Illettrisme en Nord-Pas-de-Calais : la lecture à voix haute comme une solution

Dans la région de Nord-Pas de Calais, près de 12% des habitants sont en difficulté de lecture. Le problème touche plutôt les jeunes. Des initiatives naissent, comme la formation de lectrices pour lire à voix haute, comme à Loos-en-Gohelle.

Lectrice Marie-Françoise TEN lis l'album pour les enfatns © M-F TEN

Lectrice, Marie-Françoise TEN lit un album pour les enfants © M-F TEN

« A la tête d’une petite école, j’ai essayé de trouver la solution dans mon établissement : c’est la lecture à haute voix », explique Marianne Caron. La directrice de l’école Casadesus à Hulluch, près de Lens, s’engage avec l’association « Lis avec moi ». Elle organise des interventions régulières, entre les parents, enfants et lecteurs/lectrices bénévoles.

L’association « Lis avec moi » propose de la lecture à haute voix pour les enfants, adolescents, parents et aussi pour les détenus dans le prison. Objectif : donner envie de lire et d’apprendre. Les enfants passent du temps à choisir des livres et à les écouter. « Pour lutte contre l’illettrisme, avant tout, il faut transmettre l’envie de lire aux enfants, des plus petits aux plus grands ».

Différence entre l’illettrisme et l’analphabétisme

Même en ayant été scolarisées, les personnes illettrées ne possèdent pas une «  maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante », selon l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI). Par exemple, un illettré a du mal à déchiffrer ses courriers, les emballages des aliments et ont des difficultés à remplir les documents administratifs.

On parle d’analphabétisme quand la personne ne maîtrise absolument pas la lecture et qu’elle ne sait pas écrire, souvent parce qu’elle n’a jamais eu l’occasion de suivre un apprentissage ou qu’elle a développé des capacités permettant de contourner ce handicap.

 

Mariane CARON, directrice d'école maternelle Casadesus à Hulluch © Stefano Lorusso

Mariane CARON, directrice d’école maternelle Casadesus à Hulluch © Stefano Lorusso

Pour Marianne Caron, l’école a un rôle majeur de la prévention et de la lutte contre illettrisme. En nouant un partenariat entre la famille, l’association et les enfants. C’est ce qu’on appelle la « co-éducation », un travail la main avec les parents.

La solution de la lecture à haute voix

Reste que le métier de lecteur ou la lectrice n’est pas encore officiellement considéré comme une profession. « Ah bon ! C’est un métier ça ?… Et vous êtes payés pour ça ? » Réflexion souvent entendue par les lecteurs de « Lis avec moi ». C’est le témoignage qui ressort de l’ouvrage collectif L’album, une littérature pour tous les publics. Pour Marianne Caron, la formation lectrice pour les papas-lecteurs et mamans-lectrices est l’une des solutions contre l’illettrisme.

Le préface de « l’album, une littérature pour tous les publics » paru novembre 2010, et fruit de Forum permanent des pratiques en Nord-Pas de Calais, le résume très bien : « Ce ne sont que de petits signes noirs sur du papier blanc. La lecture nous rend plein de paroles dans la vie. Ce ne sont que de petits signes noirs sur du papier blanc. Pourtant ce sont des portes qui ouvrent vers le monde. Ils sont comme le voyageur qui vous accueillez dans votre maison. Des signes secrets qui ont des trésors. Allez-y ! Creusez !». 

Etat des lieux dans la région

Le site officiel du Ministère de l’Éducation Nationale affiche environ 12% d’illettrisme au Nord-Pas de Calais en 2016. En 2011, l’INSEE notait que la région Nord-Pas-de-Calais comptait « 12 % des personnes âgées de 18 à 65 ans connaissant des difficultés graves ou importantes face aux fondamentaux de l’écrit, contre une moyenne nationale de 7% ». Soit près de 170 000 personnes dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais et 2,5 millions de personnes à l’échelle nationale. « Le différentiel de la région avec la moyenne nationale s’est réduit puisque ces chiffres s’élevaient respectivement à 15%et 9%en 2004 « , note l’INSEE dans un rapport datant de décembre 2012.

 

Chronique italienne : ce que les mines d’Aoste ont de commun (ou de différent) des mines de Loos-en-Gohelle

De l’extrême nord italien, à l’extrême nord français. D’une région minière, la Vallée d’Aoste, à une autre, le Nord-Pas-de-Calais. De l’Italie à la France, mon déplacement s’avère cohérent. Deux lieux de ma vie si similaires, en même temps si différents.

Une couverture de champs colorés jusqu’à l’horizon. Deux terrils-pyramides noirs assortis à un ciel couleur nuage. Des maisons en briques aux toits pentus qui semblent sortir tout droit d’un dessin d’enfant. Il faut bien le dire : lorsque je suis arrivée ici, absolument rien de ce paysage ne me rappelait l’endroit où je suis née. Habituée à des montagnes bien plus élevées que ces deux terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, en Vallée d’Aoste on ne voit jamais l’horizon. Lorsque le soleil se cache derrière les Alpes, la nuit tombe trop tôt (mais au moins il y a le soleil !).

Pourtant, le mode de vie loossois m’a tout de suite rappelé ma petite ville d’Aosta. On sort de chez soi, on rencontre un ami, un voisin, un parent, un cousin, un chien qu’on connait. Et, bien sûr, ce couple dont toute la ville parlera le lendemain. Quatre cafés au total, on n’abandonne jamais les habitudes d’une vie.

Au delà des commérages, il y a bien des similarités plus intéressantes à trouver. Hélas, je ne parle pas d’écologie. Ma ville, bien qu’entourée de nature, reste malheureusement un pas en arrière par rapport au développement durable qu’entreprend Loos-en-Gohelle. Pour trouver des points communs, il faut fouiller dans le passé.

Le village des mineurs de la Mine de Cogne (2.500 m) © Wikipédia (https://it.wikipedia.org/wiki/File:Villaggio_Minatori.jpg)

C’est à Cogne, le village où j’ai grandi entre les sapins et les furets, qu’on trouve la plus haute mine d’Europe. Située à 2 500 mètres d’altitude, les mineurs devaient monter jusqu’à ces sommets des plus hauts rochers d’Italie au lieu de descendre au sous-sol à la recherche du charbon. Pour se faufiler ensuite dans les entrailles de la montagne. Ainsi, le village des mineurs était surélevé. Le nez en l’air, il est encore bien visible aujourd’hui. Ils y habitaient à plus de mille à l’époque. Comme dans le bassin minier, la vallée d’Aoste a accueilli beaucoup d’immigrés avec l’ouverture de la mine.

Le village des mineurs, aujourd’hui © Wikipédia

A Cogne on extrayait du minerai de fer, matière première pour l’aciérie de la ville d’Aosta. Rouillée et chancelante, cette usine sidérurgique ne pouvait que s’appeler que « Cogne ». Ses fumées continuent à obscurcir – et polluer – le ciel bleu de chez moi, même si la mine a définitivement fermé en 1969.

La mine n’est pas juste un lieu, mais un monde fascinant que beaucoup d’écrivains ont essayé de raconter. Une société, un mode de vie que les Loossois connaissent très bien. C’est justement le travail de l’association La Chaîne de Terrils : permettre aux habitants de se réapproprier de ce patrimoine. Ainsi, aujourd’hui les jeunes Loossois  savent raconter leurs lieux du passé.

La Mine de Cogne, panorama à 2.500 m © Wikipedia (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mniere_di_Cogne_5.JPG )

En revanche, en Vallée d’Aoste, le monde de la mine a été complètement oublié. Un patrimoine commun qui n’a jamais été valorisé. Le Comité Coeur de Fer (Comitato Cuore di Ferro) se bat pour cette cause. Il a récemment présenté un projet pour la création d’un parc minier, lieu de décryptage pour les touristes et les locaux, qui permettrait de redécouvrir ces lieux isolés.

Il y a 30 ans, ma région cherchait déjà des solutions : l’idée était celle de rouvrir la voie ferrée qui reliait le village de Cogne (2000 m) à la ville d’Aosta (600 m), creusée dans la montagne. Après 25 ans de travail et 30 millions d’euros de dépenses… le « train de la mine de Cogne » n’est jamais parti. Un énorme scandale, un honteux gaspillage dont personne comprend les raisons. Aujourd’hui, tout est à l’abandon. Avec la perte des derniers mineurs, on oublie une partie de notre histoire.

De la mine la plus haute d’Europe, au terril le plus haut d’Europe, pour m’en souvenir il a fallu venir à Loos-en-Gohelle et écrire cet article.

J’imagine sept jeunes jeunes journalistes en reportage à Cogne pendant deux semaines. Il y aurait bien de choses à dire.

José Evrard, l’histoire du député passé du Parti Communiste au Front National

A 71 ans, José Evrard est le nouveau député FN de la 3e circonscription du Pas-de-Calais (Lens-Avion). Issu d’une famille de mineurs de fond et de résistants, il a d’abord été militant communiste pendant 35 ans. Il a été élu sous l’étiquette du Front national avec 51,7% des voix à Loos-en-Gohelle. Portrait.

Le député FN José Evrard a été élu avec le 52,94% des voix dans la 3ème circonscription du Nord (ex Nord-Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

L’histoire politique de José Evrard est l’emblème de l’évolution de la sociologie électorale du bassin minier et de l’ex Nord-Pas-de-Calais. Traditionnellement ancré à gauche, le territoire compte aujourd’hui quatre des huit députés du Front National. Parmi eux, un humaniste, retraité de La Poste, qui a été paradoxalement membre du bureau politique du Parti Communiste Français et maire adjoint de Billy-Montigny de 1989 à 1998. Comment peut-on basculer des barricades de Mai 68 aux murs du Front National ?

Selon Freud, cinq phases de l’élaboration du deuil existent : la négation, la colère, la négociation, la dépression et l’acceptation. Né communiste dans une une famille de mineurs de fond et de résistants, Il se trouve aujourd’hui dans un état d’esprit pragmatique qui l’oblige à inventer une nouvelle phase : la nécessité de survivre politiquement à la mort de la gauche.

« Ici tout le monde me connaît, je suis militant depuis trente ans. »

José Evrard est d’abord un homme de terrain. « Ici tout le monde me connaît, je suis militant depuis trente ans », affirme-t-il en évoquant son passé politique. Ayant dansé sur les barricades de Mai 68 et vécu les années des luttes ouvrières et étudiantes, il a douloureusement et doucement vu « le soleil de l’avenir » s’effondrer sous les décombres du mur de Berlin.

Certains l’ont accusé de trahison. « Je n’ai jamais bougé, je reste fidèle aux idéaux de justice et lutte sociale, d’égalitarisme, de lutte contre la pauvreté et le chômage. Je ne retrouve plus ça au sein de la gauche. » En se portant candidat pour le FN, a-t-il exploité une opportunité politique ? Sa réponse est immédiate, le ton monte, son front se plisse comme le sous-sol du bassin minier creusé par les galeries :  « L’opportunisme c’est quand on change de casaque et qu’on joue le lendemain avec celle d’une autre équipe ! » Une conjoncture favorable ? [le député socialiste sortant Guy Delcourt, ancien maire de Lens, ne se représentant pas et en mai dernier, Hugues Sion, son principal challenger se présentant sur une liste indépendante NDLR]. Soyons plus précis. « Oui, non, mais ça veut rien dire. J’ai quand même quitté le PCF en 2000 et j’ai rejoint le FN en 2013. » Il n’y a pas de jugement de valeur. L’opportunité n’est pas forcement de l’opportunisme, mais ce dernier peut conduire à exploiter la première. « Bah oui ! Il faut bien qu’en ce pays, on change les donnes ».

« Ni de gauche, ni de droite. Je suis patriote »

L’homme est connu pour son appétit littéraire. Dans sa libraire, on dénombre près de
8 000 livres. « Peut-être plus », s’amuse-t-il. Fin connaisseur de la littérature et de l’historiographie marxiste, José Evrard affine et nourrit son discours par de nombreuses citations. Marxisme et écologie, mais également souveraineté, indépendance et patriotisme sont les concepts le plus récurrents. Est-il de gauche ou de droite ? « Ni de gauche, ni de droite. Je suis patriote », ricane-t-il. Même lui, il ne semble pas y croire. Soyons plus précis. « Je suis le témoin vivant de la déstructuration du bassin minier. Cette région de la France est de plus en plus pauvre et économiquement immobile. Les politiques socialistes n’ont pas répondu aux exigences des cette population. Aujourd’hui, ils payent le décalage entre les promesses et les actes. »

Le député FN José Evrard devant le bureau du Front National de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin, sur Lens – © Stefano Lorusso

« Pendant la campagne électorale, mes adversaires ont pointé du doigt mon passé communiste. Ils m’ont rapporté pleins de voix. »

José Evrard a été crédible aux yeux de ses électeurs car il a totalement assumé son passé. Pas seulement il n’a plus de cadavres dans le placard, il n’a même plus de placard. « Je suis connu dans cette région pour y avoir milité longtemps. Pendant la campagne électorale, mes adversaires ont pointé du doigt mon passé communiste. Ils se sont tués tout seuls car ces accusations m’ont rapporté plein de voix. »

Le point de rupture entre lui et la gauche, a été la position trop souple de cette dernière sur les politiques européennes : « L’Europe, telle qu’elle est construite aujourd’hui, produit des profondes inégalités. Le FN a un discours patriotique. Les anciens électeurs communistes ont été plus sensibles que d’autres à ces aspects là. »

Ce professionnel de la politique a-t-il trouvé dans la ligne politique du FN un nouveau « soleil de l’avenir » ? Il hésite, un conflit s’entrevoit dans ses yeux, son esprit semble en contradiction. Le temps d’une seconde, il redevient le professionnel de la politique qu’il est. « Le FN reprend des idées dans lesquelles je m’étais engagé. Je ne vois pas pourquoi je ne devrais prendre ma place au sein du Front national. Dans la vie, ce n’est pas tout blanc ou tout noir ». Peut-être bleu Marine ? 

 

Loos-en-Gohelle: la ville qui est passée de l’économie noire à l’économie verte

« L’histoire des mineurs vaut celle des rois », dit Jean-François Caron, maire écologiste de Loos-en-Gohelle, quand en 2012, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est classé patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Pour Loos-en-Gohelle, ce n’est pas qu’une nomination symbolique. En vingt ans, ce territoire a su se révolutionner et passer de l’économie de charbon, à l’économie verte. Reportage.

A Loos-en-Gohelle, prononcer le mot « mine » fait penser aux terrils – ces collines constituées des sous-produits non exploités de la production minière. A Loos-en-Gohelle il y en a deux. Ces jumeaux, les plus hauts d’Europe, culminent à plus que cent-quatre-vingt mètres. C’est ici, à leurs pieds, qu’il faut aller pour comprendre la transition énergétique.

Dans ce paysage, ils sont les seules repères. Ces géants noirs et verts surplombent le paysage du « plat pays ». Ils le façonnent. Toute l’histoire contemporaine de ce territoire est ici : la culture du travail, la fatigue et la mémoire des ouvriers, les richesses produites pour faire repartir l’économie de la France d’ après-guerre, les grèves ouvrières. Empâtées aux résidus de pierre et de schiste, il y a le sang et la sueur des mineurs. Ils sont le symbole de tout ce qui fut.

Beaucoup auraient voulu les raser pour enterrer le passé. Mais Jean-François Caron, maire écologiste de Loos-en-Gohelle depuis 2001 a combattu aux côtés de son père Marcel, maire socialiste de Loos-en-Gohelle de 1977 à 2001, pour les préserver. Grâce à leur ténacité, depuis 2002 le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. « L’histoire des mineurs vaut celle des rois », compare Jean-François Caron lors de son discours après l’inscription.

 

Un de deux terrils de Loos-en-Gohelle. Dans ce territoire plat, ils sont les seules repères - © Stefano Lorusso

Les sentiers montant des pieds des terrils amènent les visiteurs jusqu’au sommet – © Stefano Lorusso

Les bâtiments miniers aux pieds des terrils de Loos-en-Gohelle – © Stefano Lorusso

« La vie à l’époque de la mine était dangereuse, on travaillait beaucoup. Mais on l’aimait tous. »

« La vie à l’époque de la mine était dangereuse, on travaillait beaucoup. Une fois mon service à la mine terminé, je suis allé travailler dans un garage pour gagner plus. Mais finalement, on regrettait la mine et l’ambiance des fosses : c’était la convivialité et l’entraide, tout le monde se disait bonjour, tout le monde se connaissait » évoque Gilbert Lété, soixante-quinze ans, mineur de fond aujourd’hui à la retraite. Sa boucle d’oreille de diamant blanc brille sous les rayons du soleil.

« Beaucoup de personnes auraient voulu tout raser. Après la fermeture du puits de mine, ça a été la crise. »

Clément Ere, mineur durant sa jeunesse avant de s’enrôler pour la guerre d’Algérie, détaille plus en profondeur les cicatrices du territoire : « Beaucoup de personnes auraient voulu tout raser. Après la fermeture, ça a été la crise. On ne savait plus où on allait, on regardait le passé avec un mélange de honte et de nostalgie. Mais il ne faut pas avoir honte, c’est notre passé, notre identité ! Aujourd’hui quelque chose bouge, le maire porte un grand projet de transition écologique. Le charbon, ça n’était plus possible. »

Clément ERE revient sur son passé de mineur à Loos-en-Gohelle - © Stefano Lorusso

Sortir de l’engrenage infernal

Avec la progressive fermeture des mines, le territoire du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais plonge dans un fort immobilisme économique. C’est un choc dur et sanglant pour la population. La mine et les patrons, dont toute l’organisation des villes de cette région dépendait, avaient injecté un profond esprit paternaliste et hiérarchique dans les rapports sociaux, les rythmes de vie, l’urbanisme et l’économie. Une fois partis, les patrons ont tout laissé en l’état : un territoire saigné à blanc et destructuré.

Comment sortir de cet engrenage infernal de crise sociale ? Loos-en-Gohelle, dont le paysage et l’humanité portent encore les blessures liées aux mines, a été complètement retournée dans les vingt derniers années. Prenant son histoire à contre-courant, la ville a mis en œuvre la révolution verte. Le deus-ex-machina de cette transition énergétique est Jean-François Caron, maire écologiste de Loos-en-Gohelle depuis 2001. Dans une ville qui n’avait plus d’espoir, cet homme maigre au visage calme et au discours pédagogique a apporté une vision, un rêve. Il a su s’entourer d’une équipe forte et efficace qui partage son projet de transition énergétique.

Résilience et durabilité

Julian Perdrigeat a 31 ans. Diplômé en science politique, il est directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle. Avant de s’engager pour la transition écologique à Loos-en-Gohelle, il a traversé l’Afrique à vélo pour étudier le thème de la résilience. C’est ça, le mot clés de Loos-en-Gohelle, sa capacité de résistance aux chocs. A son retour en France, par un hasard de la vie, il rencontre Jean-François Caron et commence à travailler pour son cabinet. « On a été au cœur de la première révolution industrielle, on a loupé la deuxième, mais on a anticipé la troisième » affirme-t-il avec détermination.

Julien Perdrigeat, directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle devant la mairie – © Lost en Gohelle

« On suit le principe de l’économie circulaire en allongeant le cycle de vie de certaines matières et produits. »

« Il faut préserver la planète. On suit le principe de l’économie circulaire en allongeant le cycle de vie de certaines matières et produits. On réduit la consommation. On produit de l’énergie grâce à des nouvelles technologies : les panneaux photovoltaïques, un système de récupération des eaux de pluie, des nouveaux matériaux pour les éco-constructions, un projet d’une usine de méthanisation » continue-t-il.

« Concrètement, il s’agit de passer d’une société paternaliste à la démocratie participative et horizontale. On fait un grand travail culturel ici pour faire comprendre aux habitants et aux communes intéressées par notre philosophie que les énergies renouvelables sont l’avenir. Il faut systématiser la logique écologique. »

Pendant son précédent mandat, le maire a organisé plus de deux-cent réunions publiques, il se base sur un large consensus électorale : 83% des voix lors des élections municipales de 2014.

Vers une 3e révolution industrielle

Loos-en-Gohelle a été nommée ville pilote du développement durable en France. On y expérimente le potentiel de l’économie verte. « D’ici en 2050, on a l’objectif de produire plus d’énergie que ce qu’on consomme », le directeur du service technique de la mairie, Didier Caron (qui n’a aucun lien de parenté avec le maire NDLR). A 53 ans, il a les mains sur tous les dossiers communaux. Ayant travaillé en tant que jardinier, il y a appris l’amour et le respect pour la terre.

Sur les toits de l’Eglise de Saint-Vaast, la Mairie a installé 200 m2 de panneaux photovoltaïques qui rapportent 5000 euros chaque année (32 000 kilowatts/heure). « Imaginez-vous qu’on développe ça à l’échelle du bassin minier », la voix de Didier Caron monte, dans ses yeux on aperçoit la vision de l’avenir. « Dans les jardins publics, un système de détecteurs de mouvement a été installé afin de régler la consommation d’énergie en fonction de la présence humaine », poursuit-il avec fierté.

 

Les bâtiments publics sont dotés d’un système de récupération d’eau de pluie qui servent à alimenter les sanitaires et à l’entretien des espaces verts. 86000 litres d’eau sont ainsi récupérés chaque année. « Le développement durable consiste également en des petits gestes d’attention vers notre planète », conclut Didier Caron, en souriant paisiblement.

Didier Caron, directeur du service technique de la mairie de Loos-en-Gohelle dans son bureau – © Stefano Lorusso

Changement d’échelle

Depuis 1998, 148 logements ont été construits avec des principes écologiques. 350 emplois ont été créés. Du côté des pouvoirs publics de la ville, les idées sont claires. Le défi aujourd’hui est le changement d’échelle. Comment peut-on impliquer les particuliers pour financer la transition écologique au niveau citoyen ?

« L’avenir de l’écologie dépend du changement d’échelle. »

« La plus grande difficulté est d’appliquer les stratégies du développement durable dans le secteur privé », assume Didier Caron. Un propos qui fait l’écho à celui de Béatrice Bouquet, élue locale écologiste entre 1982 et 2004. Elle a travaillé avec les Caron, père et fils. « On est tous responsables de ce qui va venir. On doit tous changer notre mentalité par rapport à l’écologie. Toutefois, c’est vrai que chez les particuliers, cela demande un investissement économique important. La seule chose qu’on peut faire, c’est de travailler sur la culture et sur la pédagogie ». Le défi est grand, dans l’une des villes les plus pauvres du bassin minier. Ici, 60% de la population est exonérée de l’impôt sur le revenu.

« L’avenir de l’écologie dépend du changement d’échelle.» Julien Perdrigeat le sait très bien : « Loos-en-Gohelle est une petite communauté, on n’est qu’une ville laboratoire. Réfléchissez : si au lieu des 70 milliards d’euros que la France paie chaque année aux Emirats Arabes et à la Russie pour acheter de l’énergie, elle les investissait en fermes solaires, en unités de méthanisation, en mobilité soutenable, elle produirait des bénéfices économiques ».

Une nouvelle identité

Sous les terrils, cent mille kilomètres de galeries ont été creusés. Une longueur égale à deux fois et demi le tour de la terre ! Après la fermetures des mines, les élus de ce territoire ont dû gérer de lourdes conséquences environnementales : affaissement des terrains, pollutions, un territoire dévasté.

Les terrils de Loos-en-Gohelle sont le symbole de la profonde capacité de résilience de ce territoire. Créés par l’homme, apparemment stériles, ils sont aujourd’hui habités par six cent espèces d’animaux et de plantes. La nature reprend ses droits et à Loos-en-Gohelle, et l’homme la suit.

Portrait de Clément Ere, ancien mineur de Loos-en-Gohelle : « Le bassin minier, c’est notre identité ! »

Clément Ere avait treize ans, mesurait à peine 1m20 quand il est descendu la première fois dans la mine. « quand j’en suis sorti, je faisais 1m90 », s’amuse-t-il. Aujourd’hui, il a 80 ans et habite Loos-en-Gohelle. Récit d’une vie extraordinaire.

Clément ERE, ancien mineur de Loos-en-Gohelle, montre fière l’affiche de son spectacle théâtrale – © Stefano Lorusso

« Imaginez-vous un gars de treize ans aujourd’hui descendre dans une mine, tout seul à cinq heure du matin. » Loos-en-Gohelle, 1951. Clément Ere donne son premier coup de pioche dans les galeries du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. « J’ai été mineur et j’en suis fier. Pour pouvoir avancer, il faut regarder en arrière. Le bassin minier, c’est notre identité », assène-t-il.

Aujourd’hui, à 80 ans, il est le protagoniste d’une pièce de théâtre sur sa vie et, par ricochet, sur l’histoire récente de tout le bassin minier Mine de rien, mis en scène par Cécile Orsennat et Xavier Lacouture, et en musique par Thierry Montaigne.

Revenons en 1948, la deuxième guerre mondiale est terminée. La France est à genoux, la population est éprouvée, le charbon est la seule source d’énergie disponible. Il faut reconstruire le pays et gagner la bataille du charbon. L’enjeu justifie la nationalisation des bassins miniers du Nord-pas-de Calais, du Nord, de Lorraine, du Centre et du Midi. La société publique Les Charbonnages de France vient d’être crée pour gérer les concessions minières. Un seul mot d’ordre : produire. En 1950, 27 millions de tonnes de charbon sont extraites des bassins du Nord et du Nord Pas-de-Calais. En 1960, ce sera 29 millions.

Clément ERE revient sur son passé de mineur à Loos-en-Gohelle – © Stefano Lorusso

« Je suis rentré dans la mine et je faisais un mètre vingt. J’en suis sorti en 1958, je faisais un mètre quatre-vingt-dix »

À l’époque, Clément Ere n’était qu’un gosse, comme il le raconte dans la chanson « Qu’un gosse » tirée de sa pièce de théâtre (Pendant six longues années/j’ai fait ce boulot d’homme/J’étais un bon mineurs, j’étais une bête de somme/J’ai oublié ma peur). Il est embauché à la fosse 4 de Lens. « Je suis rentré dans la mine et je faisais un mètre vingt. Quand j’en suis sorti en 1958, je faisais un mètre quatre-vingt-dix ».

C’est un géant gentil, Clément, son regard est bon, pacifique, accueillant. Ses yeux se mouillent de larmes durant son récit. Il parle et il transporte l’auditeur dans les mines. On sent l’odeur acre et toxique du charbon. On est plongé dans les grèves. On entend les voix rauques et infernales des ouvriers. « Je travaillais au triage, on avait toujours le « cul à l’gaillette » [expression pour dire que la poussière était tellement épaisse qu’elle encrassait de noir la peau des ouvriers jusque dans les parties intimes NDLR]. »

« J’avais neuf ans, ils m’ont présenté un monsieur tout maigre, sous-alimenté, le visage sec et hirsute, marqué par la fatigue : tiens, lui c’est ton père. »

Toujours grâce au récit de Clément, on atterrit dans un coin de sa maison en 1942. Même s’il n’avait que trois ans, il se souvient des policiers collaborationnistes français qui ont débarqué pour déporter son père communiste dans les champs de travail nazis, en Allemagne.

Il a gardé une image intacte du jour où son père est revenu  : « J’avais neuf ans, ils m’ont présenté un monsieur tout maigre, sous-alimenté, le visage sec et hirsute, marqué par la fatigue : tiens, lui c’est ton père. Il faisait 35 kilos et un mètre quatre vingt. Je ne l’ai pas reconnu. » Son père trouva ensuite un travail dans la mine en tant que aiguillier. Il vivra la saison de la bataille du charbon et des grands grèves ouvrières de 1948 et 1963. « Je me rappelle d’une grève de huit semaines, les mineurs n’étaient donc pas payés, on ne mangeait que de carottes. Et encore fallait-il en avoir ! ».

« [La silicose] me faisait peur. J’ai donc tout fait pour ne plus descendre au fond et m’échapper de l’univers minier. En 1958, je m’enrôle dans l’armée. C’était la guerre d’Algérie. »

Sous ses yeux, la transformation d’un territoire

L’exploitation du charbon a marqué le territoire en profondeur. Le lait noir des mamelles de la terre l’a nourri. Il lui donné la vie, il l’a fait grandir. Mais il lui a donné également la mort. D’abord, économique : quand, dans les années 70, l’Etat considère que le charbon n’est plus rentable, il s’est progressivement désengagé. Aujourd’hui, le taux de chômage s’élève au 11,7% au Nord-Pas-de-Calais (INSEE 2017). La catastrophe est également humaine : la poussière de charbon entraîne de nombreuses silicoses, maladies pulmonaires graves, souvent mortelles.

« Cette maladie me faisait peur. J’ai donc tout fait pour ne plus descendre au fond et m’échapper des mines » raconte Clément. « En 1958, je m’enrôle dans l’armée. C’était la guerre d’Algérie. Vingt-huit mois de service militaire. J’ai reçu toutes les décorations, il ne me manque que la légion d’honneur. » Clément a vu le danger arriver à temps. Presque tous ses collègues de l’époque sont morts aujourd’hui. « Avant mon mariage, le médecin avait trouvé des traces de noir dans mes poumons, en regardant ma tomographie [technique d’imagerie de l’époque, NDLR]. »

Une fois les chapitres de la mine et de l’Algérie refermés, comme dit la chanson « et puis y’a eu l’Armée/alors j’ai fait le choix/de ne pas y retourner/c’était pas fait pour moi/alors j’ai préféré l’autre chemin de croix/le passage obligé, la guerre en Algérie », le jeune Clément découvre être malade. Un point de pleurésie, une maladie qui attaque la plèvre, cette membrane enveloppant et protégeant les poumons. Il s’en sortira, en se soignant à l’hôpital de Lens, où il a l’idée de demander du travail durant sa convalescence.

Une vie engagée

Quand il raconte ces épisodes de sa vie, les grandes mains de Clément fendent l’air avec des larges gestes. Il a beau affirmer qu’il « ne veut pas parler de politique », ses actions le trahissent. Lui, qui a été l’un des promoteurs de la nomination du bassin minier de Nord-Pas-de-Calais en tant que Patrimoine mondial de l’Unesco en 2012. Personne n’y croyait.

Le maire écologiste de Loos-en-Gohelle, Jean-François Caron, avec tous les acteurs du projet Mission Bassin Minier se sont battus pour cet objectif et l’ont remporté.

Parmi les soutiens de la première heure, Micheline Ere, la femme de Clément, une présence constante dans sa vie, récemment disparue. « On faisait tout ensemble. Elle était une personne responsable, toujours là où les gens en avaient besoin », sa voix puissante et ronde s’incline et se brise, son regard touche par terre et deux grandes larmes sillonnent son visage.

A quatre-vingt ans, Clément Ere garde ses deux enfants qui travaillent à l’étranger. Ayant beaucoup souffert dans sa vie, ce mineur est le symbole d’un territoire qui aujourd’hui tente de repartir, en valorisant son histoire liée à la mine et en lançant un projet de relance sur l’économie durable : l’objectif est de passer de l’énergie noire à l’énergie verte.

Le CERDD stimule le développement durable régional depuis Loos-en-Gohelle

Le CERDD, pour Centre de ressource du développement durable, est installé depuis maintenant plus de dix ans à Loos-en-Gohelle. Son rôle ? Créer de l’interaction entre élus et professionnels, entre acteurs et décideurs pour inventer de nouveaux modèles de société. Tout un programme !

Ils sont installés dans de discrets locaux sur la base du 11/19. Le Centre Ressource du Développement Durable (CERDD) rayonne aujourd’hui sur toute la région Nord-Pas-de-Calais, agissant comme un catalyseur de projets exemplaires en développement durable. Tout en encourageant d’autres projets du même type à voir le jour. « Nous donnons envie au public novice. Nous apportons notre connaissance aux projets en cours. Nous valorisons des bonnes pratiques déjà établies », énumère Marjorie Duchêne, chargée de communication au CERDD.

En tant que groupement d’intérêt public (GIP), le CERDD est une organisation neutre qui travaille en bonne intelligence avec les instances locales et régionales et avec les pouvoirs économiques, pour permettre au Nord-Pas-de-Calais de passer d’un fonctionnement industriel à une économie plus durable.

Financé par le conseil régional Nord-Pas-de-Calais, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), l’Etat et l’Union Européen, le CERDD dispose d’un budget annuel de 1,33 million d’euros en 2015 pour une équipe de 12 salariés.

De Lille à Loos-en-Gohelle

D’abord basé à Lille, l’organisation a déménagé en 2005 à Loos-en-Gohelle toute en continuant son action. Pourquoi Loos ?  » Il y a une raison symbolique : les organisations régionales ne sont pas forcement toutes basées à Lille. De plus, Loos-en-Gohelle est une ville pionnière en matière de développement durable puisqu’elle a été l’une des premières municipalités à adopter la HQE (Haute Qualité Environnementale)« , poursuit Marjorie Duchêne.

Avec l’aide de la mairie de Loos-en-Gohelle, le CERDD a donc créé un premier tour de développement durable (DD Tour) dans la ville. Illustrant les principaux projets de la ville, il commence à la mairie et se termine à la base 11-19 aux pieds de terrils. Le tour traverse ainsi tous les sites-phares de la ville : l’église couverte de panneaux solaires, les maisons écologiques et la ceinture verte qui entoure la ville. Le tour, gratuit et proposé tout au long de l’année, dure une demi-journée.

Aujourd’hui, le CERDD a développé douze circuits du même genre dans d’autres villes, afin de mettre en lumière les projets exemplaires de la région. Mais cela n’est pas suffisant pour CERDD. En ce moment, Marjorie Duchêne, coordinatrice du DDTour, veut explorer les possibilités d’une visite pouvant durer jusqu’à deux jours à Loos-en-Gohelle.

 

Introduction de DDTour

Crédit vidéo : Cerdd

Décloisonner les acteurs

Pour réaliser ces tours, Marjorie Duchêne a commencé à travailler avec des organisations comme le CD2E, la Chaîne des terrils, Culture commune et l’Office du tourisme de Lens. « J’ai été surprise de voir à quel point nos actions étaient finalement peu connues des autres structures du territoire », souligne la coordinatrice. « Les liens ne se fait pas automatiquement. Seul un processus de co-production permettra de décloisonner les différents acteurs de développement durable », affirme Marjorie Duchêne.

Cet effort de dé-cloisonnage est visible dans un autre projet phare de CERDD : les ambassadeurs de développement durable. Depuis 2010, le centre forme une centaine de volontaires venus des secteurs publics ou privés afin de récolter leurs savoirs en matière de transition vers développement durable.  Les « ambassadeurs » se rassemblent régulièrement pour échanger les informations recueillies sur le terrain et explorer des pistes de coopération.

« La transition vers le développement durable engage toutes les parties d’une communauté », conclut Marjorie Duchêne. Le leitmotiv désormais ? Ne plus travailler chacun de son côté mais plus connectés vers un nouveau modèle économique. « Pour cette raison, le travail de dé-cloisonnage est primordial pour le CERDD « .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le blog Lost in Gohelle : plongée dans les coulisses de la rédaction

Nom de code : Lost in Gohelle. Mission : découvrir et rendre compte durant quinze jours de la richesse et de la diversité d’une ex-ville minière baptisée Loos-en-Gohelle. On vous dévoile les coulisses de la rédaction : dure, dure la vie de reporter dans le Pas-de-Calais.

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Photo de famille des étudiants étrangers de la 92ème Promo de l’ESJ

Charlotte (franco-canadienne) et Sofia (italienne), les deux blondes de l’équipe de rédaction du blog sont bien à l’heure ce matin. Un peu avant 8h30, heure de la conférence de rédaction au Cybercoin de la commune de Loos-en-Gohelle. Mais on peut déjà lire sur leur visage toute leur peine à traverser en vélo les artères régulièrement affaissées par l’intense activité minière du 19e siècle de cette petite commune de 7000 habitants. La ville est située en plein cœur de l’ancien bassin minier du Nord Pas de Calais, patrimoine mondiale de l’Unesco en juin 2012.

Terrils

« Et on va le faire tous les jours !? 25 minutes à vélo! », ronchonne déjà Charlotte à propos de ce trajet matinal. Il ne manque plus que la directrice de publication pour fédérer tout ce beau monde autour du projet, ô combien de fois excitant, de découvertes de la ville aux nombreux terrils, ces montagnes noires typiques du Nord de la France, érigées lors de l’extraction du charbon.
Sur place déjà, Ran et Xiaohan, la rédactrice en chef, attendent. Ils sont de nationalité chinoise. Le premier, colosse chinois du groupe dont la tête ne tient pas dans un casque de vélo, s’est déjà fait mal aux genoux, la veille, en roulant 10 km de la gare de Lens à la modeste mairie de Loos-en-Gohelle. Surtout ne lui parlez pas d’animaux. « Je ne les aime pas », martèle-t-il.
Neima et Rokia, rédactrices du blog qui viennent de Djibouti sont aussi présentes. La conférence de rédaction peut alors commencer dans cette salle informatique du Cybercoin dont le design du revêtement de sol -vert, très vert- évoque les pixels.

Transition économique

« A quel niveau, êtes-vous des sujets répartis hier ?» lance Xiaohan, tout de suite très à l’aise dans ce rôle de rédactrice en chef. Le débat se mène autour des sujets que défende chaque rédacteur. Sofia, la première à se jeter à l’eau s’intéresse aux grands projets innovants de Loos-en-Gohelle. La ville est en pleine transition économique depuis les années 2000 et veut tourner dos à son grand passé minier dont il ne reste plus que des terrils et le célèbre carreau de fosse du 11-19. Sous l’impulsion de son maire Jean-François Caron (Les Verts), la ville se tourne résolument vers le développement durable avec des projets écologiques dans le bâtiment et l’agriculture.
Charlotte, par contre, voudrait fait revivre l’histoire de cette ville minière aujourd’hui touché par un fort taux de chômage (18%) à travers des chiffres mémorables. Pendant ce temps, Ran a plutôt un regard évasif perdu dans ses pensées. Il a été heurté par les nombreux cimetières militaires de Loos mais aussi impressionnés par les vastes étendus de champs de blé le long des voies. Il a d’ailleurs exprimé ses premières impressions. Il faut dire que la ville a été le théâtre de nombreuses batailles. La plus célèbre reste la bataille de Loos pendant la première guerre mondiale. Ce détail est inconnu des Français « mais très présent dans les programmes scolaires au Canada » nous apprend Charlotte.

Clichés emblématiques

Rokia s’est plutôt mué en photographe. Elle fait le tour de Loos et nous fera ressortir les clichés emblématiques de la ville. Elle ne loupera certainement pas les deux énormes terrils qui dominent la commune. Elles sont les plus hautes d’Europe (184 mètres). Neima a été très impressionnée par le parcours de Julian Perdrigeat, le jeune directeur de cabinet du maire. Ange Kasongo s’intéresse aux faits d’arme à vélo de ce dernier. Entre 2011 et 2013, il a parcouru 15000 km en bicyclette de Lille à Soweto en Afrique du Sud. Un défi beaucoup plus facile à relever à l’écrit pour notre rédactrice congolaise. Ce matin, c’est très essoufflé qu’elle a rejoint la conférence de rédaction au Cybercoin. Elle ne venait que de faire 3 km à vélo. Pas facile hein…