Loos-en-Gohelle: la ville qui est passée de l’économie noire à l’économie verte

« L’histoire des mineurs vaut celle des rois », dit Jean-François Caron, maire écologiste de Loos-en-Gohelle, quand en 2012, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est classé patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Pour Loos-en-Gohelle, ce n’est pas qu’une nomination symbolique. En vingt ans, ce territoire a su se révolutionner et passer de l’économie de charbon, à l’économie verte. Reportage.

A Loos-en-Gohelle, prononcer le mot « mine » fait penser aux terrils – ces collines constituées des sous-produits non exploités de la production minière. A Loos-en-Gohelle il y en a deux. Ces jumeaux, les plus hauts d’Europe, culminent à plus que cent-quatre-vingt mètres. C’est ici, à leurs pieds, qu’il faut aller pour comprendre la transition énergétique.

Dans ce paysage, ils sont les seules repères. Ces géants noirs et verts surplombent le paysage du « plat pays ». Ils le façonnent. Toute l’histoire contemporaine de ce territoire est ici : la culture du travail, la fatigue et la mémoire des ouvriers, les richesses produites pour faire repartir l’économie de la France d’ après-guerre, les grèves ouvrières. Empâtées aux résidus de pierre et de schiste, il y a le sang et la sueur des mineurs. Ils sont le symbole de tout ce qui fut.

Beaucoup auraient voulu les raser pour enterrer le passé. Mais Jean-François Caron, maire écologiste de Loos-en-Gohelle depuis 2001 a combattu aux côtés de son père Marcel, maire socialiste de Loos-en-Gohelle de 1977 à 2001, pour les préserver. Grâce à leur ténacité, depuis 2002 le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. « L’histoire des mineurs vaut celle des rois », compare Jean-François Caron lors de son discours après l’inscription.

 

Un de deux terrils de Loos-en-Gohelle. Dans ce territoire plat, ils sont les seules repères - © Stefano Lorusso

Les sentiers montant des pieds des terrils amènent les visiteurs jusqu’au sommet – © Stefano Lorusso

Les bâtiments miniers aux pieds des terrils de Loos-en-Gohelle – © Stefano Lorusso

« La vie à l’époque de la mine était dangereuse, on travaillait beaucoup. Mais on l’aimait tous. »

« La vie à l’époque de la mine était dangereuse, on travaillait beaucoup. Une fois mon service à la mine terminé, je suis allé travailler dans un garage pour gagner plus. Mais finalement, on regrettait la mine et l’ambiance des fosses : c’était la convivialité et l’entraide, tout le monde se disait bonjour, tout le monde se connaissait » évoque Gilbert Lété, soixante-quinze ans, mineur de fond aujourd’hui à la retraite. Sa boucle d’oreille de diamant blanc brille sous les rayons du soleil.

« Beaucoup de personnes auraient voulu tout raser. Après la fermeture du puits de mine, ça a été la crise. »

Clément Ere, mineur durant sa jeunesse avant de s’enrôler pour la guerre d’Algérie, détaille plus en profondeur les cicatrices du territoire : « Beaucoup de personnes auraient voulu tout raser. Après la fermeture, ça a été la crise. On ne savait plus où on allait, on regardait le passé avec un mélange de honte et de nostalgie. Mais il ne faut pas avoir honte, c’est notre passé, notre identité ! Aujourd’hui quelque chose bouge, le maire porte un grand projet de transition écologique. Le charbon, ça n’était plus possible. »

Clément ERE revient sur son passé de mineur à Loos-en-Gohelle - © Stefano Lorusso

Sortir de l’engrenage infernal

Avec la progressive fermeture des mines, le territoire du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais plonge dans un fort immobilisme économique. C’est un choc dur et sanglant pour la population. La mine et les patrons, dont toute l’organisation des villes de cette région dépendait, avaient injecté un profond esprit paternaliste et hiérarchique dans les rapports sociaux, les rythmes de vie, l’urbanisme et l’économie. Une fois partis, les patrons ont tout laissé en l’état : un territoire saigné à blanc et destructuré.

Comment sortir de cet engrenage infernal de crise sociale ? Loos-en-Gohelle, dont le paysage et l’humanité portent encore les blessures liées aux mines, a été complètement retournée dans les vingt derniers années. Prenant son histoire à contre-courant, la ville a mis en œuvre la révolution verte. Le deus-ex-machina de cette transition énergétique est Jean-François Caron, maire écologiste de Loos-en-Gohelle depuis 2001. Dans une ville qui n’avait plus d’espoir, cet homme maigre au visage calme et au discours pédagogique a apporté une vision, un rêve. Il a su s’entourer d’une équipe forte et efficace qui partage son projet de transition énergétique.

Résilience et durabilité

Julian Perdrigeat a 31 ans. Diplômé en science politique, il est directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle. Avant de s’engager pour la transition écologique à Loos-en-Gohelle, il a traversé l’Afrique à vélo pour étudier le thème de la résilience. C’est ça, le mot clés de Loos-en-Gohelle, sa capacité de résistance aux chocs. A son retour en France, par un hasard de la vie, il rencontre Jean-François Caron et commence à travailler pour son cabinet. « On a été au cœur de la première révolution industrielle, on a loupé la deuxième, mais on a anticipé la troisième » affirme-t-il avec détermination.

Julien Perdrigeat, directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle devant la mairie – © Lost en Gohelle

« On suit le principe de l’économie circulaire en allongeant le cycle de vie de certaines matières et produits. »

« Il faut préserver la planète. On suit le principe de l’économie circulaire en allongeant le cycle de vie de certaines matières et produits. On réduit la consommation. On produit de l’énergie grâce à des nouvelles technologies : les panneaux photovoltaïques, un système de récupération des eaux de pluie, des nouveaux matériaux pour les éco-constructions, un projet d’une usine de méthanisation » continue-t-il.

« Concrètement, il s’agit de passer d’une société paternaliste à la démocratie participative et horizontale. On fait un grand travail culturel ici pour faire comprendre aux habitants et aux communes intéressées par notre philosophie que les énergies renouvelables sont l’avenir. Il faut systématiser la logique écologique. »

Pendant son précédent mandat, le maire a organisé plus de deux-cent réunions publiques, il se base sur un large consensus électorale : 83% des voix lors des élections municipales de 2014.

Vers une 3e révolution industrielle

Loos-en-Gohelle a été nommée ville pilote du développement durable en France. On y expérimente le potentiel de l’économie verte. « D’ici en 2050, on a l’objectif de produire plus d’énergie que ce qu’on consomme », le directeur du service technique de la mairie, Didier Caron (qui n’a aucun lien de parenté avec le maire NDLR). A 53 ans, il a les mains sur tous les dossiers communaux. Ayant travaillé en tant que jardinier, il y a appris l’amour et le respect pour la terre.

Sur les toits de l’Eglise de Saint-Vaast, la Mairie a installé 200 m2 de panneaux photovoltaïques qui rapportent 5000 euros chaque année (32 000 kilowatts/heure). « Imaginez-vous qu’on développe ça à l’échelle du bassin minier », la voix de Didier Caron monte, dans ses yeux on aperçoit la vision de l’avenir. « Dans les jardins publics, un système de détecteurs de mouvement a été installé afin de régler la consommation d’énergie en fonction de la présence humaine », poursuit-il avec fierté.

 

Les bâtiments publics sont dotés d’un système de récupération d’eau de pluie qui servent à alimenter les sanitaires et à l’entretien des espaces verts. 86000 litres d’eau sont ainsi récupérés chaque année. « Le développement durable consiste également en des petits gestes d’attention vers notre planète », conclut Didier Caron, en souriant paisiblement.

Didier Caron, directeur du service technique de la mairie de Loos-en-Gohelle dans son bureau – © Stefano Lorusso

Changement d’échelle

Depuis 1998, 148 logements ont été construits avec des principes écologiques. 350 emplois ont été créés. Du côté des pouvoirs publics de la ville, les idées sont claires. Le défi aujourd’hui est le changement d’échelle. Comment peut-on impliquer les particuliers pour financer la transition écologique au niveau citoyen ?

« L’avenir de l’écologie dépend du changement d’échelle. »

« La plus grande difficulté est d’appliquer les stratégies du développement durable dans le secteur privé », assume Didier Caron. Un propos qui fait l’écho à celui de Béatrice Bouquet, élue locale écologiste entre 1982 et 2004. Elle a travaillé avec les Caron, père et fils. « On est tous responsables de ce qui va venir. On doit tous changer notre mentalité par rapport à l’écologie. Toutefois, c’est vrai que chez les particuliers, cela demande un investissement économique important. La seule chose qu’on peut faire, c’est de travailler sur la culture et sur la pédagogie ». Le défi est grand, dans l’une des villes les plus pauvres du bassin minier. Ici, 60% de la population est exonérée de l’impôt sur le revenu.

« L’avenir de l’écologie dépend du changement d’échelle.» Julien Perdrigeat le sait très bien : « Loos-en-Gohelle est une petite communauté, on n’est qu’une ville laboratoire. Réfléchissez : si au lieu des 70 milliards d’euros que la France paie chaque année aux Emirats Arabes et à la Russie pour acheter de l’énergie, elle les investissait en fermes solaires, en unités de méthanisation, en mobilité soutenable, elle produirait des bénéfices économiques ».

Une nouvelle identité

Sous les terrils, cent mille kilomètres de galeries ont été creusés. Une longueur égale à deux fois et demi le tour de la terre ! Après la fermetures des mines, les élus de ce territoire ont dû gérer de lourdes conséquences environnementales : affaissement des terrains, pollutions, un territoire dévasté.

Les terrils de Loos-en-Gohelle sont le symbole de la profonde capacité de résilience de ce territoire. Créés par l’homme, apparemment stériles, ils sont aujourd’hui habités par six cent espèces d’animaux et de plantes. La nature reprend ses droits et à Loos-en-Gohelle, et l’homme la suit.

Regarder le patrimoine de Loos-en-Gohelle d’un œil numérique

Après les démolitions causées par les guerres, les affaissements dus à l’exploitation du charbon, les divisions urbaines entre les quartiers ouvriers… Que reste-t-il du patrimoine de la ville de Loos-en-Gohelle? Peu de traces historiques, mais une richesse territoriale et humaine énorme qui exige d’être racontée et valorisée. C’est là que la technologie entre en jeu.

Chronologie d’un long processus

L’idée de mettre en place un itinéraire de visite pour faire découvrir la trajectoire de la commune et suivre ses choix de développement remonte à l’année 2009. Elle est née de la volonté de l’équipe municipale, de concert avec la population. Les tablettes permettent de « rendre visible l’invisible ». De montrer efficacement aux touristes et aux visiteurs les signes et l’empreinte du passé. Et aussi de donner envie aux Loossois d’approfondir leurs connaissance de leur ville tout en fournissant des outils pédagogiques aux écoliers.

La première étape du projet est orchestrée par le bureau d’études Atemia : diverses études sont réalisées par les experts pour identifier les lieux attractifs et emblématiques de la ville et les classer par thématique. En même temps, un blog est mis en place et des groupes de travail sont crées, pour permettre aux habitants de suivre les démarches administratives, de se rencontrer et de proposer leur point de vue lors des réunions sur le projet.

Sept circuits d’interprétation sont finalement choisis. Un premier se concentre sur l’histoire minière. Deux autres expliquent la transition écologique et ses expérimentations. Un quatrième fait visiter les lieux de mémoire de la grande guerre.  Un cinquième, plus technique, s’immerge dans la base du 11/19. Enfin, un dernier circuit fait découvrir le paysage contrasté de la ville et ses terrils.

Le projet obtient  des  financements du FEDER, le fonds européen de développement régional, l’Etat et le conseil régional.

Lors de l’inauguration des circuits, en 2012, le maire Jean-François Caron rappellera, satisfait, le but ultime du projet, avec les mots suivants: « En élargissant le répertoire d’activités connu des habitants, on élargit leur capacité d’accueil, [..] on les rend fiers de faire partager l’histoire de leur ville, celle d’hier et celle de demain. »

Flavie Delvallet, 15 ans, explore le fonctionnement d’une tablette au Centre Jeunesse © Arianna Poletti

Un accompagnement interactif et innovant

Pour devenir pionniers de la troisième révolution industrielle, les Loossois ont créé différents niveaux de lecture de leur ville grâce aux nouvelles technologies.

Un premier niveau d’interprétation est disponible le long des parcours proposés par les panneaux explicatifs. Ensuite, un système d’applications multimédia pour smartphone avec GPS intégré permet d’avoir accès à des photos, à des bandes sonores et à des vidéo-témoignages de la vie agricole et la vie dans les mines. Des tablettes sont également disponibles au point d’information touristique de la ville, situé sur la base 11/19, et dans les deux commerces du centre L’Artiste Bar et Le Saint-Hubert, grâce à une coopération avec la mairie.

Les circuits sur tablette ont commencé à être utilisés l’année dernière et viennent d’être mis à jour, en juin 2017. Ils seront utilisés prochainement, en septembre, à l’occasion des journées du patrimoine. Ces outils d’accompagnement ont permis à Loos-en-Gohelle de devenir précurseur en matière des circuits d’interprétation numérique.

Une exigence de complémentarité

Nathalie TELLART, responsable de la communication de la mairie de Loos-en-Gohelle, avec une tablette à la main © Martina Mannini

Selon Nathalie Tellart, responsable de la communication de la mairie, « il faut vivre avec son temps, mais avant tout, il est indispensable de garder l’aspect humain du récit de la ville ». Rien n’est plus précieux, à son dire, pour la mémoire collective, qu’une balade en compagnie des guides des associations locales. « Ils peuvent à tout moment s’attarder sur des questions spécifiques, sur l’histoire, la géologie, la politique ou les enjeux sociaux du territoire. Ils sont aussi capables de répondre aux questions des curieux, et indirectement de transmettre la chaleur et l’envie de partage des habitants de la commune », s’enthousiasme-t-elle.

 

Elle reconnaît cependant l’un des avantages les plus importants des outils numériques: le fait de pouvoir transmettre une histoire racontée directement par son protagoniste. Mot à mot, les vidéos et enregistrements sonores permettent d’archiver un témoignage pour les générations futures.

Screen touch : tout le monde est à l’aise?

Les jeunes Loossois, qui ont plus de compétences numériques, sont plus attirés par les circuits sur smartphone et sur tablette. Les informations sont à leur portée, ils doivent juste se laisser balader par leur curiosité. En atteste le fait qu’au Centre Jeunesse Julie Nodot, la visite à tablette est devenue presque une activité ludique.

À l’inverse, les personnes d’un certain âge montrent pour le moment une petite réticence à utiliser les technologies, moins désireux d’expérimenter ce qu’ils ont connu très tard.

Parmi les plus âgés, certains ont tout de même suivi toutes les étapes du projet. Beaucoup ont pu découvrir le fonctionnement de ces outils à l’occasion de l’inauguration des circuits d’interprétation.

Même si peu ont décidé pour l’instant de poursuivre l’aventure du numérique, la situation est susceptible de changer. La ville est depuis longtemps habituée aux changements.

Julian Perdrigeat, directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle : « Plutôt que de renier notre passé minier, nous l’avons réinventé à notre avantage »

Il existe maintenant un passage obligé pour l’accueil des journalistes de Lost in Gohelle, la rencontre du chef de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle, Julian Perdrigeat. Passionnant et passionné, ce jeune homme de 31 ans peut raconte la ville pour laquelle il travaille et les défis qui l’attendent pendant des heures. Entrevue sur le thème de l’écologie.

La rédaction écoute attentivement le chef de cabinet ©Stefano Lorusso

Lost in Gohelle : La ville de Loos-en-Gohelle est connue entre autre pour ses projets pilotes en matières d’écologie et d’énergies renouvelables. Pourquoi cela  ?

Julien Perdrigeat : Ici, nous avons voulu travailler sur la résilience (un concept avancé par Rob Hopkins), c’est-à-dire, la manière de rebondir après un choc. J’ai traversé l’Afrique à vélo, de Lille à Soweto, en Afrique du Sud, pour questionner ce sujet.

Dans notre cas, le choc est celui laissé par les mines et l’industrie minière durant trois siècles. Des centaines de milliers de kilomètres de galeries de mines ont été creusées sous terre, ce qui entraîne aujourd’hui des impacts sur la géologie des sols et la topographie des paysages.

Plutôt que de renier notre passé, nous l’avons réinventé à notre avantage. Nos terrils arborent maintenant une biodiversité unique, le toit de notre église produit de l’énergie solaire, notre urbanisme étrange nous permet d’avoir des champs et des jardins équitables en plein coeur de la ville, par la permaculture.

 

Lost in Gohelle : Tournons-nous vers l’avenir, quels sont les projets pour la ville et la région dans le domaine de la transition écologique ?

Julien Perdrigeat : Nous voulons procéder à un changement d’échelle d’ici 2020. La transition énergétique, c’est-à-dire de passer de l’énergie fossile aux énergies renouvelables, ne peut pas se limiter à une seule ville. Nous devons porter ces actions à une échelle plus importante, qui englobe tout un bassin de population.

Nous avons expérimenté une ferme solaire, une unité de méthanisation, l’éco-rénovation des logements sociaux… À l’ADEME, l’agence de la maitrise de l’énergie, nous sommes d’ailleurs démonstrateurs nationaux : toute la France tire parti de notre expérience. Loos-en-Gohelle est une ville laboratoire où l’on essaie de co-construire avec les habitants, en fonction de leurs besoins. Mais il faut désormais propager les bonnes pratiques à l’agglomération, la région, l’État-nation… Tant que nous n’aurons pas mis en place ces solutions, on ne résoudra pas le problème du chômage.

Lost in Gohelle : Comment cela va-t-il se réaliser concrètement ?

Julien Perdrigeat : C’est un projet à plusieurs étapes, qui a commencé il y a déjà longtemps. À Loos, tout a commencé avec une politique culturelle pour opérer un changement de mentalités, avec notamment Les Gohelliades. Dans les années 90, la ville a mis en place la Charte du cadre de vie, un diagnostic social et environnemental, créer en concertation avec les habitants par rapport à leurs besoins réels et leurs demandes pour le POS, le Plan d’occupation des sols. À partir de celle-ci, nous avons fait bon nombre d’experiences fructueuses, telles que mentionné plus tôt.

Le CD2E, le centre des éco-entreprises et le CERDD, centre de ressources sur le développement durable situé en ville constituent de plus un pôle d’excellence. C’est le seul pôle de compétitivité français sur l’économie circulaire un processus par lequel les déchets des uns deviennent la matière première des autres. Enfin, avec la Fondation des apprentis d’Auteuil nous formons des jeunes sous diplômés afin qu’ils se apprennent les techniques du bâtiment durable.

Nous réfléchissons maintenant à mettre en place un « Pôle métropolitain de l’Artois« , qui couvrirait trois agglomérations et 600 00 habitants afin d’observer et d’administrer la transition écologique. L’ensemble du territoire en forme de la banane qu’est l’ancien bassin minier a tous les atouts pour devenir le moteur d’une nouvelle révolution industrielle propre, basée sur la démocratie participative, l’économie durable et l’internet.

Je vous donne un exemple : un agriculteur loossois m’expliquait que la culture d’un hectare d’oignons bio demande 10 ou 15 fois plus de travail et qu’il a créé des emplois. Mais comment quantifier tout ce que le développement durable apporte au territoire ?

 

Lost in Gohelle : L’élection en juin des cinq députés Front National dans la région, notamment José Evrard pour la 3e circonscription (Lens) pourrait-elle avoir un impact sur ce projet à grande échelle ?

Julien Perdrigeat : Le maire Jean-François Caron est un élu écologiste. Sa façon de penser et celle du FN sont bien entendu complètement opposées. Si nous prônons par exemple l’agriculture locale, ce n’est pas en opposition avec tout ce qui vient de l’étranger…

Cela étant, il faut avouer que même avec un discours aux antipodes, il est parfois possible pour deux individus de partis opposés de se retrouver sur les mêmes solutions. Notre seule crainte, ce serait que nos idées et nos réussites soient présentées comme une initiative du FN. Il nous reste trois ans avant les prochaines élections municipales rendre compte du changement.

Clémence Labasse et Martina Mannini

Le blog Lost in Gohelle : plongée dans les coulisses de la rédaction

Nom de code : Lost in Gohelle. Mission : découvrir et rendre compte durant quinze jours de la richesse et de la diversité d’une ex-ville minière baptisée Loos-en-Gohelle. On vous dévoile les coulisses de la rédaction : dure, dure la vie de reporter dans le Pas-de-Calais.

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Photo de famille des étudiants étrangers de la 92ème Promo de l’ESJ

Charlotte (franco-canadienne) et Sofia (italienne), les deux blondes de l’équipe de rédaction du blog sont bien à l’heure ce matin. Un peu avant 8h30, heure de la conférence de rédaction au Cybercoin de la commune de Loos-en-Gohelle. Mais on peut déjà lire sur leur visage toute leur peine à traverser en vélo les artères régulièrement affaissées par l’intense activité minière du 19e siècle de cette petite commune de 7000 habitants. La ville est située en plein cœur de l’ancien bassin minier du Nord Pas de Calais, patrimoine mondiale de l’Unesco en juin 2012.

Terrils

« Et on va le faire tous les jours !? 25 minutes à vélo! », ronchonne déjà Charlotte à propos de ce trajet matinal. Il ne manque plus que la directrice de publication pour fédérer tout ce beau monde autour du projet, ô combien de fois excitant, de découvertes de la ville aux nombreux terrils, ces montagnes noires typiques du Nord de la France, érigées lors de l’extraction du charbon.
Sur place déjà, Ran et Xiaohan, la rédactrice en chef, attendent. Ils sont de nationalité chinoise. Le premier, colosse chinois du groupe dont la tête ne tient pas dans un casque de vélo, s’est déjà fait mal aux genoux, la veille, en roulant 10 km de la gare de Lens à la modeste mairie de Loos-en-Gohelle. Surtout ne lui parlez pas d’animaux. « Je ne les aime pas », martèle-t-il.
Neima et Rokia, rédactrices du blog qui viennent de Djibouti sont aussi présentes. La conférence de rédaction peut alors commencer dans cette salle informatique du Cybercoin dont le design du revêtement de sol -vert, très vert- évoque les pixels.

Transition économique

« A quel niveau, êtes-vous des sujets répartis hier ?» lance Xiaohan, tout de suite très à l’aise dans ce rôle de rédactrice en chef. Le débat se mène autour des sujets que défende chaque rédacteur. Sofia, la première à se jeter à l’eau s’intéresse aux grands projets innovants de Loos-en-Gohelle. La ville est en pleine transition économique depuis les années 2000 et veut tourner dos à son grand passé minier dont il ne reste plus que des terrils et le célèbre carreau de fosse du 11-19. Sous l’impulsion de son maire Jean-François Caron (Les Verts), la ville se tourne résolument vers le développement durable avec des projets écologiques dans le bâtiment et l’agriculture.
Charlotte, par contre, voudrait fait revivre l’histoire de cette ville minière aujourd’hui touché par un fort taux de chômage (18%) à travers des chiffres mémorables. Pendant ce temps, Ran a plutôt un regard évasif perdu dans ses pensées. Il a été heurté par les nombreux cimetières militaires de Loos mais aussi impressionnés par les vastes étendus de champs de blé le long des voies. Il a d’ailleurs exprimé ses premières impressions. Il faut dire que la ville a été le théâtre de nombreuses batailles. La plus célèbre reste la bataille de Loos pendant la première guerre mondiale. Ce détail est inconnu des Français « mais très présent dans les programmes scolaires au Canada » nous apprend Charlotte.

Clichés emblématiques

Rokia s’est plutôt mué en photographe. Elle fait le tour de Loos et nous fera ressortir les clichés emblématiques de la ville. Elle ne loupera certainement pas les deux énormes terrils qui dominent la commune. Elles sont les plus hautes d’Europe (184 mètres). Neima a été très impressionnée par le parcours de Julian Perdrigeat, le jeune directeur de cabinet du maire. Ange Kasongo s’intéresse aux faits d’arme à vélo de ce dernier. Entre 2011 et 2013, il a parcouru 15000 km en bicyclette de Lille à Soweto en Afrique du Sud. Un défi beaucoup plus facile à relever à l’écrit pour notre rédactrice congolaise. Ce matin, c’est très essoufflé qu’elle a rejoint la conférence de rédaction au Cybercoin. Elle ne venait que de faire 3 km à vélo. Pas facile hein…

 

Julian Perdrigeat : l’aventurier de la mairie de Loos-en-Gohelle

Julian Perdrigeat, directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle, a reçu notre équipe de rédaction. Portrait d’un homme de défis et de passions.

Julian photo

On ne peut que tomber sous le charme de ce trentenaire passionné et passionnant. Julian Perdrigeat est incollable sur l’histoire de Loos-en-Gohelle mais aussi et surtout sur la transition que la ville est en train de vivre depuis plusieurs décennies. « Nous travaillons tous les jours à comment rebondir après l’arrêt de l’exploitation minière et surmonter le choc psychologique, économique et écologique », explique-t-il.

Propulsé à la direction du cabinet de Jean-François Caron , maire écologiste de Loos-en-Gohelle, en avril 2014, l’homme arbore un parcours scolaire impressionnant. Juste après le bac, il étudie pendant deux ans les sciences politiques à Rennes juste avant de poursuivre par un parcours franco-allemand-polonais pour conclure par un master de sciences politiques à Strasbourg, spécialisé sur les métiers de la coopération européenne. Son goût pour l’international vient peut-être de sa filiation : un grand-père Français-Algérien et un grand-père polonais (venu travailler dans les mines).

Traverser l’Afrique à vélo

C’est ce qui l’amène à décrocher un premier poste au sein de l’ex-conseil régional Nord-Pas-de-Calais (aujourd’hui Hauts de France) en mai 2010, comme chef de projet européen en environnement. Après avoir réussi le concours de la fonction publique territoriale, il repousse sa titularisation pour… traverser l‘Afrique à vélo ! « J’avais envie de réaliser ce rêve, de dépasser la frustration du retour du voyage tout en explorant les  techniques du développement durable sur le continent africain. Les habitants ont gardé un savoir-faire ancestral qui respecte l’environnement et que nous avons oublié en Europe« . De cet extraordinaire voyage fait entre 2011 et 2013, il en a retiré une bonne connaissance des cultures africaines et une bonne vision de comment les pays ont pu se reconstruire après la colonisation.

15 000 km

De retour d’un an de traversée avec 15 000 km de distance dans les jambes et quelques mois d’arrêt dans des ville comme Alger, Cotonou, Dakar ou Soweto, il devient « chargé de récit » à Loos-en-Gohelle. Son rôle ? Recueillir la parole des habitants pour comprendre les étapes de l’évolution de la ville. Devenu aujourd’hui le bras droit du maire, il est justement chargé de s’assurer que les volontés du conseil municipal soient bien appliquées par l’administration. Si on ajoute que l’homme est militant au sein du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, rien d’étonnant à ce que Julian Perdrigeat n’ait plus le temps de pratiquer du rugby, du golf et du kung-fu !