Interview avec Mariam Damageux, présidente de l’association Kabé-Bénin

Mariam Damageux sur une cascade d’eau à Natitingou (nord-Bénin) Crédit photo: Association Kabé-Bénin

Mariam Damageux est une Franco-Béninoise installée à Loos-en-Gohelle dans le Pas-de-Calais, depuis bientôt 30 ans. Depuis 2002, elle dirige une association qui œuvre pour le bien-être de villageois au Nord du Bénin. Quatorze ans après, elle fait le bilan.

 

Pouvez-vous nous présenter-nous l’association Kabé-Bénin ?

Kabé-Bénin a été créée en juillet 2002 à Loos-en-Gohelle en Nord-Pas-de-Calais. C’est une association à but non lucrative qui œuvre surtout pour l’amélioration des conditions de vie des populations villageoises au Nord du Bénin. Nous intervenons dans les domaines de l’éducation, l’accès aux soins, l’accès à l’énergie dans les villages et aussi le développement d’activités rémunératrices de revenus.

D’où est partie l’idée de créer cette association ?

L’association a été créée suite à un voyage en 2001 dans un village au Nord-Bénin d’où je suis originaire. Je vis en France depuis 1986 mais je suis issue d’une famille Peuhle (NDLR : une ethnie qui vit majoritairement dans le Nord). Mais lors d’un énième voyage dans la région de Malanville – à 700 km de Cotonou, la capitale du Bénin – j’ai rencontré un chef de village qui se plaignait de la fermeture imminente de la seule école du village. Le maître, qui y avait exercé pendant près de trois ans, n’en pouvait plus des mauvaises conditions de travail et avait décidé de partir. Les écoliers n’avaient pas de fournitures scolaires et le bâtiment de l’école était totalement délabré. Du coup sans maître, l’école devait fermer. Cela a été la première interpellation.

Quelles ont été donc les premières réalisations de l’association ?

Mariaml Damageux et Jean-François Caron, maire de Loos-en-Goghelle, entourés des notables du village de Kabé. Crédit photo: Kabé-Bénin

Les premières réalisations ont d’abord été d’acheter des fournitures scolaires aux enfants qui avaient envie d’aller à l’école. Et aussi de rénover le bâtiment de l’école de Kabé en 2003. C’était primordial pour qu’un maître y reste. Nous avons ensuite mis en place des sections d’alphabétisation pour les femmes. Il y a eu aussi dans un premier temps l’installation de moulins à grains pour soulager les fillettes qui devaient piller le mil chaque matin avant d’aller au cours. C’était une tâche trop difficile pour elles.

Quelles ont été les réalisations suivantes ?

Entre 2006 et 2008, nous avons financé la réalisation de deux autres écoles dans le village. Cette fois en matériaux définitifs. Mais pour que le personnel de l’encadrement puisse rester dans de bonnes conditions sur place, nous avons eu l’idée de construire des logements pour le directeur de l’école et les instituteurs. Ils faisaient par jour 18 km pour venir donner les cours. Une cantine aussi a été construite pour les enfants du village. Kabé-Bénin intervient aussi dans d’autres secteurs. Qu’est-ce qui y a été fait ?

Outre le secteur de l’éducation, nous donnons aussi une priorité à la santé. En 2009 nous avons construit un centre de santé et financé la formation de quatre jeunes du village comme aides-soignants pour donner les premiers soins. Le village n’en disposait pas. C’était très important d’autant que dans certains villages du Nord-Bénin, les gens n’avaient pas le réflexe d’aller à l’hôpital et peuvent mourir pour trois fois rien. En 2012, le centre de santé a été électrifié grâce à l’acquisition de panneaux photovoltaïques. Et un logement a été construit pour l’infirmière. Nous sommes aussi dans la gestion de l’eau et l’accès à l’eau potable. Dans ce secteur, nous avons financé en 2013, la réalisation de deux forages et châteaux d’eau à Kabé et dans un village voisin. Actuellement, nous travaillons sur un projet de conception de gouttières pour permettre aux villageois de recueillir les eaux de pluies à des fins d’irrigations des champs. Elles permettront aussi de planter les arbres pour lutter contre les changements climatiques.

Des panneaux solaires, dons de l’association Kabé-Bénin crédit photo: Kabé-Bénin

Quelles sont vos sources de financement ?

Les sources de financement sont diverses. Nous avons la cotisation des adhérents qui sont plus d’une centaine aujourd’hui. Nous essayons aussi de créer des événements pour mobiliser des fonds. Mais nous avons aussi beaucoup d’autres partenaires comme la mairie de Loos-en-Gohelle et le conseil départemental du Pas-de-Calais. Le député Guy Delcourt de la ville de Lens nous aide aussi à travers une dotation parlementaire. En 2010, nous avons mis en place une caisse de solidarité. Les fonds recueillis ont permis de financer les études universitaires de quelques jeunes ressortissants du village Kabé.

Quelles sont les futurs projets de l’association ?

L’un des problèmes urgents actuellement au Nord-Bénin reste la transhumance des élevages et par là même le déplacement des éleveurs. Les bœufs, à la recherche de pâturages, ravagent les cultures de paysans. Cela entraîne beaucoup de conflits entre agriculteurs et éleveurs. L’idée sera de sédentariser l’élevage sur des fermes en y développant des cultures fourragères. Nous avons aussi l’ambition d’aménager des pistes rurales pour désenclaver les villages de la région. L’an dernier, nous avons démarré un projet de micro-crédit avec sept femmes bénéficiaires. Elles ont reçu chacune un prêt de 150 euros à un taux d’intérêt nul pour développer de petites activités commerciales. Nous évaluons actuellement le projet pour voir dans quelles mesures l’étendre.

Tour d’Afrique à vélo, à 25 ans : Julian Perdrigeat  l’a fait !

En 2011, il a traversé l’Afrique à vélo. Ce projet fou et courageux, Julian Perdrigeat, aujourd’hui directeur de cabinet du maire, en parle comme si c’était hier.

Julian Perdrigeat, Crédit Photo: Charlotte Mesurolle

Julian Perdrigeat à la mairie de Loos-en-Gohelle, Crédit Photo: Charlotte Mesurolle

« J’avais un rêve : faire un voyage au long cours, un voyage où je dépasserai la frustration du retour et j’aurais envie de rentrer chez moi« , raconte Julian Perdrigeat. En un an et demi, il a parcouru 15 000 kilomètres de routes, rencontré des centaines de personnes et vécu d’incroyables aventures.

Aujourd’hui, directeur du cabinet du maire Jean-François Caron à Loos-en-Gohelle (Les Verts), il sait qu’il a réalisé une prouesse incroyable. Dont il parle encore avec des étoiles dans les yeux. « Ce n’était pourtant pas facile de se jeter dans l’inconnu, avec pour un seul bagage de 15 kilos et un vélo dont je savais à peine changer la roue ».

La poursuite d’un rêve 

Tout est parti de plusieurs envies : l’envie de découvrir l’Algérie de son grand-père paternel, l’envie de rallier Sharpeville pour rencontrer Nelson Mandela, l’envie d’échanger des expériences, d’explorer des modes de vie par nature écologiques. « Le virus m’a aussi été transmis par le livre L’usage du monde de Nicolas Bouvier », Confie-t-il.

Il a donc décidé de faire un tour d’Afrique à vélo. Pourquoi le vélo? « Parce que je voulais voyager de façon ni trop rapide, ni trop lente tout en étant autonome« , comme il l’explique sur son blog. 

Julian Perdrigeat pret à pédaller, photo prise à Lille devant l'école Quinet Rollin, Wazemmes, Crédit Photo: http://juliancyclo.tumblr.com/velo

Julian Perdrigeat – Photo prise à Lille devant l’école Quinet Rollin, Wazemmes,
Crédit Photo: http://juliancyclo.tumblr.com/velo

Plusieurs questions taraudent l’esprit du jeune de 25 ans qu’il est à l’époque : comment le peuple africain a-t-il réussi à surmonter le choc de la colonisation ? Comment ont-ils eu cette capacité de résilience pour se reconstruire ? Le jeune diplômé de sciences politiques veut avoir les réponses directement en Afrique plutôt que dans les livres. Après avoir réussi son concours de la fonction publique territoriale, le jeune homme décide de repousser sa titularisation le temps de voyager.

Les réalités du voyage 

Il a mis un peu d’argent de côté. Le reste se fera à l’improvisation : « J’ai fait avec quelques contacts sur place mais j’ai aussi eu de la chance de tomber sur les bonnes personnes ». Et notamment, non pas Nelson Mandela qui était à l’époque souffrant mais son bras droit Ahmed Mohamed Kathrada, un « freedom fighter » devenu un homme politique sud africain.

« Ahmed a passé 24 ans de sa vie en prison avec Mandela », raconte Julian Perdrigeat qui a eu la chance de l’accompagner sur les lieux mêmes où les deux partisans de la paix ont été emprisonnés. « Nous étions avec des jeunes pour lesquels je m’investissais bénévolement : quand nous sommes entrés dans les lieux, tous ont entamé une danse tribale. C’était très émouvant. Mandela fait partie des personnalités publiques qui m’ont toujours inspiré. »

Au final, le voyage aura duré un an et demi, comprenant un an de traversée et quelques mois d’arrêt dans de grandes villes comme Alger, Cotonou, Dakar ou encore Soweto. Route qui se termine par une étendue de sable, camions de marchandises bondés par des passagers clandestins, train qui déraille en pleine cambrousse, passage de frontières dans des endroits compliqués : malgré tous les obstacles, Julian Perdrigeat a donc réalisé son rêve.

Ange Kasongo