Trois projets-phares du développement durable à Loos-en-Gohelle

Après la fin de l’exploitation du charbon en 1986, les élus loossois ont mis en place différents projets pour inverser la tendance. Depuis plus de quinze ans,  Loos-en-Gohelle mise tout sur le développement durable. Zoom sur trois projets. 

Le 11-19 : un ancien puits de mine transformé en pépinière d’entreprise
Les deux terrils jumeaux de la base 11/19 ont arrêté de fumer à la fin des années 1980. Depuis sept ans, l’activité y a repris. L’ancienne base d’extraction de charbon s’est paradoxalement remise au travail : plus question d’exploitation minière, ici, on pense à l’avenir et on crée de l’activité économique. Au centre, une pépinière d’éco-entreprises permet d’accompagner les créateurs de projet. 
Autrefois atelier des mines, le bâtiment a été restructuré selon les normes Haute Qualité Environnement (HQE) et se compose d’une quinzaine de bureaux allant de 25 à 55 m². Puits canadien, capteurs photovoltaïques, gestion de l’eau et de la lumière naturelle : le bâtiment vise écologique. Deux ans avant l’inauguration officielle en 2010, il hébergeait déjà une dizaine de PME innovantes dans des domaines comme les audits énergétiques, les systèmes de traitement des eaux, la consolidation de serveurs informatiques voire même les futurs bâtiments intelligents.

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La base du 11/19, lieu de développement innovant
Crédits : Guillaume Bavière sur Flickr

Réhafutur : isoler les habitations… avec des vieux habits
A quelques pas des start-up écologiques de la pépinière du 11-19, un deuxième projet innovant : la rénovation avec des éco-matériaux. Sous le nom de Réhafutur se rallient deux chantiers : celui d’une ancienne maison d’ingénieur pour la première phase du projet et de six maisons de mine traditionnelles pour la deuxième. L’objectif ? Restructurer ces bâtiments pour atteindre le standard énergétique passif, c’est-à-dire produire plus d’énergie que celle qu’on consomme. Pour relever le défi, Réhafutur fait appel à des matériaux insolites : chanvre pour le béton, laine de mouton et vieux jeans pour l’isolation. Une reconversion assez surprenante pour des vieux habits !

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Loos-en-Gohelle et ses terrils
Crédits: OliBac sur Flickr

Villavenir : des maisons hors normes pour consommer moins d’énergie

La vague écologique qui a fait de Loos-en-Gohelle un symbole du développement durable en France ne s’est pas arrêtée aux constructions déjà existantes. Elle inclut aussi des nouveaux bâtiments. La commune a mis en place le projet Villavenir pour la construction de six maisons tests individuelles. La Fédération Française du Bâtiment les a terminées en 2009, en collaboration avec des artisans qui ont tenté l’expérience. Au final, on trouve sur le site six maisons avec six concepts constructifs différents, loués par le bailleur social Pas-de-Calais Habitat. Le but est de comparer les avantages en termes d’isolation et de comparer les performances énergétiques du béton, de l’acier ou de la brique. Au total, 100 différentes techniques innovantes ont été employées. Reste à tenir compte des retours d’expériences des locataires : par exemple, impossible de trouver des rideaux adaptés à certaines grandes baies vitrées !

 

Sofia Nitti

Le blog Lost in Gohelle : plongée dans les coulisses de la rédaction

Nom de code : Lost in Gohelle. Mission : découvrir et rendre compte durant quinze jours de la richesse et de la diversité d’une ex-ville minière baptisée Loos-en-Gohelle. On vous dévoile les coulisses de la rédaction : dure, dure la vie de reporter dans le Pas-de-Calais.

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Photo de famille des étudiants étrangers de la 92ème Promo de l’ESJ

Charlotte (franco-canadienne) et Sofia (italienne), les deux blondes de l’équipe de rédaction du blog sont bien à l’heure ce matin. Un peu avant 8h30, heure de la conférence de rédaction au Cybercoin de la commune de Loos-en-Gohelle. Mais on peut déjà lire sur leur visage toute leur peine à traverser en vélo les artères régulièrement affaissées par l’intense activité minière du 19e siècle de cette petite commune de 7000 habitants. La ville est située en plein cœur de l’ancien bassin minier du Nord Pas de Calais, patrimoine mondiale de l’Unesco en juin 2012.

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« Et on va le faire tous les jours !? 25 minutes à vélo! », ronchonne déjà Charlotte à propos de ce trajet matinal. Il ne manque plus que la directrice de publication pour fédérer tout ce beau monde autour du projet, ô combien de fois excitant, de découvertes de la ville aux nombreux terrils, ces montagnes noires typiques du Nord de la France, érigées lors de l’extraction du charbon.
Sur place déjà, Ran et Xiaohan, la rédactrice en chef, attendent. Ils sont de nationalité chinoise. Le premier, colosse chinois du groupe dont la tête ne tient pas dans un casque de vélo, s’est déjà fait mal aux genoux, la veille, en roulant 10 km de la gare de Lens à la modeste mairie de Loos-en-Gohelle. Surtout ne lui parlez pas d’animaux. « Je ne les aime pas », martèle-t-il.
Neima et Rokia, rédactrices du blog qui viennent de Djibouti sont aussi présentes. La conférence de rédaction peut alors commencer dans cette salle informatique du Cybercoin dont le design du revêtement de sol -vert, très vert- évoque les pixels.

Transition économique

« A quel niveau, êtes-vous des sujets répartis hier ?» lance Xiaohan, tout de suite très à l’aise dans ce rôle de rédactrice en chef. Le débat se mène autour des sujets que défende chaque rédacteur. Sofia, la première à se jeter à l’eau s’intéresse aux grands projets innovants de Loos-en-Gohelle. La ville est en pleine transition économique depuis les années 2000 et veut tourner dos à son grand passé minier dont il ne reste plus que des terrils et le célèbre carreau de fosse du 11-19. Sous l’impulsion de son maire Jean-François Caron (Les Verts), la ville se tourne résolument vers le développement durable avec des projets écologiques dans le bâtiment et l’agriculture.
Charlotte, par contre, voudrait fait revivre l’histoire de cette ville minière aujourd’hui touché par un fort taux de chômage (18%) à travers des chiffres mémorables. Pendant ce temps, Ran a plutôt un regard évasif perdu dans ses pensées. Il a été heurté par les nombreux cimetières militaires de Loos mais aussi impressionnés par les vastes étendus de champs de blé le long des voies. Il a d’ailleurs exprimé ses premières impressions. Il faut dire que la ville a été le théâtre de nombreuses batailles. La plus célèbre reste la bataille de Loos pendant la première guerre mondiale. Ce détail est inconnu des Français « mais très présent dans les programmes scolaires au Canada » nous apprend Charlotte.

Clichés emblématiques

Rokia s’est plutôt mué en photographe. Elle fait le tour de Loos et nous fera ressortir les clichés emblématiques de la ville. Elle ne loupera certainement pas les deux énormes terrils qui dominent la commune. Elles sont les plus hautes d’Europe (184 mètres). Neima a été très impressionnée par le parcours de Julian Perdrigeat, le jeune directeur de cabinet du maire. Ange Kasongo s’intéresse aux faits d’arme à vélo de ce dernier. Entre 2011 et 2013, il a parcouru 15000 km en bicyclette de Lille à Soweto en Afrique du Sud. Un défi beaucoup plus facile à relever à l’écrit pour notre rédactrice congolaise. Ce matin, c’est très essoufflé qu’elle a rejoint la conférence de rédaction au Cybercoin. Elle ne venait que de faire 3 km à vélo. Pas facile hein…

 

Loos-en-Gohelle en 5 chiffres

Projets, histoire, et population. Tout ce qu’il faut savoir en 5 chiffres sur Loos-en-Gohelle, petite ville du bassin minier, située à 5 kilomètres de Lens.

 

6800. Loos-en-Gohelle comptait 6 800 habitants l’année dernière. La population de la commune n’a cessé d’évoluer durant les deux derniers siècles. Alors que la ville attire de nombreux mineurs vers la fin du 19ème siècle, la Première Guerre mondiale a considérablement diminué le nombre d’habitants. Depuis la fermeture de la dernière mine en 1986, la population loosoise décroit, beaucoup de jeunes préfèrent quitter la ville pour trouver plus d’opportunités d’emplois ailleurs.

 

Crédit : Charlotte Mesurolle

 

 

8. Les terrils sont des accumulations de résidus miniers. La commune de Loos-en-Gohelle en compte 8. Les plus connus d’entre eux sont les jumeaux du 11-19, sur lesquels se développent aujourd’hui plusieurs projets de développement durable. Les terrils du 11-19 sont aussi les plus hauts terrils d’Europe: 186 mètres !

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Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle
Crédit : Loos-en-Gohelle sur flickr 

 

100 000 : c’est le nombre de kilomètres de galeries creusés pour l’exploitation minière, ce qui représente 2,5 fois le tour de la Terre ! Ces galeries ont encore des impacts aujourd’hui sur la géologie de la ville, provocants des des effets d’affaissements. Le niveau de Loos-en-Gohelle a baissé de 15 mètres en 100 ans. Les changements de reliefs se sentent lors des balades à vélos !

 

30. La ville de Loos-en-Gohelle souhaite se tourner vers une agriculture biologique. Il existe déjà 68 hectares de terres exploitées bio, sur 750 hectares de terres cultivables. Cela représente 10% de l’ensemble des terres cultivables, la moyenne nationale se situant à 4%. L’objectif de la commune à long terme est d’augmenter la production bio, mais aussi de développer la consommation locale, grâce à des projets comme VITAL (Ville en transition et alimentation locale). 

 

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350 apprentis en écoconstruction sont formés tous les ans à la Fondation Apprentis d’Auteuil. La Fondation a choisi de se baser à Loos-en-Gohelle pour tenter de remédier au chômage important chez les jeunes. Les apprentis sont installés dans un bâtiment éco-rénové à deux pas des terrils.

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Centre d’apprentissage de la Fondation d’Auteuil
Crédit : Loos-en-Gohelle sur flickr

Julian Perdrigeat : l’aventurier de la mairie de Loos-en-Gohelle

Julian Perdrigeat, directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle, a reçu notre équipe de rédaction. Portrait d’un homme de défis et de passions.

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On ne peut que tomber sous le charme de ce trentenaire passionné et passionnant. Julian Perdrigeat est incollable sur l’histoire de Loos-en-Gohelle mais aussi et surtout sur la transition que la ville est en train de vivre depuis plusieurs décennies. « Nous travaillons tous les jours à comment rebondir après l’arrêt de l’exploitation minière et surmonter le choc psychologique, économique et écologique », explique-t-il.

Propulsé à la direction du cabinet de Jean-François Caron , maire écologiste de Loos-en-Gohelle, en avril 2014, l’homme arbore un parcours scolaire impressionnant. Juste après le bac, il étudie pendant deux ans les sciences politiques à Rennes juste avant de poursuivre par un parcours franco-allemand-polonais pour conclure par un master de sciences politiques à Strasbourg, spécialisé sur les métiers de la coopération européenne. Son goût pour l’international vient peut-être de sa filiation : un grand-père Français-Algérien et un grand-père polonais (venu travailler dans les mines).

Traverser l’Afrique à vélo

C’est ce qui l’amène à décrocher un premier poste au sein de l’ex-conseil régional Nord-Pas-de-Calais (aujourd’hui Hauts de France) en mai 2010, comme chef de projet européen en environnement. Après avoir réussi le concours de la fonction publique territoriale, il repousse sa titularisation pour… traverser l‘Afrique à vélo ! « J’avais envie de réaliser ce rêve, de dépasser la frustration du retour du voyage tout en explorant les  techniques du développement durable sur le continent africain. Les habitants ont gardé un savoir-faire ancestral qui respecte l’environnement et que nous avons oublié en Europe« . De cet extraordinaire voyage fait entre 2011 et 2013, il en a retiré une bonne connaissance des cultures africaines et une bonne vision de comment les pays ont pu se reconstruire après la colonisation.

15 000 km

De retour d’un an de traversée avec 15 000 km de distance dans les jambes et quelques mois d’arrêt dans des ville comme Alger, Cotonou, Dakar ou Soweto, il devient « chargé de récit » à Loos-en-Gohelle. Son rôle ? Recueillir la parole des habitants pour comprendre les étapes de l’évolution de la ville. Devenu aujourd’hui le bras droit du maire, il est justement chargé de s’assurer que les volontés du conseil municipal soient bien appliquées par l’administration. Si on ajoute que l’homme est militant au sein du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, rien d’étonnant à ce que Julian Perdrigeat n’ait plus le temps de pratiquer du rugby, du golf et du kung-fu !

 

Premières impressions d’un Chinois, arrivé hier à Loos-en-Gohelle

Ran est arrivé en France depuis deux semaines. Même s’il parle très bien français, il a été étonné par la ville de Loos-en-Gohelle. Il faut dire qu’il vient de Nankin, à l’Est de la Chine, tout près de Shanghai, une ville qui compte aujourd’hui plus de… 8 millions d’habitants ! 

« Tranquille », c’est le mot qui m’est venu tout de suite à l’esprit quand je suis arrivé à Loos-en-Gohelle. Il n’y a personne dans la rue. Toute la ville est baignée dans le silence. Chez moi, dès 7 heures, il y a des embouteillages partout dans la ville tellement il y a de voitures.

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Crédit photo Ran Wei

Les seuls bruits qui cassent ce silence sont le vrombissement des moteurs et les rires des enfants. Ici, nous sommes dans une ville relativement peu desservie par les transports en commun par rapport à ma province chinoise qui possède bus, trains et métros. Contrairement aux grandes villes comme Nankin, il y a de grandes distances entre le centre-ville et les grandes surfaces. Sans voiture, on risque de perdre beaucoup de temps en chemin !

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Crédit photo Ran Wei

Les enfants sont toujours la source d’énergie. Ils s’amusent, ils bavardent, ils apportent de l’animation et des couleurs dans cette ville de 7000 habitants. Selon l’adjointe au maire, Dominique Da Silva, la ville regorge d’associations de sports pour les jeunes, notamment avec les deux clubs de football. Ce serait impensable d’avoir par exemple deux clubs de football dynamiques dans une ville de cette taille (qui serait d’ailleurs considéré comme un petit village en Chine).

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Crédit photo Ran Wei

Les champs autour des maisons, les vaches à côté des rues, le silence qui règne à Loos-en-Gohelle : tout me donne une nouvelle impression sur la « ville ». J’attends encore de découvrir beaucoup de choses !

 

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