritage d’une société qui s’est développée autour du monde noir de la mine.

Les sentiers montant des pieds des terrils amènent les visiteurs jusqu’au sommet – © Stefano Lorusso

Quelles contraintes ? 

Quel bilan peut-on dresser cinq ans après l’inscription du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l’humanité?

« La difficulté, c’est de peser les avantages. Les contraintes ? C’est facile », reconnaît l’adjoint au maire. « Il y a une zone juste à coté des terrils, y compris les terrils mêmes, qui est maintenant protégée. On aura pas le droit de bâtir. Il y a beaucoup de bâtiments pour lesquels de nombreuses autorisations sont nécessaires pour n’importe quelle intervention. Il y a un certain nombre d’endroits, par exemple les cités minières, où nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons ».

Il y a bien des choses à faire. En ce qui concerne les normes thermiques d’isolation des bâtiments, les anciennes maisons des cités minières, construites en briques il y a longtemps, ne sont pas conformes.

« Il faut les rénover. Mais le problème c’est qu’on ne peut pas les rénover n’importe comment parce qu’il ne faut pas qu’on gâche le côté architectural. Il y a des secteurs où il est extrêmement simple, mais il y en a d’autres où l’architecture des maisons est très complexe. On sera obligé de la garder ».

« Par l’intermédiaire de l’Etat, on peut effectivement demander des financements plus facilement. Mais c’est l’Etat, pas l’Unesco ».

Rénover, donc, est forcément synonyme de dépenses. Mais est-ce que l’Unesco aide financièrement la zone du bassin minier ? « On ne reçoit pas directement de l’argent par l’Unesco. Mais par l’intermédiaire de l’Etat, on peut effectivement demander des financements plus facilement. Mais c’est l’Etat, pas l’Unesco. C’est une protection symbolique. L’inscription du bassin minier implique que les mairies et les communautés locales doivent s’engager à protéger le patrimoine ».

Cité n° 12, Lens et Loos-en-Gohelle, inscrite sur la liste du patrimoine mondial par l’Unesco le 30 juin 2012 . © Jérémy-Günther-Heinz Jähnick sur Wikicommon

Quels avantages ?

A quoi sert, finalement, l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco? Heureusement Loos-en-Gohelle en retire de nombreux avantages. Tout d’abord, le tourisme, une source de revenus. Même si « peut-être pas comme on aurait voulu », avoue Francis.

Il continue : « Je pense que la chose la plus importante, c’est de montrer aux gens le patrimoine qui a été créé par la société, donc par nos parents et nos grands-parents ». Les gens y ont participé : cet héritage, qu’il soit matériel ou immatériel, est effectivement l’histoire de la ville. « C’est notre patrimoine, c’est un beau patrimoine. Il mérite d’être connu. Quand des gens d’ici ont vu arriver des touristes, ils se sont dit que finalement ils vivent dans un pays où il y a des choses intéressantes. Avant c’était la déprime sociale. Une fois le charbon terminé, les gens ont eu l’impression d’être jetés ».

Ça en vaut la peine? Francis Maréchal n’hésite pas un seul moment : « Oui. Au delà de l’argent, socialement et moralement ». Selon lui « les terrils – symboles d’une ville, d’une société, d’un moment historique – sont nos pyramides. Ils ont été construits par les mains de nos parents et grand-parents. Nos terrils peuvent avoir la même valeur que les pyramides d’Egypte ».

Retour sur l’histoire de la Chaîne de Terrils, qui a ressuscité les « crasseux »

La Chaine des Terrils, créée en 1989, est l’une des plus anciennes associations de Loos-en-Gohelle. Elle a non seulement permis de réhabiliter les terrils du 11-19 mais a insufflé un mouvement de préservation à l’échelle du bassin minier.

« Une ancienne parmi les anciennes associations à Loos-en-Gohelle », sourit Francis Maréchal. L’association La Chaîne des Terrils a été créée en 1989 avec quelques dizaines des personnes bénévoles de Loos-en-Gohelle. « Au début, c’étaient surtout des militants, soucieux de préserver les terrils.

Evènements fédérateurs

On les appelait « collectif terrils » de 1988 jusqu’à 1994. Le but du rassemblement était de faire prendre conscience du potentiel des terrils, de les valoriser et d’organiser des opérations médiatiques en rapport », détaille l’actuel président de l’association, qui énumère plusieurs évènements comme l’embrasement des terrils, le concours de nouvelles ou de photos. Certaines communes, à l’image de Loos-en-Gohelle, souhaitaient également garder les terrils comme patrimoine.

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Crédit photo CPIE, La Chaine des Terrils

 

C’est à partir de cette volonté commune que le petit groupe s’est agrandi : comme ils étaient de plus en plus nombreux, les adhérents ont choisi le nom La Chaîne de Terrils, comme un fil invisible qui relierait les terrils du bassin minier.

Multitude de projets

Parmi les premiers projets, ont été mis en place l’inventaire du biotope, les premières animations et visites de terril, la mise au point de la charte de préservation, d’aménagement et d’exploitation. La Chaîne de Terrils s’est ainsi structurée petit à petit : l’association a ainsi pu développer au fur et à mesure des activités pédagogiques, touristiques et sportives.

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crédit photo : CPIE La Chaine des terrils

 

« Il y a même des activités que l’on organisait à l’époque, comme des sorties en VTT sur les terrils, et que nous ne reconduisons plus puisque naturellement, les habitants ont pris le réflexe d’aller rouler sur les terrils » poursuit Francis Maréchal. Au fil du temps, les premiers permanents salariés ont été embauchés. Ils ont mis en place du premier programme régulier d’animations. Ils ont par exemple édité le livre Terrils Majeurs en sol Minier.

Évolution régionale

Les collectivités sont peu à peu entrées au conseil administration de l’association. La Chaine des Terrils a obtenu plusieurs agréments, concernant son rôle dans la protection de la nature (de la préfecture du Pas-de-Calais), pour l’organisation d’évènements sportifs (de la Direction départementale de la Jeunesse et des Sports- DDJS), pour l’enseignement (avec le label « association éducative complémentaire de l’enseignement public »).

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crédit photo : CPIE La Chaine des Terrils

Entre 2001 et 2004 , la Chaîne des Terrils se professionnalise toujours plus. Elle intègre le réseau national CPIE-Centre permanent d’initiatives pour l’environnement. Elle décroche le label « savoir plaire ». Elle développe des activités comme l’éducation à l’environnement, la formation, la gestion des espaces, le tourisme, le loisir de proximité et les sports.

Nouvelles perspectives

À partir de 2004, de nouvelles perspectives se sont profilées avec la création de l’Union Régionale des CPIE (pour une action spécifique au Nord-Pas-de-Calais) mais aussi le projet de trame verte à l’échelle du bassin minier (une sorte de corridor biologique traversant le territoire) et bien sûr la démarche pour la reconnaissance du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco. La bonne nouvelle est tombée il y a quatre ans maintenant.

Neima Ahmed

Art et terrils : un amour de longue date

Après la fermeture des mines pendant les années 80 une question s’imposait aux Loossois : que faire des énormes terrils qui surmontaient la ville ? Certains proposent de raser ces symboles d’une richesse désormais terminée, d’autres hésitent.
Grace à une politique culturelle innovante, les citoyens décident enfin non seulement de garder les terrils à leur place, mais d’en faire un lieu de création artistique.
Retour en images sur cinq éditions du festival Son et lumières.

1986 :
Le terril devient un petit Kilimanjaro : le sommet est recouvert de poudre de calcaire. Au programme aussi des séquences pyrotechniques et illuminations par rayon laser.

1987 :
Grand jeu scénique nocturne : le terril est reconverti en scène, sur laquelle se déroulent des pièces expressément conçues.

1988 :
Le festival est désormais un rendez-vous fixe pour les Loossois. Le chevalet de la base d’extraction du 11-19 se refait une beauté… éphémère.

2003 :
Plus de 15 ans après, le festival est toujours aussi riche en spectacles et performances.

2012 :
La base du 11-19 en feu et flammes.

Crédits : Mairie de Loos-en-Gohelle
Retrouvez l’intégralité des images des archives de la mairie de Loos-en-Gohelle ici
Musique : Balancing Act, Underscore Orchestra

Première expérience du terril de Loos-en-Gohelle racontée par Ange et Xiaohan

Dure, dure la montée d’un terril quand on vient de Kinshasa en Afrique et de Taiyuan en Chine de l’Ouest. Nos deux étudiantes à l’école supérieure de journalisme de Lille racontent cette aventure.

Photo de famille des étudiants ESJ LILLE au sommet du terril de Loos-en-Gohelle

Photo de famille des étudiants ESJ LILLE au sommet du terril de Loos-en-Gohelle

L’escalade du terril de Loos-en-Gohelle racontée par Xiaohan Shi 

Je m’appelle Xiaohan Shi (prononcez Chiachon Chi). Ma province natale est située à des dizaines de milliers de kilomètres d’ici : je viens de Taiyuan en Chine, une province très polluée du Nord de la Chine. Chez nous, l’extraction minière bat encore son plein. Les sous-sols de ma région sont encore très riches en charbon. Et du charbon, il en faut pour faire tourner l’usine du monde ! Pour autant, nous n’avons pas de terrils à proprement parler. Dès mon arrivée, j’ai été étonnée que Loos-en-Gohelle ait pu préserver son environnement en ayant vécu une telle histoire minière. « Cela résultait d’une volonté politique de sauvegarder le patrimoine minier », nous avait expliqué Julian Perdrigeat, le directeur de cabinet de l’actuel maire Jean-François Caron.

Ni une, ni deux, je me suis donc élancée à l’assaut de ces terrils les plus hauts d’Europe, désormais consacrés au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est incroyable comme ces déchets de charbon ont réussi à former une petite montagne dans la ville. Cela confèrerait presque à Loos-en-Gohelle l’attrait d’un petit village de montagne…

Reste que j’avais jusqu’à présent du mal à imaginer ce qu’étaient ces déchets de charbon. Ce n’est qu’en foulant ces cailloux noirs que je me rends compte à quel point l’histoire minière de la ville renvoie à des travaux lourds et dangereux. On m’a dit que beaucoup de mineurs avait succombé d’une maladie des poumons provoquée par la poussière de charbon. L’ancien chemin de fer nous fait penser à la folie minière de l’époque.

Je suis déterminée à monter jusqu’au sommet du terril, malgré ma peur de la hauteur. Mais l’inclinaison de la pente ne donne pas le vertige. Pour les derniers mètres, je peux compter sur la main tendue de Chloé, une jeune loossoise qui m’aide ainsi à atteindre le sommet. Chloé est gentille et chaleureuse, comme beaucoup de habitants que j’ai rencontrés à Loos-en-Gohelle. Cela me rappelle des habitants de ma ville natale. Chez moi, la région connaît aussi une transition économique : elle pourrait apprendre beaucoup d’expérience  de Loos-en-Gohelle.

Je sors de mes songes pour profiter des panoramas incroyables qui s’offrent à nous, arrivés au sommet. Ça y est, j’y suis arrivée.

 

L’escalade du terril de Loos-en-Gohelle racontée par Ange Kasongo

Je m’appelle Ange Kasongo et je viens de Kinshasa en République Démocratique du Congo. La capitale est aussi la plus grande ville du pays, avec ses 12 millions d’habitants. Autant vous dire que le quotidien d’une ville de 7000 habitants me change un peu ! Quand j’ai entendu le mot « terril », je n’ai pas compris tout de suite de quoi il s’agissait. Et pour cause, la majeure partie des terrils se situent dans le Nord de la France. Même tous les Français ne savent pas forcément ce que c’est !

Quand on m’a dit qu’on pouvait y monter, j’ai sauté de joie. Au détail près que je n’avais pas prévu de chaussures de randonnée pour escalader ce terril de 186 mètres. Heureusement que mon hôte, Béatrice Bouquet, m’a prêté une paire de baskets. Oui, c’est le côté hospitalier des habitants de Loos-en-Gohelle.

Ange Kasongo en train de gravir peniblement le terril de Loos-en-Gohelle Crédit Photo: Shi Xiaohan

Ange Kasongo en train de gravir péniblement le terril de Loos-en-Gohelle
Photo: Shi Xiaohan

L’ascension avait été organisée par les jeunes du centre Les Francas. Après avoir gravi le premier « étage » du terril, certains dans le groupe sont déjà essoufflés. « Personne n’est obligé d’aller jusqu’au sommet », nous lancent les deux animateurs. Mais mon côté aventurière prend le dessus, je suis déterminée à aller jusqu’au bout ! Il faut tenir bon pour gravir ce terril. Je monte péniblement. Je m’accroche aux pierres quelques fois. Je marque des pauses incessamment. Ne m’avait-on pas dit que c’était le plat pays ici ? Qu’importe, pas après pas, j’arrive là où se situe la récompense : une vue imprenable sur Loos-en-Gohelle mais également sur tout le bassin minier.

 

Xiaohan Shi et Ange Kasongo

Terrils de Loos-en-Gohelle, où la biodiversité est en mouvement continu

Crées par des décennies d’activité minière, les terrils de Loos-en-Gohelle ont été ensuite ré-colonisés par la nature. Aujourd’hui, l’extraction du charbon fait partie du passé et sur ces deux collines poussent de nombreuses variétés de plantes, parfois exotiques et vivent des dizaines d’espèces animales. Reportage photo.

Crédits photos : Charlotte Mesurolle

 

Pour lire le reportage en entier :
ENTRE FLEURS AFRICAINES ET CRAPAUDS CALAMITE, UN HAVRE ÉTONNANT DE BIODIVERSITÉ SUR LES TERRILS DE LOOS-EN-GOHELLE

 

Sofia Nitti

Escalader jusqu’au sommet du terril de Loos-en-Gohelle : première expérience pour Léa Wasil

 

Un petit réservoir de tranquillité ce terril de Loos en Gohelle. Pas seulement, c’est aussi le plus haut d’Europe. Léa Wasil, 13 ans, va l’escalader aujourd’hui pour la première fois. Avec un groupe des jeunes de 11 à 16 ans. 

 

Léa Wasil, 13 ans ( à gauche) et Chloé Skalec 12 ans, ( à droite) Crédit Photo: Ran Wei

Léa Wasil, 13 ans ( à gauche) et Chloé Skalec 12 ans, ( à droite)
Crédit Photo: Ran Wei

C’est sa première. La première fois qu’elle va accéder au sommet du terril de Loos-en-Gohelle, réputé pour être le plus haut d’Europe. Derrière ses lunettes et ses gestes discrets, Léa Wasil ne laisse transparaître aucune appréhension. Elle avait déjà grimpé un premier « étage » du terril, elle sait quand même un peu à quoi s’attendre.  » D’habitude, avec mon père, je m’arrête sur le grand espace ce qui est déjà pas mal » confie la jeune fille de 13 ans, plutôt rassuré.

Vive les selfies

Léa Wasil est née à Lens et vit à Loos-en-Gohelle avec ses parents. Habillée d’une chemise bucheron de couleur vert foncé (c’est la mode par ici), qu’elle a assortie d’un tee-shirt gris, elle n’hésite pas à se faire photographier avec ses amies, dont Chloé Skalec, 12 ans. Elles ne se sont pas quittées pendant tout le trajet !

Pourtant, la pente noire devient de plus en plus raide au fur et à mesure de la montée. Il faut éviter les grosses pierres situées ça et là. Et aussi les énormes flaques d’eau noire (la veille, il n’avait fait que pleuvoir). Certains n’hésitent pas à demander de l’aide. D’autres s’épuisent et font une petite pause. Tandis que Léa et Chloé n’ont aucune difficulté à gravir les obstacles.

Tout en haut du terril

Arrivé au sommet, tout le monde pousse un ouf de soulagement. Et prend plaisir à admirer la vue imprenable sur le bassin minier. Après quelques selfies bien mérités, Chloé fait office de guide pour son amie. Car contrairement à Léa, Chloé n’est pas à sa première escapade.  “ J’y viens toujours, ça doit être ma troisième ou quatrième  fois”, explique rapidement Chloé. Hier boudés des habitants, la politique de la ville de Loos-en-Gohelle qui consiste à permettre aux habitants de se réapproprier les terrils comme des espaces de nature commence à produire ses effets.

Après une vingtaine de minutes à dominer le paysage de Loos-en-Gohelle et de l’arrière-pays, il est déjà temps de redescendre. C’est l’étape qui peut paraître la plus facile ! Et pourtant, il faut être très prudent. “Glisser et se fracturer une jambe, c’est plus facile que d’escalader “, lance d’une voix amusante un jeune du groupe.

Même pas peur

Léa caracole en tête. Toute seule. Sa casquette retournée en arrière. Elle se la joue cool. Elle est essoufflée mais garde son sans froid. Malgré son petit gabarit, elle s’avère bien courageuse à la descente du terril, qui peut parfois faire peur. “ C’était sympa et c’est vraiment beau de voir les maisons et les beaux paysages mais ce n’est pas du tout effrayant “, commente-t-elle tout en continuant la descente. Même pas peur, vraiment ? « Je ne sais pas, comme ça, je n’ai pas eu peur », ajoute -t- elle de façon désinvolte. 

 

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Léa et Chloé après avoir escaladé le terril, haut de 186 mètres. Crédit Photo: Ran Wei

Juste le temps d’achever sa phrase, Chloé, son amie arrive finalement à nous rattraper. Les deux adolescentes se  chuchotent quelques phrases rapidement. La complicité entre les deux amies saute aux yeux.

Alors Léa ne laisse toujours pas dévoiler sa vraie personnalité, nous revoilà, sur le grand espace du départ, en bas du terril de 186 mètres que nous venons péniblement d’escalader.  Nous regardons vers le terril, les autres ont encore du chemin avant de nous rattraper. 

La descente du terril. Crédit Photo: Ran Wei

La descente du terril. Crédit Photo: Ran Wei

 

Ange Kasongo 

 

Entre fleurs africaines et crapauds calamite, un havre étonnant de biodiversité sur les terrils de Loos-en-Gohelle

Deux collines de 186 mètres qui abritent plus de 150 espèces d’animaux et 190 végétaux. Les terrils de Loos-en-Gohelle, inscrits depuis juin 2012 au patrimoine mondial de l’Unesco, font la fierté des habitants de cette petite commune du Pas-de-Calais. Balade sur les terrils les plus hauts d’Europe, où la biodiversité est en mouvement continu.

“Regardez ! En haut de la tour de concentration, vous les voyez ? Deux faucons pèlerins. Il en reste que dix dans la région”, nous lance Ophélie, notre guide.

Depuis une vingtaine de minutes, nous défions la pluie incessante et arpentons le sentier boueux qui entoure la base du 11/19 à Loos-en-Gohelle. Passage rapide devant le chevalet mécanique, la salle où les mineurs se changeaient et le bâtiment de la “quinzaine” où leurs femmes retiraient le salaire deux fois par mois. Après une courte explication, nous tournons les épaules à l’ex-site d’extraction minière. Direction : les terrils les plus hauts d’Europe. Sur ces pyramides jumelles de 186 mètres de haut inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, vivent plus de 150 espèces animales et 190 végétales.

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Ophélie Biget, guide volontaire du CPIE

Crédits: Charlotte Mesurolle

Les quatorze salariés du Centre Permanent d’Initiative pour l’Environnement (CPIE) spécialisés en biologie et écologie, répertorient les différentes espèces dans des bases internationales et communiquent parfois avec des organisations à l’étranger. “Notamment à propos du merle à plastron, originaire de l’Ecosse, qui migre ici tous les ans”.

Malgré leurs 150 millions de tonnes, “ces collines sont un lieu de mouvement continu”, explique notre guide. “Comme à la montagne, on y retrouve des courants ascendants et descendants, ce qui fait que beaucoup de rapaces viennent s’installer ici”. L’espace d’une nuit, ou de plusieurs jours, voire une saison lors de la migration. “C’est par le fait que les animaux choisissaient les terrils comme lieu de séjour que nous avons compris que la biodiversité de ces lieux était significative”.

 

Les terrils, des colosses où pullulent des variétés exotiques

Arrivés il y a six ans à Loos-en-Gohelle, les faucons ont décidé d’y fonder leur foyer et leur petits sont nés cette année. Pas de pollution ni de pesticides, les terrils sont un havre de paix pour la faune comme pour la flore. “Ne touchez pas aux plantes !” nous lance à ce moment même Ophélie, “vous risquez de toucher le panais brûlant”. Cette tubéreuse pousse abondamment sur les terrils, grâce à l’écosystème particulièrement sec et à la chaleur du terrain. “A cause de sa couleur noire et de sa composition, le sol peut atteindre les 60° pendant l’été !” assure notre guide. “Ah parce que nous sommes en été !”, je m’entends protester. Sourde à mes doléances, la météo est impitoyable. Pluie. Pluie à perte de vue.

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Prenez garde au panais brulant !

Crédits: Charlotte Mesurolle

Nous remontons le col de nos imperméables et nous continuons la marche. Le sol noir et mou s’affaisse sous nos pieds. Au fur à mesure, le chemin s’arpente et la végétation se fait plus intéressante: oseilles à écusson originaires des Alpes, pavot jaune des dunes de la côte d’Opale, séneçon du cap de l’Afrique du Sud… Des variétés décidément pas autochtones !

“Les graines se trouvaient souvent dans la laine importée. Ces plantes poussaient d’abord sur les toits des filatures”. Soudain, mon oeil est attiré par une merveilleuse fleure violette qui bondit sur un arbuste. C’est le cabaret des oiseaux, une variété originaire de la côte ainsi appelée pour la calice dans laquelle les petits oiseaux retrouvent à la fois eau et graines.

 

Une biodiversité menacée par la pollution et l’érosion du sol

Un peu plus loin, d’autres ont à faire avec des questions plus urgentes. “Quelqu’un pourrait bien construire un escalier ?”, lance une petite fille, fatiguée. Car la pente est raide, très raide. La solution n’est pas si simple, surtout si l’on veut protéger ces lieux. L’érosion poursuit quotidiennement le travail commencé par l’homme, qui a souvent puisé des terrils pour construire routes et maisons. Ainsi, des 300 terrils qui parsemaient le territoire à l’origine, il n’en reste aujourd’hui plus que 150. C’est aux propriétaires de décider comment les aménager. Les deux de Loos-en-Gohelle appartiennent à la ville (et  le carreau de fosse à la Communauté d’Agglomération de Liens-Liévin, CALL), qui a décidé pour une gestion différenciée. “C’est-à-dire, aménager différemment des zones d’un même terrain”, explique le guide “Ici, on a planté des arbres à la base du terril, en laissant la nature libre de reprendre ses droits sur les flancs”. Une bonne pratique pour protéger la biodiversité du sol nu, qui est généralement plus diversifiée que les forêts.

Terrils Loos Gohelle Biodiversité
Un des deux terrils de la base 11/19

Crédits: Charlotte Mesurolle

“Il n’y a pas trop de faune aujourd’hui, le temps ne s’y prête pas !” rigole quelqu’un. Et pourtant, les terrils abritent de nombreux amphibies et reptiles. Le crapaud calamite, typique des terrils et de la côte d’Opale, désormais en voie de disparition à cause notamment de l’assèchement des mares. “Ils pondent dans les eaux et se cachent ensuite dans le sol mou des terrils.” Ou encore le crapaud Pélodite, le lézard des murailles venant du sud de la France ou le serpent “couleuvre à collier”. Si l’on ne comprend toujours pas exactement comment ils sont arrivés là (probablement par les voies ferrées le long desquelles on transportait le charbon), on sait bien pourquoi ils sont restés: le sol.

Arrivés au premier belvédère, nous nous arrêtons et regardons autour, essoufflés. Malgré la pluie, le brouillard et la grisaille, c’est un beau spectacle qui s’offre à nos yeux. Nous ne monterons pas au sommet. ”Ca favorise l’érosion”, explique Ophélie. “Et nous sommes contre !”

Sofia Nitti

Trois projets-phares du développement durable à Loos-en-Gohelle

Après la fin de l’exploitation du charbon en 1986, les élus loossois ont mis en place différents projets pour inverser la tendance. Depuis plus de quinze ans,  Loos-en-Gohelle mise tout sur le développement durable. Zoom sur trois projets. 

Le 11-19 : un ancien puits de mine transformé en pépinière d’entreprise
Les deux terrils jumeaux de la base 11/19 ont arrêté de fumer à la fin des années 1980. Depuis sept ans, l’activité y a repris. L’ancienne base d’extraction de charbon s’est paradoxalement remise au travail : plus question d’exploitation minière, ici, on pense à l’avenir et on crée de l’activité économique. Au centre, une pépinière d’éco-entreprises permet d’accompagner les créateurs de projet. 
Autrefois atelier des mines, le bâtiment a été restructuré selon les normes Haute Qualité Environnement (HQE) et se compose d’une quinzaine de bureaux allant de 25 à 55 m². Puits canadien, capteurs photovoltaïques, gestion de l’eau et de la lumière naturelle : le bâtiment vise écologique. Deux ans avant l’inauguration officielle en 2010, il hébergeait déjà une dizaine de PME innovantes dans des domaines comme les audits énergétiques, les systèmes de traitement des eaux, la consolidation de serveurs informatiques voire même les futurs bâtiments intelligents.

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La base du 11/19, lieu de développement innovant
Crédits : Guillaume Bavière sur Flickr

Réhafutur : isoler les habitations… avec des vieux habits
A quelques pas des start-up écologiques de la pépinière du 11-19, un deuxième projet innovant : la rénovation avec des éco-matériaux. Sous le nom de Réhafutur se rallient deux chantiers : celui d’une ancienne maison d’ingénieur pour la première phase du projet et de six maisons de mine traditionnelles pour la deuxième. L’objectif ? Restructurer ces bâtiments pour atteindre le standard énergétique passif, c’est-à-dire produire plus d’énergie que celle qu’on consomme. Pour relever le défi, Réhafutur fait appel à des matériaux insolites : chanvre pour le béton, laine de mouton et vieux jeans pour l’isolation. Une reconversion assez surprenante pour des vieux habits !

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Loos-en-Gohelle et ses terrils
Crédits: OliBac sur Flickr

Villavenir : des maisons hors normes pour consommer moins d’énergie

La vague écologique qui a fait de Loos-en-Gohelle un symbole du développement durable en France ne s’est pas arrêtée aux constructions déjà existantes. Elle inclut aussi des nouveaux bâtiments. La commune a mis en place le projet Villavenir pour la construction de six maisons tests individuelles. La Fédération Française du Bâtiment les a terminées en 2009, en collaboration avec des artisans qui ont tenté l’expérience. Au final, on trouve sur le site six maisons avec six concepts constructifs différents, loués par le bailleur social Pas-de-Calais Habitat. Le but est de comparer les avantages en termes d’isolation et de comparer les performances énergétiques du béton, de l’acier ou de la brique. Au total, 100 différentes techniques innovantes ont été employées. Reste à tenir compte des retours d’expériences des locataires : par exemple, impossible de trouver des rideaux adaptés à certaines grandes baies vitrées !

 

Sofia Nitti