Loos-en-Gohelle et le vote frontiste : comment le bassin minier a basculé de la gauche à l’extrême droite ?

Après un demi-siècle d’alternance entre socialistes et communistes, l’ancienne région du Nord-Pas-de-Calais change de direction. Dans le bassin minier, Loos-en-Gohelle est un exemple de ce basculement. Comment s’explique ce virage brusque entraînant une chute en piqué de la gauche ?

Une ville cassée en deux. A Loos-en-Gohelle, 51,7% des habitants a voté Front National au deuxième tour des législatives en mai dernier. Un résultat prévisible. Lors des présidentielles, Marine Le Pen avait déjà culminé 57% des suffrages exprimés lors du second tour, le premier tour ayant affiché un tiercé Le Pen, Mélenchon et Macron. Aux législatives c’est l’abstention qui gagne (plus de 50% lors des deux tours).

 

Une affiche du député Front National (FN) José Evrard pour élections législatives de 2017 dans la cité Belgique de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais). Derrière, une affiche décolorée du leader de la France Insoumise (FI), Jean-Luc Mélenchon – © Stefano Lorusso

Cette petite ville n’est qu’un exemple. C’est justement dans l’ancien bassin minier que le Front National réalise ses meilleurs scores au niveau national. Quatre députés ont été élus rien que dans le département Pas-de-Calais. Dans la troisième circonscription, celle dont Loos-en-Gohelle fait partie, José Évrard l’a remporté. Ancien communiste passé au Front National, son histoire est le miroir de celle du bassin minier. Après cinquante ans d’alternance entre socialistes et communistes, l’ancienne région du Nord-Pas-de-Calais change radicalement de couleur politique. Et Loos-en-Gohelle aussi.

Parler de Front National à Loos-en-Gohelle

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Par contre, à Loos-en-Gohelle, personne a envie d’en parler : « J’en sais rien », « c’est la faute des autres », « j’étais à la mer le jour des élections ». Un grand tabou. Pourtant, le Front National détient aujourd’hui un nouveau record le bassin minier.

« Franchement, je n’ai rien à dire » : parler de politique au marché de Loos-en-Gohelle est compliqué, parler du Front National l’est encore plus. « Notre mairie est de gauche, on le connaît, ici tout le monde se connaît. Le résultat du Front National m’a choqué. Ici c’est comme ça, on ne dit rien, c’est la mentalité des gens », analyse Éveline, la cinquantaine, en rangeant son étal au marché.
Michel, éducateur de 55 ans, est né et a grandi à Loos-en-Gohelle. Il ne comprend pas non plus : « C’est la catastrophe. L’ancien monde ouvrier communiste est passé au Front National. Je n’arrive pas à comprendre ! Je continue à voter à gauche. Je connais des gens qui votaient à gauche – qui votaient les communistes ! – et qui sont passés au Front National. Mais ils ne le disent pas : les gens ici votent FN, mais aucun ose annoncer la couleur. Si mon père savait… », murmure-t-il. Pour continuer à parler plus librement, il préfère s’éloigner des autres clients du marché.

Mère de deux jeunes engagés contre le FN, Marie travaille depuis longtemps dans le secteur associatif : « Ici à Loos-en-Gohelle c’est compliqué » , s’énerve-t-elle. « Loos-en-Gohelle a toujours voté à gauche, on ne se posait même pas la question. Nos grand-parents ont été les protagonistes des luttes sociales. Il n’y a aucune liste frontiste, donc les gens n’osent pas se révéler » . Pour le moment, effectivement, le FN n’est pas officiellement représenté à Loos-en-Gohelle. « De plus, notre mairie est de gauche ! », exclame-t-elle.

« J’ai voté Front National parce que j’ai rien à perdre. Au moins, eux, ils nous considèrent. »

Un paradoxe ? Dans la ville pionnière du développement durable, le maire écologiste Jean-François Caron triomphe depuis 2001 aux municipales. Mais le FN gagne sur d’autres élections, présidentielles et législatives en particulier.

Cindy est l’une des rares qui ose parler de son vote Front National. Au chômage, cette mère célibataire habite la Cité Belgique avec ses deux filles et ses trois chiens. Les six occupent une maison minuscule. Un gâteau moelleux m’accueille sur la table.
« Je respecte notre maire, je ne dis pas qu’il n’est pas un bon maire. Mais au niveau national c’est différent. Il faut essayer. On le voit déjà avec Macron : la situation ne s’améliore pas pour nous, les petits. Regardez la baisse des APL. J’ai voté Front National parce que j’ai rien à perdre. Au moins, eux, ils nous considèrent ». Arrivée ici en 2004, elle reste reconnaissante : « Heureusement que cette maison m’a été attribuée, sinon j’aurais été sans un toit et j’aurais perdu la garde de mes filles. Je ne peux pas être contre celui qui m’a aidée ». Pour elle, soutenir au niveau local les Verts et à l’échelle nationale le FN, c’est possible. Et même pas contradictoire.

Une maison abandonnée au 23 rue du Sénégal, dans la cité Belgique de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

La perte d’espoir dans la politique

A la Cité Belgique, l’une des trois quartiers de Loos-en-Gohelle, le refrain est toujours le même. « Rien ne changera ». La situation est bien différente par rapport au centre-ville. « Parler de politique ? », Rémi rigole. Deux tatouages colorés de la légion étrangère lui marquent les bras. Lui, ancien mineur, a grandi dans le quartier ouest de Loos-en-Gohelle. Il l’a vu changer. « Je votais Parti Communiste mais aujourd’hui je me considère anarchiste. Ils sont tous les mêmes, j’ai perdu l’espoir dans la politique ».

Une autre habitante du quartier, Claire* est d’accord. Cinq enfants à élever, elle baisse les yeux, elle a du mal à avouer qu’elle est au chômage : « J’en sais rien, je n’ai même pas la télévision. J’ai voté blanc parce que je ne savais pas qui choisir : ça ne change rien de toute façon. Par contre, mon copain vote Front National ». Gabriel, lui, est maçon. Il s’approche avec suspicion à la clôture de son jardin. Il a essayé les deux : « J’ai voté à gauche et à droite. Ces dernières élections, je n’ai pas voté. Rien n’a changé dans notre quotidien. Donc c’est inutile ». Les explications restent élusives, difficile de connaître les attentes et d’avoir une argumentation plus précise.

Cindia habite la Cité 5. La situation est différente. L’ambiance est plus sereine. Le quartier est résidentiel  : y habitent beaucoup de familles. Pourtant elle lâche : « La politique pas du tout. La politique, c’est l’argent des autres. »

Cachées derrière les terrils jumeaux, les Cités restent aujourd’hui à l’écart de la ville. La grande route de Béthune coupe la ville en deux : d’un côté le centre ville, de l’autre, à plus de deux kilomètres de distance, les quartiers ouest. Les deux n’ont pas beaucoup d’occasions de se rencontrer. Avant, la vie de ces quartiers dépendaient étroitement de la mine. Aujourd’hui, avec la fermeture du dernier puits en 1990, certains habitants connaissent des lourdes difficultés économiques. Le quartier a changé de visage. Ici, les gens qui ont choisi le FN sont nombreux.

« Tout le monde est sans emploi ici, tous mes voisins. J’ai voté Front National pour voir, enfin, changer les choses. »


« Avant, c’était la compagnie minière qui s’occupait du quartier. Si on ne faisait pas le jardin, on avait une amende. Entre hier et aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé »
, explique Patricia. Retraitée, elle habite à la Cité Belgique depuis toujours. Elle a envie de parler : « J’ai grandi ici, c’est mon quartier. Je peux vous dire que avec la fermeture des mines ça a été la déprime sociale », elle baisse la voix. Dans son quartier, se trouvent aujourd’hui les logements sociaux, attribués aux plus démunis : « Tout le monde est sans emploi. Il n’y a pas de solidarité entre voisins dans ma rue. Il y a beaucoup de problèmes. »  Elle a voté Front National. « Je l’avoue, je n’ai rien à cacher, moi. J’ai voté Front National pour voir, enfin, changer les choses. Ou au moins essayer. Je n’ai rien à perdre ». « Le FN s’occupe des petits, de nos problèmes », confirme sa voisine Cindy. Selon elles, le Front National les considère dans leurs discours, sans pour autant énumérer des propositions précises.

Un habitant de la cité Belgique de Loos-en-Gohelle taille les plantes de son jardin – © Stefano Lorusso

Du Parti Communiste au Front National : José Evrard élu député

José Evrard, le nouveau député Front National de la troisième circonscription dont Loos-en-Gohelle fait partie, incarne également le basculement de la région. Fils de mineur et de résistants, ayant longtemps milité dans le Parti Communiste Français (PCF), il garde de nombreux souvenirs de son passé : « J’ai grandi dans une famille de résistants, j’ai manifesté. J’ai grandi dans le monde des mines. Et je suis le témoin vivant de la liquidation du bassin minier dans ses aspects les plus négatifs ».

Quelles sont les raisons de cette pirouette à 360° ? Selon le député « l’électorat de gauche est en train de glisser. Les politiques socialistes n’ont pas répondu aux exigences. Le décalage entre promesses et actes est évident, surtout dans cette région qui est traditionnellement de gauche. Beaucoup de citoyens pauvres au chômage n’ont plus voulu réitérer les erreurs du passé ». Son parcours pourrait apparaître incohérent, mais José Evrard raconte de « n’avoir jamais abandonné les mêmes idéaux de justice sociale et de lutte sociale ». Ce communiste déçu a trouvé dans le programme de Marine Le Pen « des propositions sociales très fortes : augmenter le SMIC, protéger les français et l’industrie interne ». Et une opportunité d’être élu alors que la gauche s’effondre.

Le député FN José Evrard a été élu avec le 52,94% des voix dans la 3ème circonscription du Nord (ex Nord-Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

Après un demi-siècle d’hégémonie (et parfois de dérapages) dans le bassin minier, la gauche a perdu pour beaucoup sa crédibilité. Ouvrant une voie royale au Front National, plébiscité par des citoyens qui se sentent oubliés.

* le prénom a été changé

 

Arianna Poletti et Stefano Lorusso

Marie-Françoise Ten : lectrice, d’une passion à un métier

La lecture et elle, c’est une grande histoire d’amour. A tel point qu’elle est devenue lectrice professionnelle. Cette habitante de Loos-en-Gohelle travaille à l’association “Lis avec moi” de La Sauvegarde du Nord. Une histoire qu’elle partage avec plaisir avec adultes comme nourrissons. Rencontre.

Marie -Françoise Ten, lectrice et formatrice des parents. Crédit Photo: Ange Kasongo

Marie-Françoise Ten, lectrice et formatrice des parents. Crédit Photo: Ange Kasongo

“On ne peut pas séparer l’image et les écrits, ils sont complémentaires.” D‘entrée de jeux, Marie-Françoise Ten annonce la couleur. “Ce qui est exceptionnel entre les albums photos et la lecture, c’est que l’image ajoute un plus : elle insiste sur ce que l’écrit ne laisse pas facilement transparaître.”

Plaisir de partager

Marie-Françoise a 52 ans. Elle baigne dans les mots depuis toute petite. L’influence de son grand père, qui s’amusait à inventer des histoires avec elle, a été prépondérante. Très tôt, Marie-Françoise ressent un esprit d’une grande curiosité et l’envie d’aller dans le « détail des choses », de vouloir comprendre « les images au delà des textes qui les accompagnent ». Elle garde aussi le souvenir de sa grand-mère, qui lit des romans d’amour… auxquels la petite ne comprend évidemment rien. Les grands-parents initient en tout cas parfaitement la jeune fille curieuse qu’est Marie-Françoise au plaisir de la lecture.

Plus tard, Marie-Françoise fait la même chose avec ses filles, à commencer par son aînée. A trois ans à peine, cette dernière raconte la fin des histoires à l’école… sans attendre que la maîtresse les termine. Car ce sont des histoires que la petite fille a déjà entendu à la maison ! Invitée à l’école, Marie-Françoise en tant que jeune maman, accepte de lire bénévolement des histoires aux écoliers mais aussi aux enfants des quartiers. Nous sommes en 1988.  

D’une passion à un métier

Aujourd’hui, Marie-Françoise sillonne la région Pas-de-Calais pour des lectures aux petits comme aux grands. “La lecture est un plaisir, le plaisir de partager quelques chose avec l’autre”, résume-t-elle. Il lui aura fallu attendre dix ans pour que sa passion devienne sa profession. En 1997, elle devient salariée. D’abord à travers un projet culturel de la mairie de Loos-en-Gohelle. Ensuite, avec l’association “Lis avec moi” pour laquelle elle travaille aujourd’hui. Dans ce cadre, Marie-Françoise a collaboré à l’écriture du Kit du praticien de l’association nationale Quand les livres relient, qui travaille autour de la lecture à haute voix. Le thème de la littérature de jeunesse est en effet un axe de prévention de l’illettrisme.

 

Marie - Fraçoise Ten entrain de faire une lecture, Crédit Photo: Ange Kasongo

Marie – Fraçoise Ten entrain de faire une lecture. Crédit Photo: Ange Kasongo

Lire aux bébés 

“Il faut lire des histoires dès la naissance”, aborde-t-elle avec un ton direct mais modéré, tel un médecin qui transcrit une ordonnance.  Assise sur son canapé noir, près des cinq livres qui accompagnent sa vie quotidienne, elle poursuit: “Le plus important dans la lecture c’est de transmettre, passer un relais : il faut le faire dès la naissance”.

D’un air très rassuré et expérimenté, avec des gestes dont elle seule a le secret, Marie Françoise avoue que travailler avec les parents des nourrissons est nécessaire en amont. « Le langage du récit provoque des émotions chez le nourrisson, affirme clairement Marie-Françoise. Je me rappelle d’une petite fille, à qui je lisais “Mandarine, la petite souris” en chantonnant : elle se mettait à hurler et à s’agiter. Lorsque je lisais “Brave coccinelle”, elle se calmait et souriait. Je crois qu’elle me disait qu’elle préférait la deuxième histoire. Un bébé peut ressentir des choses et les exprimer à travers des gestes”.

Marie-Françoise observe une minute de silence puis se met à lire “Pomme – Pomme-Pomme” de Corinne Dreyfuss. La lecture dure un peu plus d’une minute

 

 

“Sur ce semblant de livre qui paraît tout simple, le sujet est complexe car il parle du cycle de la vie”, commente t-elle ensuite. “Dans les bons livres pour enfants, il y a toujours une complexité que les adultes ne voient pas forcément, les images captivent beaucoup les enfants”, ajoute-t-elle.

Selon Marie-Françoise, lire aux plus petits leur permet de voyager, de s’imaginer un univers et d’inventer à leur tour des histoires. Un enfant que l’on a habitué très tôt à lire des histoires aura une grande capacité d’écoute.

Selon une étude du Centre national du livre menée en juin 2016 auprès de 1500 jeunes de 7 à 19 ans, les jeunes lisent au moins six livres (dont deux pour l’école) par trimestre.

Coups de coeur  

Mais ce n’est pas tout. Marie-Françoise lit également dans les centres pénitentiaires. Une expérience que la cinquantenaire aux yeux bleu turquoise livre sans aucune appréhension. “ Je passe beaucoup de temps à analyser quels ouvrages j’aimerais partager avec les gens. Je ne parviendrai de toute façon pas à transmettre ce qui ne me plaît pas. Je choisis mes livres selon les attentes des prisonniers aussi. Après chaque lecture, un moment d’échange permet de découvrir l’autre.

Entre le centre pénitentiaire de Longuenesse, la maison d’arrêt d’Arras et celle de Douai, Marie-Françoise garde des souvenirs toujours singuliers. “ Par exemple, je me souviens avoir lu l’album “Partir au delà des frontières” : je pouvais lire beaucoup d’émotions dans le regard des prisonniers. Parfois, les gens s’identifient aux histoires qu’ils écoutent. La personne qui lit le ressent énormément.”

Lecture sur la pelouse
Marie-François officie aussi à l’air libre, lors des opérations de lecture sur les pelouses des jardins publics. A la fin des séances, aux adultes comme aux enfants présents, Marie-Françoise offre « un bain de livres » en étalant les ouvrages sur la pelouse. Pour elle, cela amène les livres vers les gens et inversement. Et de conclure : Il faut que les livres sortent des bibliothèques”.

 

Ange Kasongo 

Art et terrils : un amour de longue date

Après la fermeture des mines pendant les années 80 une question s’imposait aux Loossois : que faire des énormes terrils qui surmontaient la ville ? Certains proposent de raser ces symboles d’une richesse désormais terminée, d’autres hésitent.
Grace à une politique culturelle innovante, les citoyens décident enfin non seulement de garder les terrils à leur place, mais d’en faire un lieu de création artistique.
Retour en images sur cinq éditions du festival Son et lumières.

1986 :
Le terril devient un petit Kilimanjaro : le sommet est recouvert de poudre de calcaire. Au programme aussi des séquences pyrotechniques et illuminations par rayon laser.

1987 :
Grand jeu scénique nocturne : le terril est reconverti en scène, sur laquelle se déroulent des pièces expressément conçues.

1988 :
Le festival est désormais un rendez-vous fixe pour les Loossois. Le chevalet de la base d’extraction du 11-19 se refait une beauté… éphémère.

2003 :
Plus de 15 ans après, le festival est toujours aussi riche en spectacles et performances.

2012 :
La base du 11-19 en feu et flammes.

Crédits : Mairie de Loos-en-Gohelle
Retrouvez l’intégralité des images des archives de la mairie de Loos-en-Gohelle ici
Musique : Balancing Act, Underscore Orchestra

Félix Caillet, jeune Loossois : portrait d’un nageur investi

Felix Caillet a 15 ans, pratique la natation de compétition avec les Dauphins liévinois et a un rêve: devenir professeur d’anglais. En juin dernier, il a fait partie des sportifs mis à l’honneur par la mairie de Loos-en-Gohelle. Portrait d’un jeune qui aime se dépasser.

Le premier souvenir qu’il a de ce 20 juin dernier, ce sont les applaudissements de ses concitoyens, le maire Jean-François Caron en tête. “Etre applaudi par le premier édile m’a « flashé », je suis très admiratif de son parcours”, confie Félix, mis à l’honneur par la mairie de Loos-en-Gohelle. Il s’entraîne dans le club des Dauphins liévinois et concourt dans la “deuxième division” en natation de l’UFOLEP (Union française des œuvres laïques d’éducation physique). Sa mise à l’honneur en juin dernier avec d’autres sportifs de Loos-en-Gohelle couronne un engagement de longue date, commencé à l’âge de trois ans.

Félix a 15 ans, nage dans le club des Dauphins liévoinois et rêve de devenir professeur d'anglais

Félix Caillet, nageur mis à l’honneur à Loos-en-Gohelle
Crédits: Sofia Nitti

Felix Caillet a 15 ans. “Presque”, se corrige-t-il tout de suite, “je les aurai le 31 août”. Yeux bleus et cheveux courts noisette, il se tient comme un jeune athlète d’un collège américain. Et c’est bien là qu’il est né, en Floride. Ses parents y géraient un restaurant depuis plusieurs années. Mais son séjour aux Etats-Unis a été court : une dizaine de jours après, la famille pliait bagages et rentrait en France, encore sous le choc après l’attentat du 11 septembre 2001. “A Madera Beach où nous vivions, la situation était déjà pesante bien avant que je naisse. Des cellules terroristes installées en Floride déposaient des enveloppes à l’anthrax dans des boîtes à lettres au hasard. C’était devenu invivable”.

Du Nouveau Monde, Félix a gardé le passeport, désormais à renouveler et surtout, un rêve : devenir professeur d’anglais. Et pour ce faire, le jeune a les idées bien claires : intégrer la classe européenne du lycée de Saint-Paul de Lens, puis le master métiers de l’éducation nationale de l’université d’Arras. “J’ai toujours été passionné pas le fait de faire passer le savoir. Mes idoles sont mes professeurs, pas des comédiens ni des chanteurs.”

Enormément investi

Mais pas question pour le jeune de Loos-en-Gohelle d’abandonner la piscine. “Je continuerai les compétitions tant que je pourrai. Je suis peut être arrivé au maximum de mes performances mais je ne concours pas que pour gagner : je lance surtout un défi avec moi même car j’aime me dépasser. Mes concurrents sont des potes, s’ils gagnent j’en suis que content”, sourit le nageur invétéré.

Sociable et mature, c’est comme cela que ses amis le voient. “Il s’investit énormément, dans beaucoup de choses”, me confie Alizée, admirative. “Il est très sérieux, mais il sait délirer quand il le faut”, confirment Corentin et Anne-Sophie.
Lui, il se définit curieux, “mais dans le bon sens”, précise-t-il. “Joyeux aussi…” puis, il hésite. Il lève ses yeux clairs et conclut: “…et je suis ambitieux.”

Sofia Nitti

Entre fleurs africaines et crapauds calamite, un havre étonnant de biodiversité sur les terrils de Loos-en-Gohelle

Deux collines de 186 mètres qui abritent plus de 150 espèces d’animaux et 190 végétaux. Les terrils de Loos-en-Gohelle, inscrits depuis juin 2012 au patrimoine mondial de l’Unesco, font la fierté des habitants de cette petite commune du Pas-de-Calais. Balade sur les terrils les plus hauts d’Europe, où la biodiversité est en mouvement continu.

“Regardez ! En haut de la tour de concentration, vous les voyez ? Deux faucons pèlerins. Il en reste que dix dans la région”, nous lance Ophélie, notre guide.

Depuis une vingtaine de minutes, nous défions la pluie incessante et arpentons le sentier boueux qui entoure la base du 11/19 à Loos-en-Gohelle. Passage rapide devant le chevalet mécanique, la salle où les mineurs se changeaient et le bâtiment de la “quinzaine” où leurs femmes retiraient le salaire deux fois par mois. Après une courte explication, nous tournons les épaules à l’ex-site d’extraction minière. Direction : les terrils les plus hauts d’Europe. Sur ces pyramides jumelles de 186 mètres de haut inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, vivent plus de 150 espèces animales et 190 végétales.

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Ophélie Biget, guide volontaire du CPIE

Crédits: Charlotte Mesurolle

Les quatorze salariés du Centre Permanent d’Initiative pour l’Environnement (CPIE) spécialisés en biologie et écologie, répertorient les différentes espèces dans des bases internationales et communiquent parfois avec des organisations à l’étranger. “Notamment à propos du merle à plastron, originaire de l’Ecosse, qui migre ici tous les ans”.

Malgré leurs 150 millions de tonnes, “ces collines sont un lieu de mouvement continu”, explique notre guide. “Comme à la montagne, on y retrouve des courants ascendants et descendants, ce qui fait que beaucoup de rapaces viennent s’installer ici”. L’espace d’une nuit, ou de plusieurs jours, voire une saison lors de la migration. “C’est par le fait que les animaux choisissaient les terrils comme lieu de séjour que nous avons compris que la biodiversité de ces lieux était significative”.

 

Les terrils, des colosses où pullulent des variétés exotiques

Arrivés il y a six ans à Loos-en-Gohelle, les faucons ont décidé d’y fonder leur foyer et leur petits sont nés cette année. Pas de pollution ni de pesticides, les terrils sont un havre de paix pour la faune comme pour la flore. “Ne touchez pas aux plantes !” nous lance à ce moment même Ophélie, “vous risquez de toucher le panais brûlant”. Cette tubéreuse pousse abondamment sur les terrils, grâce à l’écosystème particulièrement sec et à la chaleur du terrain. “A cause de sa couleur noire et de sa composition, le sol peut atteindre les 60° pendant l’été !” assure notre guide. “Ah parce que nous sommes en été !”, je m’entends protester. Sourde à mes doléances, la météo est impitoyable. Pluie. Pluie à perte de vue.

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Prenez garde au panais brulant !

Crédits: Charlotte Mesurolle

Nous remontons le col de nos imperméables et nous continuons la marche. Le sol noir et mou s’affaisse sous nos pieds. Au fur à mesure, le chemin s’arpente et la végétation se fait plus intéressante: oseilles à écusson originaires des Alpes, pavot jaune des dunes de la côte d’Opale, séneçon du cap de l’Afrique du Sud… Des variétés décidément pas autochtones !

“Les graines se trouvaient souvent dans la laine importée. Ces plantes poussaient d’abord sur les toits des filatures”. Soudain, mon oeil est attiré par une merveilleuse fleure violette qui bondit sur un arbuste. C’est le cabaret des oiseaux, une variété originaire de la côte ainsi appelée pour la calice dans laquelle les petits oiseaux retrouvent à la fois eau et graines.

 

Une biodiversité menacée par la pollution et l’érosion du sol

Un peu plus loin, d’autres ont à faire avec des questions plus urgentes. “Quelqu’un pourrait bien construire un escalier ?”, lance une petite fille, fatiguée. Car la pente est raide, très raide. La solution n’est pas si simple, surtout si l’on veut protéger ces lieux. L’érosion poursuit quotidiennement le travail commencé par l’homme, qui a souvent puisé des terrils pour construire routes et maisons. Ainsi, des 300 terrils qui parsemaient le territoire à l’origine, il n’en reste aujourd’hui plus que 150. C’est aux propriétaires de décider comment les aménager. Les deux de Loos-en-Gohelle appartiennent à la ville (et  le carreau de fosse à la Communauté d’Agglomération de Liens-Liévin, CALL), qui a décidé pour une gestion différenciée. “C’est-à-dire, aménager différemment des zones d’un même terrain”, explique le guide “Ici, on a planté des arbres à la base du terril, en laissant la nature libre de reprendre ses droits sur les flancs”. Une bonne pratique pour protéger la biodiversité du sol nu, qui est généralement plus diversifiée que les forêts.

Terrils Loos Gohelle Biodiversité
Un des deux terrils de la base 11/19

Crédits: Charlotte Mesurolle

“Il n’y a pas trop de faune aujourd’hui, le temps ne s’y prête pas !” rigole quelqu’un. Et pourtant, les terrils abritent de nombreux amphibies et reptiles. Le crapaud calamite, typique des terrils et de la côte d’Opale, désormais en voie de disparition à cause notamment de l’assèchement des mares. “Ils pondent dans les eaux et se cachent ensuite dans le sol mou des terrils.” Ou encore le crapaud Pélodite, le lézard des murailles venant du sud de la France ou le serpent “couleuvre à collier”. Si l’on ne comprend toujours pas exactement comment ils sont arrivés là (probablement par les voies ferrées le long desquelles on transportait le charbon), on sait bien pourquoi ils sont restés: le sol.

Arrivés au premier belvédère, nous nous arrêtons et regardons autour, essoufflés. Malgré la pluie, le brouillard et la grisaille, c’est un beau spectacle qui s’offre à nos yeux. Nous ne monterons pas au sommet. ”Ca favorise l’érosion”, explique Ophélie. “Et nous sommes contre !”

Sofia Nitti

Trois projets-phares du développement durable à Loos-en-Gohelle

Après la fin de l’exploitation du charbon en 1986, les élus loossois ont mis en place différents projets pour inverser la tendance. Depuis plus de quinze ans,  Loos-en-Gohelle mise tout sur le développement durable. Zoom sur trois projets. 

Le 11-19 : un ancien puits de mine transformé en pépinière d’entreprise
Les deux terrils jumeaux de la base 11/19 ont arrêté de fumer à la fin des années 1980. Depuis sept ans, l’activité y a repris. L’ancienne base d’extraction de charbon s’est paradoxalement remise au travail : plus question d’exploitation minière, ici, on pense à l’avenir et on crée de l’activité économique. Au centre, une pépinière d’éco-entreprises permet d’accompagner les créateurs de projet. 
Autrefois atelier des mines, le bâtiment a été restructuré selon les normes Haute Qualité Environnement (HQE) et se compose d’une quinzaine de bureaux allant de 25 à 55 m². Puits canadien, capteurs photovoltaïques, gestion de l’eau et de la lumière naturelle : le bâtiment vise écologique. Deux ans avant l’inauguration officielle en 2010, il hébergeait déjà une dizaine de PME innovantes dans des domaines comme les audits énergétiques, les systèmes de traitement des eaux, la consolidation de serveurs informatiques voire même les futurs bâtiments intelligents.

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La base du 11/19, lieu de développement innovant
Crédits : Guillaume Bavière sur Flickr

Réhafutur : isoler les habitations… avec des vieux habits
A quelques pas des start-up écologiques de la pépinière du 11-19, un deuxième projet innovant : la rénovation avec des éco-matériaux. Sous le nom de Réhafutur se rallient deux chantiers : celui d’une ancienne maison d’ingénieur pour la première phase du projet et de six maisons de mine traditionnelles pour la deuxième. L’objectif ? Restructurer ces bâtiments pour atteindre le standard énergétique passif, c’est-à-dire produire plus d’énergie que celle qu’on consomme. Pour relever le défi, Réhafutur fait appel à des matériaux insolites : chanvre pour le béton, laine de mouton et vieux jeans pour l’isolation. Une reconversion assez surprenante pour des vieux habits !

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Loos-en-Gohelle et ses terrils
Crédits: OliBac sur Flickr

Villavenir : des maisons hors normes pour consommer moins d’énergie

La vague écologique qui a fait de Loos-en-Gohelle un symbole du développement durable en France ne s’est pas arrêtée aux constructions déjà existantes. Elle inclut aussi des nouveaux bâtiments. La commune a mis en place le projet Villavenir pour la construction de six maisons tests individuelles. La Fédération Française du Bâtiment les a terminées en 2009, en collaboration avec des artisans qui ont tenté l’expérience. Au final, on trouve sur le site six maisons avec six concepts constructifs différents, loués par le bailleur social Pas-de-Calais Habitat. Le but est de comparer les avantages en termes d’isolation et de comparer les performances énergétiques du béton, de l’acier ou de la brique. Au total, 100 différentes techniques innovantes ont été employées. Reste à tenir compte des retours d’expériences des locataires : par exemple, impossible de trouver des rideaux adaptés à certaines grandes baies vitrées !

 

Sofia Nitti