Regarder le patrimoine de Loos-en-Gohelle d’un œil numérique

Après les démolitions causées par les guerres, les affaissements dus à l’exploitation du charbon, les divisions urbaines entre les quartiers ouvriers… Que reste-t-il du patrimoine de la ville de Loos-en-Gohelle? Peu de traces historiques, mais une richesse territoriale et humaine énorme qui exige d’être racontée et valorisée. C’est là que la technologie entre en jeu.

Chronologie d’un long processus

L’idée de mettre en place un itinéraire de visite pour faire découvrir la trajectoire de la commune et suivre ses choix de développement remonte à l’année 2009. Elle est née de la volonté de l’équipe municipale, de concert avec la population. Les tablettes permettent de « rendre visible l’invisible ». De montrer efficacement aux touristes et aux visiteurs les signes et l’empreinte du passé. Et aussi de donner envie aux Loossois d’approfondir leurs connaissance de leur ville tout en fournissant des outils pédagogiques aux écoliers.

La première étape du projet est orchestrée par le bureau d’études Atemia : diverses études sont réalisées par les experts pour identifier les lieux attractifs et emblématiques de la ville et les classer par thématique. En même temps, un blog est mis en place et des groupes de travail sont crées, pour permettre aux habitants de suivre les démarches administratives, de se rencontrer et de proposer leur point de vue lors des réunions sur le projet.

Sept circuits d’interprétation sont finalement choisis. Un premier se concentre sur l’histoire minière. Deux autres expliquent la transition écologique et ses expérimentations. Un quatrième fait visiter les lieux de mémoire de la grande guerre.  Un cinquième, plus technique, s’immerge dans la base du 11/19. Enfin, un dernier circuit fait découvrir le paysage contrasté de la ville et ses terrils.

Le projet obtient  des  financements du FEDER, le fonds européen de développement régional, l’Etat et le conseil régional.

Lors de l’inauguration des circuits, en 2012, le maire Jean-François Caron rappellera, satisfait, le but ultime du projet, avec les mots suivants: « En élargissant le répertoire d’activités connu des habitants, on élargit leur capacité d’accueil, [..] on les rend fiers de faire partager l’histoire de leur ville, celle d’hier et celle de demain. »

Flavie Delvallet, 15 ans, explore le fonctionnement d’une tablette au Centre Jeunesse © Arianna Poletti

Un accompagnement interactif et innovant

Pour devenir pionniers de la troisième révolution industrielle, les Loossois ont créé différents niveaux de lecture de leur ville grâce aux nouvelles technologies.

Un premier niveau d’interprétation est disponible le long des parcours proposés par les panneaux explicatifs. Ensuite, un système d’applications multimédia pour smartphone avec GPS intégré permet d’avoir accès à des photos, à des bandes sonores et à des vidéo-témoignages de la vie agricole et la vie dans les mines. Des tablettes sont également disponibles au point d’information touristique de la ville, situé sur la base 11/19, et dans les deux commerces du centre L’Artiste Bar et Le Saint-Hubert, grâce à une coopération avec la mairie.

Les circuits sur tablette ont commencé à être utilisés l’année dernière et viennent d’être mis à jour, en juin 2017. Ils seront utilisés prochainement, en septembre, à l’occasion des journées du patrimoine. Ces outils d’accompagnement ont permis à Loos-en-Gohelle de devenir précurseur en matière des circuits d’interprétation numérique.

Une exigence de complémentarité

Nathalie TELLART, responsable de la communication de la mairie de Loos-en-Gohelle, avec une tablette à la main © Martina Mannini

Selon Nathalie Tellart, responsable de la communication de la mairie, « il faut vivre avec son temps, mais avant tout, il est indispensable de garder l’aspect humain du récit de la ville ». Rien n’est plus précieux, à son dire, pour la mémoire collective, qu’une balade en compagnie des guides des associations locales. « Ils peuvent à tout moment s’attarder sur des questions spécifiques, sur l’histoire, la géologie, la politique ou les enjeux sociaux du territoire. Ils sont aussi capables de répondre aux questions des curieux, et indirectement de transmettre la chaleur et l’envie de partage des habitants de la commune », s’enthousiasme-t-elle.

 

Elle reconnaît cependant l’un des avantages les plus importants des outils numériques: le fait de pouvoir transmettre une histoire racontée directement par son protagoniste. Mot à mot, les vidéos et enregistrements sonores permettent d’archiver un témoignage pour les générations futures.

Screen touch : tout le monde est à l’aise?

Les jeunes Loossois, qui ont plus de compétences numériques, sont plus attirés par les circuits sur smartphone et sur tablette. Les informations sont à leur portée, ils doivent juste se laisser balader par leur curiosité. En atteste le fait qu’au Centre Jeunesse Julie Nodot, la visite à tablette est devenue presque une activité ludique.

À l’inverse, les personnes d’un certain âge montrent pour le moment une petite réticence à utiliser les technologies, moins désireux d’expérimenter ce qu’ils ont connu très tard.

Parmi les plus âgés, certains ont tout de même suivi toutes les étapes du projet. Beaucoup ont pu découvrir le fonctionnement de ces outils à l’occasion de l’inauguration des circuits d’interprétation.

Même si peu ont décidé pour l’instant de poursuivre l’aventure du numérique, la situation est susceptible de changer. La ville est depuis longtemps habituée aux changements.

Présentation de la nouvelle équipe de Lost in Gohelle : Vincent, un parcours de combattant

Les étudiants burkinabés connaissent plus le responsable syndical. Et pour cause, Vincent Bado est jusqu’à ce jour, secrétaire général de l’Union générale des étudiants Burkinabè (UGEB), la principale organisation d’étudiants à caractère syndical de son pays d’origine, le Burkina Faso.

Vincent BADO, lors de son premier jour à Loos-en-Gohelle © Stefano Lorusso

Les étudiants connaissent certainement moins sa casquette de journaliste. C’est pourtant ce qui l’a conduit en France, à l’école supérieure de journalisme (ESJ) de Lille. Il vient d’arriver à Lille jeudi dernier pour rejoindre l’aventure Lost in Gohelle. Mais qui est Vincent?

Vincent est le cinquième d’une fratrie de sept enfants. Il est né à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, un matin d’octobre 1992. Cinq ans plus tard, il commence son cursus scolaire à l’école primaire complexe Sono, une école de six classes pas très loin de chez lui. Brillant, il est toujours dans le box des cinq meilleurs de sa classe jusqu’en fin d’école primaire. Bon lecteur, il a été à plusieurs reprises désigné pour lire des discours lors des événements qu’organise l’école. Mais sa passion pour le journalisme est née au lycée. En classe de 1ère, l’adolescent de 16 ans constitue avec quelques camarades du Lycée Wend Manégré, « une rédaction » qui s’amusait à publier des articles écrits à la main, sur des faits divers, que les lecteurs se passaient de main en main.

Et puis l’insurrection d’octobre 2014 est passée par là

Dans la vie de Vincent, beaucoup d’événements ont influencé sa volonté de devenir journaliste. Déjà en décembre 1998, le pays est en ébullition parce que Norbert Zongo, un journaliste défenseur des droits humains, a été assassiné, immolé avec trois des ses compagnons. Il était encore tout petit mais il se rappelle être descendu dans la rue à l’époque pour réclamer, même s’il n’y comprenait pas grand chose, « vérité et justice ».

D’ailleurs 1998 marque un tournant décisif dans la vie politique du Burkina Faso: une succession de mouvements sociaux aboutissent à une insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Avant, pendant et après cette insurrection qui a vu la fuite de l’ancien président du pays, Blaise Compaoré, Vincent est toujours parmi ces millions de jeunes burkinabés qui descendent dans la rue pour réclamer une vraie démocratie. Après l’insurrection de 2014, il intègre un bimensuel en juin 2015. Un bimensuel au nom évocateur: La Rupture.

À côté, il continue ses études dans le département d’études anglophones à l’Université de Ouagadougou d’où il décroche sa licence en 2017. Il n’hésite à postuler au concours d’entrée à l’ESJ Lille. Et le voilà à Loos-en-Gohelle… Le début d’un nouveau parcours.

Julian Perdrigeat, directeur de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle : « Plutôt que de renier notre passé minier, nous l’avons réinventé à notre avantage »

Il existe maintenant un passage obligé pour l’accueil des journalistes de Lost in Gohelle, la rencontre du chef de cabinet du maire de Loos-en-Gohelle, Julian Perdrigeat. Passionnant et passionné, ce jeune homme de 31 ans peut raconte la ville pour laquelle il travaille et les défis qui l’attendent pendant des heures. Entrevue sur le thème de l’écologie.

La rédaction écoute attentivement le chef de cabinet ©Stefano Lorusso

Lost in Gohelle : La ville de Loos-en-Gohelle est connue entre autre pour ses projets pilotes en matières d’écologie et d’énergies renouvelables. Pourquoi cela  ?

Julien Perdrigeat : Ici, nous avons voulu travailler sur la résilience (un concept avancé par Rob Hopkins), c’est-à-dire, la manière de rebondir après un choc. J’ai traversé l’Afrique à vélo, de Lille à Soweto, en Afrique du Sud, pour questionner ce sujet.

Dans notre cas, le choc est celui laissé par les mines et l’industrie minière durant trois siècles. Des centaines de milliers de kilomètres de galeries de mines ont été creusées sous terre, ce qui entraîne aujourd’hui des impacts sur la géologie des sols et la topographie des paysages.

Plutôt que de renier notre passé, nous l’avons réinventé à notre avantage. Nos terrils arborent maintenant une biodiversité unique, le toit de notre église produit de l’énergie solaire, notre urbanisme étrange nous permet d’avoir des champs et des jardins équitables en plein coeur de la ville, par la permaculture.

 

Lost in Gohelle : Tournons-nous vers l’avenir, quels sont les projets pour la ville et la région dans le domaine de la transition écologique ?

Julien Perdrigeat : Nous voulons procéder à un changement d’échelle d’ici 2020. La transition énergétique, c’est-à-dire de passer de l’énergie fossile aux énergies renouvelables, ne peut pas se limiter à une seule ville. Nous devons porter ces actions à une échelle plus importante, qui englobe tout un bassin de population.

Nous avons expérimenté une ferme solaire, une unité de méthanisation, l’éco-rénovation des logements sociaux… À l’ADEME, l’agence de la maitrise de l’énergie, nous sommes d’ailleurs démonstrateurs nationaux : toute la France tire parti de notre expérience. Loos-en-Gohelle est une ville laboratoire où l’on essaie de co-construire avec les habitants, en fonction de leurs besoins. Mais il faut désormais propager les bonnes pratiques à l’agglomération, la région, l’État-nation… Tant que nous n’aurons pas mis en place ces solutions, on ne résoudra pas le problème du chômage.

Lost in Gohelle : Comment cela va-t-il se réaliser concrètement ?

Julien Perdrigeat : C’est un projet à plusieurs étapes, qui a commencé il y a déjà longtemps. À Loos, tout a commencé avec une politique culturelle pour opérer un changement de mentalités, avec notamment Les Gohelliades. Dans les années 90, la ville a mis en place la Charte du cadre de vie, un diagnostic social et environnemental, créer en concertation avec les habitants par rapport à leurs besoins réels et leurs demandes pour le POS, le Plan d’occupation des sols. À partir de celle-ci, nous avons fait bon nombre d’experiences fructueuses, telles que mentionné plus tôt.

Le CD2E, le centre des éco-entreprises et le CERDD, centre de ressources sur le développement durable situé en ville constituent de plus un pôle d’excellence. C’est le seul pôle de compétitivité français sur l’économie circulaire un processus par lequel les déchets des uns deviennent la matière première des autres. Enfin, avec la Fondation des apprentis d’Auteuil nous formons des jeunes sous diplômés afin qu’ils se apprennent les techniques du bâtiment durable.

Nous réfléchissons maintenant à mettre en place un « Pôle métropolitain de l’Artois« , qui couvrirait trois agglomérations et 600 00 habitants afin d’observer et d’administrer la transition écologique. L’ensemble du territoire en forme de la banane qu’est l’ancien bassin minier a tous les atouts pour devenir le moteur d’une nouvelle révolution industrielle propre, basée sur la démocratie participative, l’économie durable et l’internet.

Je vous donne un exemple : un agriculteur loossois m’expliquait que la culture d’un hectare d’oignons bio demande 10 ou 15 fois plus de travail et qu’il a créé des emplois. Mais comment quantifier tout ce que le développement durable apporte au territoire ?

 

Lost in Gohelle : L’élection en juin des cinq députés Front National dans la région, notamment José Evrard pour la 3e circonscription (Lens) pourrait-elle avoir un impact sur ce projet à grande échelle ?

Julien Perdrigeat : Le maire Jean-François Caron est un élu écologiste. Sa façon de penser et celle du FN sont bien entendu complètement opposées. Si nous prônons par exemple l’agriculture locale, ce n’est pas en opposition avec tout ce qui vient de l’étranger…

Cela étant, il faut avouer que même avec un discours aux antipodes, il est parfois possible pour deux individus de partis opposés de se retrouver sur les mêmes solutions. Notre seule crainte, ce serait que nos idées et nos réussites soient présentées comme une initiative du FN. Il nous reste trois ans avant les prochaines élections municipales rendre compte du changement.

Clémence Labasse et Martina Mannini

Les jeunes du Centre Nodot font visiter Loos-en-Gohelle aux étudiants de l’ESJ Lille

À la découverte de Loos-en-Gohelle. Antoine, Valentine, Ophélie, Flavie et les autre jeunes loossois du Centre Jeunesse Julie Nodot ont fait visiter la ville aux étudiants de l’ESJ Lille par un parcours d’interprétation. Des tablettes numériques les ont guidés dans les rues de cette petite ville du Pas-de-Calais. Les adolescents ont pu raconter faits et anecdotes sur les lieux où ils ont grandi. Un après-midi de rencontres et découvertes.

 

Portrait de Clément Ere, ancien mineur de Loos-en-Gohelle : « Le bassin minier, c’est notre identité ! »

Clément Ere avait treize ans, mesurait à peine 1m20 quand il est descendu la première fois dans la mine. « quand j’en suis sorti, je faisais 1m90 », s’amuse-t-il. Aujourd’hui, il a 80 ans et habite Loos-en-Gohelle. Récit d’une vie extraordinaire.

Clément ERE, ancien mineur de Loos-en-Gohelle, montre fière l’affiche de son spectacle théâtrale – © Stefano Lorusso

« Imaginez-vous un gars de treize ans aujourd’hui descendre dans une mine, tout seul à cinq heure du matin. » Loos-en-Gohelle, 1951. Clément Ere donne son premier coup de pioche dans les galeries du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. « J’ai été mineur et j’en suis fier. Pour pouvoir avancer, il faut regarder en arrière. Le bassin minier, c’est notre identité », assène-t-il.

Aujourd’hui, à 80 ans, il est le protagoniste d’une pièce de théâtre sur sa vie et, par ricochet, sur l’histoire récente de tout le bassin minier Mine de rien, mis en scène par Cécile Orsennat et Xavier Lacouture, et en musique par Thierry Montaigne.

Revenons en 1948, la deuxième guerre mondiale est terminée. La France est à genoux, la population est éprouvée, le charbon est la seule source d’énergie disponible. Il faut reconstruire le pays et gagner la bataille du charbon. L’enjeu justifie la nationalisation des bassins miniers du Nord-pas-de Calais, du Nord, de Lorraine, du Centre et du Midi. La société publique Les Charbonnages de France vient d’être crée pour gérer les concessions minières. Un seul mot d’ordre : produire. En 1950, 27 millions de tonnes de charbon sont extraites des bassins du Nord et du Nord Pas-de-Calais. En 1960, ce sera 29 millions.

Clément ERE revient sur son passé de mineur à Loos-en-Gohelle – © Stefano Lorusso

« Je suis rentré dans la mine et je faisais un mètre vingt. J’en suis sorti en 1958, je faisais un mètre quatre-vingt-dix »

À l’époque, Clément Ere n’était qu’un gosse, comme il le raconte dans la chanson « Qu’un gosse » tirée de sa pièce de théâtre (Pendant six longues années/j’ai fait ce boulot d’homme/J’étais un bon mineurs, j’étais une bête de somme/J’ai oublié ma peur). Il est embauché à la fosse 4 de Lens. « Je suis rentré dans la mine et je faisais un mètre vingt. Quand j’en suis sorti en 1958, je faisais un mètre quatre-vingt-dix ».

C’est un géant gentil, Clément, son regard est bon, pacifique, accueillant. Ses yeux se mouillent de larmes durant son récit. Il parle et il transporte l’auditeur dans les mines. On sent l’odeur acre et toxique du charbon. On est plongé dans les grèves. On entend les voix rauques et infernales des ouvriers. « Je travaillais au triage, on avait toujours le « cul à l’gaillette » [expression pour dire que la poussière était tellement épaisse qu’elle encrassait de noir la peau des ouvriers jusque dans les parties intimes NDLR]. »

« J’avais neuf ans, ils m’ont présenté un monsieur tout maigre, sous-alimenté, le visage sec et hirsute, marqué par la fatigue : tiens, lui c’est ton père. »

Toujours grâce au récit de Clément, on atterrit dans un coin de sa maison en 1942. Même s’il n’avait que trois ans, il se souvient des policiers collaborationnistes français qui ont débarqué pour déporter son père communiste dans les champs de travail nazis, en Allemagne.

Il a gardé une image intacte du jour où son père est revenu  : « J’avais neuf ans, ils m’ont présenté un monsieur tout maigre, sous-alimenté, le visage sec et hirsute, marqué par la fatigue : tiens, lui c’est ton père. Il faisait 35 kilos et un mètre quatre vingt. Je ne l’ai pas reconnu. » Son père trouva ensuite un travail dans la mine en tant que aiguillier. Il vivra la saison de la bataille du charbon et des grands grèves ouvrières de 1948 et 1963. « Je me rappelle d’une grève de huit semaines, les mineurs n’étaient donc pas payés, on ne mangeait que de carottes. Et encore fallait-il en avoir ! ».

« [La silicose] me faisait peur. J’ai donc tout fait pour ne plus descendre au fond et m’échapper de l’univers minier. En 1958, je m’enrôle dans l’armée. C’était la guerre d’Algérie. »

Sous ses yeux, la transformation d’un territoire

L’exploitation du charbon a marqué le territoire en profondeur. Le lait noir des mamelles de la terre l’a nourri. Il lui donné la vie, il l’a fait grandir. Mais il lui a donné également la mort. D’abord, économique : quand, dans les années 70, l’Etat considère que le charbon n’est plus rentable, il s’est progressivement désengagé. Aujourd’hui, le taux de chômage s’élève au 11,7% au Nord-Pas-de-Calais (INSEE 2017). La catastrophe est également humaine : la poussière de charbon entraîne de nombreuses silicoses, maladies pulmonaires graves, souvent mortelles.

« Cette maladie me faisait peur. J’ai donc tout fait pour ne plus descendre au fond et m’échapper des mines » raconte Clément. « En 1958, je m’enrôle dans l’armée. C’était la guerre d’Algérie. Vingt-huit mois de service militaire. J’ai reçu toutes les décorations, il ne me manque que la légion d’honneur. » Clément a vu le danger arriver à temps. Presque tous ses collègues de l’époque sont morts aujourd’hui. « Avant mon mariage, le médecin avait trouvé des traces de noir dans mes poumons, en regardant ma tomographie [technique d’imagerie de l’époque, NDLR]. »

Une fois les chapitres de la mine et de l’Algérie refermés, comme dit la chanson « et puis y’a eu l’Armée/alors j’ai fait le choix/de ne pas y retourner/c’était pas fait pour moi/alors j’ai préféré l’autre chemin de croix/le passage obligé, la guerre en Algérie », le jeune Clément découvre être malade. Un point de pleurésie, une maladie qui attaque la plèvre, cette membrane enveloppant et protégeant les poumons. Il s’en sortira, en se soignant à l’hôpital de Lens, où il a l’idée de demander du travail durant sa convalescence.

Une vie engagée

Quand il raconte ces épisodes de sa vie, les grandes mains de Clément fendent l’air avec des larges gestes. Il a beau affirmer qu’il « ne veut pas parler de politique », ses actions le trahissent. Lui, qui a été l’un des promoteurs de la nomination du bassin minier de Nord-Pas-de-Calais en tant que Patrimoine mondial de l’Unesco en 2012. Personne n’y croyait.

Le maire écologiste de Loos-en-Gohelle, Jean-François Caron, avec tous les acteurs du projet Mission Bassin Minier se sont battus pour cet objectif et l’ont remporté.

Parmi les soutiens de la première heure, Micheline Ere, la femme de Clément, une présence constante dans sa vie, récemment disparue. « On faisait tout ensemble. Elle était une personne responsable, toujours là où les gens en avaient besoin », sa voix puissante et ronde s’incline et se brise, son regard touche par terre et deux grandes larmes sillonnent son visage.

A quatre-vingt ans, Clément Ere garde ses deux enfants qui travaillent à l’étranger. Ayant beaucoup souffert dans sa vie, ce mineur est le symbole d’un territoire qui aujourd’hui tente de repartir, en valorisant son histoire liée à la mine et en lançant un projet de relance sur l’économie durable : l’objectif est de passer de l’énergie noire à l’énergie verte.

Trois nouvelles peintures pour le 100e anniversaire de la bataille de la Cote 70

« Je n’aurais rien pu en faire de toute façon. » Voilà l’une des raisons étrange qui a mené l’artiste peintre Josiane Wiart d’Arras à donner mercredi 9 août trois de ses peintures sur les monuments canadiens de la région au petit musée Alexandre Villedieu de Loos-en-Gohelle. Une donation qui tombe à point nommé pour les commémorations du centenaire de la bataille de la Cote 70.

Josiane WIART pose avec l’une de ses peintures au musée Alexandre Villedieu © Clémence Labasse

À quelques pas de la mairie de Loos-en-Gohelle se terre un petit musée dont les portes ne s’ouvrent que sur rendez-vous. Le musée Alexandre Villedieu, tenu par des bénévoles loossois, recèlent des trésors d’histoire qui pour la plupart ont 100 ans ou plus. Ce sont des reliques de la grande guerre, notamment de la bataille de la Cote 70 qui a vu s’affronter en 1917 les troupes allemandes et canadiennes à quelques kilomètres de la ville.

Le 9 août, Josiane Wiart du groupe artistique Bellon de Saint-Nicolas-lez-Arras a enrichi le musée de trois nouvelles pièces. Trois peintures, qui ne seront cependant présentées au public que le 22 août, lors d’une exposition conjointe à l’inauguration du mémorial canadien de la ville.

« J’ai réalisé le tableau de la pleureuse de Vimy à l’occasion d’un concours en 2007 par la Société des Rosati sur le visage du Nord-Pas-de-Calais » raconte l’artiste retraitée. « Si vous regardez bien, à l’horizon vous pouvez apercevoir les deux terrils de Loos. »

Les trois œuvres données au musé Alexandre Villedieu © Clémence Labasse

Les deux autres œuvres ont été réalisées en 2017, à l’occasion du centenaire des batailles canadiennes de la région. Elles représentent le mémorial de Vimy, à 20 minutes de Loos-en-Gohelle et l’anneau de la Mémoire, un mémorial international plus récent situé à Notre-Dame-de-Lorette.

Qu’est-ce qui a poussé cette donation ?

« Ce genre de tableaux ne s’exposent pas vraiment dans une maison, ou ailleurs. Il faut vraiment que ça parle à quelqu’un. Ça ne se vend pas, » explique Madame Wiart. « Je n’aurais rien pu en faire de toutes façons. »

L’artiste espère que dans le musée, sous les yeux de visiteurs venus des quatre coins du mondes, ses tableaux pourront trouver une nouvelle vie.

Les rêves des jeunes Loossois : rendre leurs vies utiles

Chacun a ses propres rêves, petits ou grands. Les jeunes de Loos-en-Gohelle vont vous le prouver. Dans le petit village du Pas-de-Calais, certains adolescents rêvent de réussir, de se construire un avenir et surtout d’être utile aux autres.

Quatre adolescents du Centre de la Jeunesse Julie Nodot ont accepté de partager leurs rêves. Tous ont quinze ans, des ambitions différentes mais une même envie de servir et d’être utile aux autres.

Voyager sur la lune et faire du commerce

Ophélie BERNUS, lycéenne au lycée Robespierre

Ophélie BERNUS, 15, étudiante au Lycée Robespierre /© Photo : Oudom HENG

« Moi, je me vois devenir une femme d’affaire et voyager autour du monde » affirme Ophélie Bernus, étudiante au Lycée Robespierre. Ophélie rêve de visiter différents pays. Voire même sur la lune ! « Comme j’adorerai rencontrer d’autres cultures, je me dis que l’idéal est d’évoluer professionnellement dans le commerce : j’associe ainsi deux aspects pour voyager tout en travaillant. Je me verrai bien dans le commerce international de vêtements par exemple. » Pour cette adolescente, ce qui pourraient l’aider à réaliser ses rêves serait d’apprendre à parler plusieurs langues. Ophélie étudie déjà l’espagnol et l’anglais, elle débute tout juste allemand.

« Il ne faut pas compter sur une seule langue. Je sais que je dois apprendre et comprendre le maximum de langues possibles. Comme ça, quand j’arrive dans un pays, je pourrait parler plus facilement avec les gens ». Ophélie sait déjà que dans trois ans, son baccalauréat en poche, elle devra décrocher un BTS commerce international avant de commencer cette aventure.

Devenir un magicien célèbre

Antoine WARWZYNIAK, Lycéen loossois de Saint Paul à Lens

Antoine WARWZYNIAK,15, lycéen à Saint Paul à Lens /© Photo : Oudom HENG

Étudiant loossois du Lycée Saint-Paul, à Lens, Antoine Warwzyniak rêve vraiment d’être magicien. D’emblée, Antoine raconte comment il a rencontré son idole préférée, Dani Lary, magicien illusionniste français : « J’ai envie de devenir magicien depuis que je suis tout petit. J’avais 6 ans quand ma famille m’a emmené voir un spectacle de Dani Lary. Lors du spectacle, il a choisi une personne dans la salle pour monter sur scène avec lui. Et c’était moi ! », raconte le jeune garçon des étoiles plein les yeux. « Sur scène, je reste bouche bée, je n’ai pas pu parler pendant presque cinq minutes même si Dani m’a demandé plusieurs fois mon prénom. Finalement, j’ai enfin pu participer au tour de magie avec lui : on a fait voler une table par exemple. C’est depuis ce moment, que je sais que je veux devenir magicien ».

©Vidéo : Clémence Labasse

Aujourd’hui, Antoine sait faire des tours de cartes. Il a toujours un tour dans son sac pour amuser ses amis. En ce moment, il enchaine les petits spectacles d’illusion, autour de séances d’hypnose. En espérant un jour réussir des tours magistraux, comme faire disparaître des spectateurs… Dani Lary n’a qu’à bien se tenir.

Soigner les armées françaises

Flavie DELVALLET, 15, lycéenne à Condorcet à Lens /© Photo : Oudom HENG

Élève du Lycée public Condorcet à Lens, Flavie Delvallet a également 15 ans. À l’école et même dans la famille, elle est une personne capable de remonter le moral des membres de sa famille ou de ses amis. Pendant son temps libre, elle gagne son argent de poche en faisant du baby-sitting, car elle aime beaucoup les bébés.

Les rêves de Flavie s’orientent vraiment du côté de l’humanitaire. « Je voudrais devenir infirmière militaire, car je veux soigner les soldats français à l’étranger, en Afrique ou ailleurs. Pour moi, cela permet de soigner ceux qui consacrent leur vie pour nous protéger. »

Si elle n’y arrive pas à devenir infirmière militaire, elle souhaiterait devenir psychologue. Flavie aime voyager. Elle souhaiterait aller au Canada pour faire toutes ses études.

Entre voyageur, assistante sociale et juge pour enfants

Valentine PAILLARD, 15, lycéenne de quinze ans à Saint-Paul à Lens /©Photo : Oudom HENG

Valentine Paillard n’a pas qu’un seul rêve : elle en a carrément trois ! Cette lycéenne de quinze ans étudie à Saint-Paul à Lens. Comme beaucoup de jeunes, Valentine rêve de voyager partout dans le monde, mais « pas forcément le monde entier, seulement les villes principales ».

Elle aimerait pouvoir travailler dans le secteur des aides sociales, car rendre service aux enfants et aux femmes lui tient à cœur. Cette jeune fille engagée sait clairement ce qu’elle veut faire dans l’avenir : travailler comme assistante sociale, ou alors carrément être juge des enfants. Pourquoi ces deux métiers ? Parce qu’elle a vu trop souvent, à la télévision, au cinéma, dans les médias, des images de femmes battues et d’enfants victimes de la misère et de la violence. Elle conclut : « Il faut rendre notre vie utile pour la société ».


Et vous? Nos chers lecteurs, avez-vous des rêves? Quels sont-ils?

Présentation de la nouvelle équipe Lost in Gohelle : Clémence Labasse, une Franco-canadienne prête à la découverte de Loos-en-Gohelle

Clémence Labasse est étudiante en première année à l’ESJ Lille. À 22 ans, la Franco-canadienne s’estime prête à découvrir tous les recoins du monde en tant que journaliste. Loos-en-Gohelle y compris.

Clémence, 22 ans, étudiante en première année à l’ESJ Lille

« Le journaliste est le seul métier où l’on peut toujours explorer les nouveautés du monde. » D’un ton sûr et enthousiaste, Clémence explique sa motivation de devenir journaliste. Un rêve d’enfance.

Née à Lyon, Clémence passe son enfance en France jusqu’en 2011. À l’âge de 16 ans, elle déménage à Ottawa, au Canada, avec sa famille. Avant de revenir cette année pour étudier le journalisme à l’ESJ Lille.

Clémence, une « citoyenne du monde »

« Je ne m’identifie pas spécialement à la France ou au Canada. Je me sens plutôt citoyenne du monde, même si c’est un peu cheezy à dire », confie Clémence. Cet esprit ouvert fait son identité et marque sa jeune carrière professionnelle. Elle a déjà pratiqué le journalisme pendant trois ans dans le journal universitaire La Rotonde à l’Université d’Ottawa où elle a découvert beaucoup sur le métier, mais aussi où elle a fait face parfois à des menaces et des critiques.

Les hauts et bas de cette expérience l’ont surtout confortée dans son intention de poursuivre son rêve de journaliste en explorant les inconnus. Elle lui a aussi permis de travailler quelques mois à Radio-Canada, la société publique de radiodiffusion du pays. Pour l’avenir, elle espère découvrir encore le monde en tant que correspondante à l’étranger, ou peut-être en faisant des documentaires. Que l’aventure commence !

Surprise du croisement culturel

Arrivée le matin du 7 août à Loos-en-Gohelle, Clémence est agréablement surprise par la nouvelle de l’inauguration d’un mémorial canadien le 22 août pour commémorer la Bataille de la Cote 70 survenue durant la première guerre mondiale. Saisie par le charme pittoresque de la ville, Clémence est prête à s’immerger dans Loos-en Gohelle et à en découvrir les différentes facettes.

Présentation de la nouvelle équipe Lost in Gohelle : Yan Chen, la force tranquille

Parmi les étudiants internationaux de la 93e promotion de l’ESJ Lille, il est une étudiante parfois plus silencieuse que les autres, la chinoise Yan Chen. Derrière ce calme apparent se cache cependant un mordant et une fougue sans égale. Retour sur le parcours qui a mené aujourd’hui une jeune fille de Nantong jusqu’à Loos-en-Gohelle.

Yan pose quelque secondes pour la photo avant de reprendre le travail @Clémence Labasse

Une vie de battante

Depuis très jeune, Yan rêve d’être journaliste. Mais pas les journalistes des médias d’état à la langue coupée. Non, ce qu’elle veut faire Yan, c’est montrer la vraie Chine, dans toute sa beauté et parfois, aussi, sa laideur.

L’unique chinoise de la 93e promotion de l’ESJ Lille est née à Nantong, une « petite ville » de 7,7 millions d’habitants dans la province de Jiangsu. Issue d’une famille de classe moyenne, la jeune fille sait très jeune ce qu’elle veut faire, et ce qu’elle doit faire pour l’accomplir. Ses parents ne la comprennent pas. Tant pis, ils ne l’arrêteront pas.

Après le lycée, elle choisit d’aller étudier dans la Beijing Foreign Studies University, dans le programme de français, à 1 000km de chez elle, déjà. Ses années là-bas lui confirment sa passion. D’abord journaliste pour la revue du département de français « Jing Song » (Le Pin Solide), elle en devient rédactrice-en-chef lors de sa troisième année.

Mais une fois le diplôme en poche, un dilemme se présente. Doit-elle faire ce qu’elle aime au risque de voir sa liberté de penser bafouée, ou simplement faire autre chose ? La seconde option semble plus sûre.

Yan devient alors commerciale pour une compagnie de marketing, mais elle couve toujours l’ambition de faire autre chose. Elle consomme régulièrement des médias français, bannis dans le pays, où elle découvre le métier de correspondant. C’est le déclic ! En juin 2016, la jeune femme démissionne. Elle sera journaliste après tout.

Pour ce faire, Yan se trace deux chemins à parcourir: celui de l’expérience et celui l’éducation. Aussitôt dit, aussitôt fait: en automne 2016, elle intègre la rédaction du Figaro à Shanghai , et en juin 2017, la voilà acceptée à l’ESJ Lille.

Et maintenant ?

Arrivée en France depuis deux semaine pour la préformation d’été, la jeune chinoise de 26 ans est confiante. À exactement 9000km de chez elle, l’inconnu ne lui fait pas peur. Son arrivée à Loos-en-Gohelle, lundi 9 août, a encore ravivé sa soif d’apprendre.

« J’ai hâte de découvrir la vraie France, loin des simples reflets de la métropole, » explique-t-elle. « Après tout, dénicher le vrai, c’est pour cela que je fais du journalisme ! »

Lors de ce séjour de deux semaine, Yan veut faire de belles rencontres et espère pouvoir profiter du terrain pour mieux comprendre les dynamiques politiques et économiques qui traversent la région, et peut-être même le pays.

Présentation de la nouvelle équipe Lost in Gohelle : Martina Mannini, la pensée réflexive et le journalisme

Humaniste, Martina aime lire. Elle aime les phrase longues et complexes, ruminer les pensées. Cette jeune fille italienne à l’accent de Bologne fait partie de la nouvelle équipe de Lost in Gohelle.

« J’ai décidé de devenir journaliste dans un tribunal de Nantes. » Martina est une fille réservée. La voix basse et une cigarette roulée dans la main gauche, elle a du mal à se raconter. Les mots sortent doucement et lentement de sa bouche entre une bouffée de cigarette et une autre. « À Loos-en-Gohelle, j’adorerai faire des longues promenades sur les terrils. J’ai hâte de découvrir et de raconter les coins de cette ville, » affirme-t-elle en souriant.

Humaniste sortie d’une famille de médecins, elle a cassé la logique familiale qui la voulait dans un hôpital. « Je suis une outsider dans ma famille, » dit-elle avec un sourire sillonnant son visage parsemé de taches de rousseur. D’abord à Nantes, où elle décroche un stage dans la rédaction nantaise de Ouest France, ensuite à Bologne, en Italie, où elle est embauchée par le quotidien local Il Resto del Carlino.

« Un de mes écrivains préférés est Ennio Flaiano ! »

« À Ouest France, j’ai commencé couvrir des faits divers. Dans les couloirs du Tribunal de Nantes, j’ai compris que mon avenir c’était le journalisme. J’aime raconter des histoires, mais à chaque fois je dois faire de terribles efforts de synthèse. » Le cerveau de Martina fonctionne comme ça, elle adore les phrases longues, la pensée complexe et construite. Et elle aime la creuser comme un trognon de pomme. Quand on lui fait remarquer que l’écriture journalistique porte avec soi les contraintes de la simplicité, elle s’exclame : « Un de mes écrivains préférés est Ennio Flaiano ! [écrivain italien connu pour l’efficacité de sa prose, NDRL]. »

Martina MANNINI à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille © Stefano Lorusso

De formation littéraire, Martina a étudié Cultures littéraires européennes à l’Université de Bologne. « La première barrière a été l’examen de latin, moi, qui avais effectué des études de langue au lycée! » raconte-t-elle. Pendant son cursus universitaire, cette jeune fille aux longs sourcils se rend compte qu’elle veut voyager. Destination France. Un problème administratif lui barre la route pour Strasbourg, mais elle ne renonce pas à son projet. Un échange Erasmus l’amènera à Nice. « Mais je n’ai pas du tout aimé l’ambiance du Sud de la France, je n’ai pas aimé les gens. »

Parions qu’elle appréciera bien plus Loos-en-Gohelle !

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