Des témoignages canadiens centenaires dans les souterrains de Loos-en-Gohelle

Avec des crayons bleus, ils s’écrivaient sur les murs des directives. Ils dessinaient pour faire passer le temps. Certains ont carrément sculpté dans la paroi. Ces oeuvres sont restées intactes dans des souterrains qui ont contribué à la l’histoire de la guerre à Loos-en-Gohelle.

La redécouverte

Ces souterrains sont connus de la population depuis bien longtemps « Mon beau-père, qui est né en 1934, me racontait que dans son enfance, il lui arrivait d’aller y jouer » raconte Gilles Payen, bénévole de l’association Loos sur les traces de la Grande Guerre. « Cependant, ils ont du être fermés à un moment pour des raisons de sécurité ».

Dans les années 1990, le maire de l’époque Marcel Caron décide de mettre en place un projet de champignonnière avec des jeunes dans le cadre des travaux d’utilité communautaires (TUC). Avec l’aide des anciens mineurs Henri Wozniak et Alfred « Fredo » Duparcq (l’actuel président de l’association Sur les traces de la Grande Guerre), ils dégagent l’entrée de ces tunnels laissés à l’abandon.

Le groupe britannique Durand Group, composé de bénévoles historiens et archéologues de renom, décide dans les années 2000 de visiter ses souterrains et de les explorer en profondeur. En 2001, une bénévole de l’association Sur les traces de la grande guerre, Isabelle Pilarowski, décide de prendre en photos l’ensemble des graffitis retrouvés sur les parois des tunnels, et commence à chercher les références des soldats-artistes.

Les traces d’une guerre centenaire

Durant la première guerre mondiale, trois grandes batailles vont se jouer à Loos-en-Gohelle. Lors de la bataille de Loos, en 1915, les Britanniques réalisent le premier jour une percée à travers les tranchées allemandes et prennent la ville de Loos. Cependant, faute d’approvisionnement et de communications, les Allemands les repoussent finalement hors du site. Plus de 50 000 soldats y perdent la vie. Désireux néanmoins de se rapprocher le plus possible du front adverse, les Britanniques envoient leurs tunneliers gallois creuser au sud-est du village. De janvier 1916 à avril 1917, les deux armées se livrent une guerre de souterrains. On connaît aujourd’hui ce système souterrains comme le « Copse Tunnel ».

En août 1917, il y a exactement 100 ans, le lieutenant-gouverneur canadien Arthur Currie décide de capturer la Cote 70 lors d’une mission pour reprendre la ville de Lens des mains ennemies. Ils repoussent les Allemands vers Vendin-le-Vieil, à l’emplacement actuel de la Grande Résidence, à Lens. Les canadiens décident dès alors de se réapproprier les tunnels allemands et de les relier aux souterrains britanniques. Et ils avaient emmené avec eux… des crayons bleus.

 

 

Stock et Perry: l’amitié jusqu’au bout ?

George W. Stock, né en 1884 à Londres, en Angleterre et Kenneth F. Perry né en 1897 à Arnprior en Ontario sont tous deux engagés dans le 5ème bataillon des Forces expéditionnaires canadiennes. Le premier a les yeux bleus, les cheveux bruns et à 33 ans. Le second n’a que 20 ans, il a les yeux foncés et les cheveux bruns. Aucun des deux hommes n’est marié.

On retrouve les graffitis de deux soldats côte à côte. Ils meurent à trois jours d’intervalle, Perry le 15 août et Stock, le 18. Aujourd’hui on peut trouver la tombe des deux hommes, enterrés l’un à côté de l’autre, au Loos British Cemetery, à quelques pas du nouveau mémorial canadien de la Cote 70.

 

Centenaire de la bataille de la Cote 70 : les péripéties d’un mémorial inespéré (2/2)

Depuis hier lundi 15 août, la bataille canadienne de la Cote 70 à Loos-en-Gohelle a officiellement cent ans. La construction du mémorial pour l’occasion a été l’objet de bien des rebondissements. D’un côté à l’autre de l’Atlantique, la communication n’a pas toujours été facile. Chronologie.

Mis à jour le 17 août 2017

On attend du grand monde à Loos-en-Gohelle. Le 22 août prochain, le mémorial canadien au coeur de Loos-en-Gohelle ouvrira officiellement ses portes aux publics, après deux ans de construction. Entièrement financé par des dons privés de Canadiens, via l’entremise du Comité Cote 70, l’histoire de la construction de cet édifice n’a pas été simple. Retour sur les grandes dates du mémorial.

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Centenaire de la bataille de la Cote 70 : les combats oubliés (1/2)

En ce 15 août 2017, premier jour de l’anniversaire des 100 ans de la bataille canadienne de la Cote 70, retour sur un épisode guerrier qui a marqué à jamais l’histoire de Loos-en-Gohelle.

Bien moins connue que la bataille de la crête de Vimy, à quelques kilomètres de là, cette offensive des Alliés a la particularité d’être la seule bataille gagnée entièrement par des troupes canadiennes sous le commandement d’un des leurs, le lieutenant-gouverneur sir Arthur Currie.

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Trois nouvelles peintures pour le 100e anniversaire de la bataille de la Cote 70

« Je n’aurais rien pu en faire de toute façon. » Voilà l’une des raisons étrange qui a mené l’artiste peintre Josiane Wiart d’Arras à donner mercredi 9 août trois de ses peintures sur les monuments canadiens de la région au petit musée Alexandre Villedieu de Loos-en-Gohelle. Une donation qui tombe à point nommé pour les commémorations du centenaire de la bataille de la Cote 70.

Josiane WIART pose avec l’une de ses peintures au musée Alexandre Villedieu © Clémence Labasse

À quelques pas de la mairie de Loos-en-Gohelle se terre un petit musée dont les portes ne s’ouvrent que sur rendez-vous. Le musée Alexandre Villedieu, tenu par des bénévoles loossois, recèlent des trésors d’histoire qui pour la plupart ont 100 ans ou plus. Ce sont des reliques de la grande guerre, notamment de la bataille de la Cote 70 qui a vu s’affronter en 1917 les troupes allemandes et canadiennes à quelques kilomètres de la ville.

Le 9 août, Josiane Wiart du groupe artistique Bellon de Saint-Nicolas-lez-Arras a enrichi le musée de trois nouvelles pièces. Trois peintures, qui ne seront cependant présentées au public que le 22 août, lors d’une exposition conjointe à l’inauguration du mémorial canadien de la ville.

« J’ai réalisé le tableau de la pleureuse de Vimy à l’occasion d’un concours en 2007 par la Société des Rosati sur le visage du Nord-Pas-de-Calais » raconte l’artiste retraitée. « Si vous regardez bien, à l’horizon vous pouvez apercevoir les deux terrils de Loos. »

Les trois œuvres données au musé Alexandre Villedieu © Clémence Labasse

Les deux autres œuvres ont été réalisées en 2017, à l’occasion du centenaire des batailles canadiennes de la région. Elles représentent le mémorial de Vimy, à 20 minutes de Loos-en-Gohelle et l’anneau de la Mémoire, un mémorial international plus récent situé à Notre-Dame-de-Lorette.

Qu’est-ce qui a poussé cette donation ?

« Ce genre de tableaux ne s’exposent pas vraiment dans une maison, ou ailleurs. Il faut vraiment que ça parle à quelqu’un. Ça ne se vend pas, » explique Madame Wiart. « Je n’aurais rien pu en faire de toutes façons. »

L’artiste espère que dans le musée, sous les yeux de visiteurs venus des quatre coins du mondes, ses tableaux pourront trouver une nouvelle vie.