José Evrard, l’histoire du député passé du Parti Communiste au Front National

A 71 ans, José Evrard est le nouveau député FN de la 3e circonscription du Pas-de-Calais (Lens-Avion). Issu d’une famille de mineurs de fond et de résistants, il a d’abord été militant communiste pendant 35 ans. Il a été élu sous l’étiquette du Front national avec 51,7% des voix à Loos-en-Gohelle. Portrait.

Le député FN José Evrard a été élu avec le 52,94% des voix dans la 3ème circonscription du Nord (ex Nord-Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

L’histoire politique de José Evrard est l’emblème de l’évolution de la sociologie électorale du bassin minier et de l’ex Nord-Pas-de-Calais. Traditionnellement ancré à gauche, le territoire compte aujourd’hui quatre des huit députés du Front National. Parmi eux, un humaniste, retraité de La Poste, qui a été paradoxalement membre du bureau politique du Parti Communiste Français et maire adjoint de Billy-Montigny de 1989 à 1998. Comment peut-on basculer des barricades de Mai 68 aux murs du Front National ?

Selon Freud, cinq phases de l’élaboration du deuil existent : la négation, la colère, la négociation, la dépression et l’acceptation. Né communiste dans une une famille de mineurs de fond et de résistants, Il se trouve aujourd’hui dans un état d’esprit pragmatique qui l’oblige à inventer une nouvelle phase : la nécessité de survivre politiquement à la mort de la gauche.

« Ici tout le monde me connaît, je suis militant depuis trente ans. »

José Evrard est d’abord un homme de terrain. « Ici tout le monde me connaît, je suis militant depuis trente ans », affirme-t-il en évoquant son passé politique. Ayant dansé sur les barricades de Mai 68 et vécu les années des luttes ouvrières et étudiantes, il a douloureusement et doucement vu « le soleil de l’avenir » s’effondrer sous les décombres du mur de Berlin.

Certains l’ont accusé de trahison. « Je n’ai jamais bougé, je reste fidèle aux idéaux de justice et lutte sociale, d’égalitarisme, de lutte contre la pauvreté et le chômage. Je ne retrouve plus ça au sein de la gauche. » En se portant candidat pour le FN, a-t-il exploité une opportunité politique ? Sa réponse est immédiate, le ton monte, son front se plisse comme le sous-sol du bassin minier creusé par les galeries :  « L’opportunisme c’est quand on change de casaque et qu’on joue le lendemain avec celle d’une autre équipe ! » Une conjoncture favorable ? [le député socialiste sortant Guy Delcourt, ancien maire de Lens, ne se représentant pas et en mai dernier, Hugues Sion, son principal challenger se présentant sur une liste indépendante NDLR]. Soyons plus précis. « Oui, non, mais ça veut rien dire. J’ai quand même quitté le PCF en 2000 et j’ai rejoint le FN en 2013. » Il n’y a pas de jugement de valeur. L’opportunité n’est pas forcement de l’opportunisme, mais ce dernier peut conduire à exploiter la première. « Bah oui ! Il faut bien qu’en ce pays, on change les donnes ».

« Ni de gauche, ni de droite. Je suis patriote »

L’homme est connu pour son appétit littéraire. Dans sa libraire, on dénombre près de
8 000 livres. « Peut-être plus », s’amuse-t-il. Fin connaisseur de la littérature et de l’historiographie marxiste, José Evrard affine et nourrit son discours par de nombreuses citations. Marxisme et écologie, mais également souveraineté, indépendance et patriotisme sont les concepts le plus récurrents. Est-il de gauche ou de droite ? « Ni de gauche, ni de droite. Je suis patriote », ricane-t-il. Même lui, il ne semble pas y croire. Soyons plus précis. « Je suis le témoin vivant de la déstructuration du bassin minier. Cette région de la France est de plus en plus pauvre et économiquement immobile. Les politiques socialistes n’ont pas répondu aux exigences des cette population. Aujourd’hui, ils payent le décalage entre les promesses et les actes. »

Le député FN José Evrard devant le bureau du Front National de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin, sur Lens – © Stefano Lorusso

« Pendant la campagne électorale, mes adversaires ont pointé du doigt mon passé communiste. Ils m’ont rapporté pleins de voix. »

José Evrard a été crédible aux yeux de ses électeurs car il a totalement assumé son passé. Pas seulement il n’a plus de cadavres dans le placard, il n’a même plus de placard. « Je suis connu dans cette région pour y avoir milité longtemps. Pendant la campagne électorale, mes adversaires ont pointé du doigt mon passé communiste. Ils se sont tués tout seuls car ces accusations m’ont rapporté plein de voix. »

Le point de rupture entre lui et la gauche, a été la position trop souple de cette dernière sur les politiques européennes : « L’Europe, telle qu’elle est construite aujourd’hui, produit des profondes inégalités. Le FN a un discours patriotique. Les anciens électeurs communistes ont été plus sensibles que d’autres à ces aspects là. »

Ce professionnel de la politique a-t-il trouvé dans la ligne politique du FN un nouveau « soleil de l’avenir » ? Il hésite, un conflit s’entrevoit dans ses yeux, son esprit semble en contradiction. Le temps d’une seconde, il redevient le professionnel de la politique qu’il est. « Le FN reprend des idées dans lesquelles je m’étais engagé. Je ne vois pas pourquoi je ne devrais prendre ma place au sein du Front national. Dans la vie, ce n’est pas tout blanc ou tout noir ». Peut-être bleu Marine ? 

 

Centenaire de la bataille de la Cote 70 : les combats oubliés (1/2)

En ce 15 août 2017, premier jour de l’anniversaire des 100 ans de la bataille canadienne de la Cote 70, retour sur un épisode guerrier qui a marqué à jamais l’histoire de Loos-en-Gohelle.

Bien moins connue que la bataille de la crête de Vimy, à quelques kilomètres de là, cette offensive des Alliés a la particularité d’être la seule bataille gagnée entièrement par des troupes canadiennes sous le commandement d’un des leurs, le lieutenant-gouverneur sir Arthur Currie.

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Les “pyramides noires”, site touristique incontournable de Loos-en-Gohelle

À 186 mètres d’altitude, les terrils 11/19 de Loos-en-Gohelle se présentent véritablement comme les “pyramides noires” de Loos-en-Gohelle. Ce symbole paysager du bassin minier attire chaque année des milliers de touristes de partout en France et du monde entier.

Les terrils jumeaux du 11/19 constituent l’un des quatre grands sites du patrimoine minier conservés dans le Nord-Pas de Calais. Ces deux chiffres 11 et 19 font référence aux numéros des anciens puits de mine, 11 pour le chevalement métallique des années 1920 et 19 pour la tour de concentration en béton de 1960.

Site incontournable de Loos-en-Gohelle

Un capture d’écran de Tripadvisor.

Fondés avec les déchets de l’extraction, les terrils offrent une faune et une flore diversifiées favorisées par la chaleur dégagée des terrils. Oui, ces milliers de tonnes de charbon dégagent de la chaleur ! Aujourd’hui, grâce aux aménagements, ils sont devenus une destination incontournable pour les touristes, tant pour sa riche histoire, que pour ses zones idéales d’une randonnée et des activités sportives.

Classé au 35ème rang sur 308 choses à voir/à faire à Pas-de-Calais sur TripAdvisor, grand site de voyage, les Terrils Jumeaux du 11/19 attirent des milliers de curieux chaque année.

En publiant les photos des terrils sur TripAdvisor, belleretraite de Montréal, Canada a exprimé sa surprise.

Tiphaine Carrez , venue de Fruges dans le Pas-de-Calais, a déjà visité le Centre historique minier de Lewarde. Cette fois-ci, elle amènent ces six enfants à Loos-en-Gohelle. « Nous allons grimper les terrils en apprenant un peu d’histoire aux enfants », explique-t-elle.

Tandis que Kader Mis, entraîneur d’athlétisme, vient ici uniquement pour le sport : « Je viens de Lille. Mon père était un ancien mineur du bassin minier. Je viens sur les terrils cinq à six fois chaque année pour la course et le marathon. J’y emmène même mes athlètes quelques fois par an ! »

Sur Twitter, les touristes partagent leurs photos prises pendant le voyage sur les terrils:

Informations pratiques

  • Visite libre du site du 11/19 (avec parcours signalétique d’interprétation) et des terrils, tous les jours. Pour monter au sommet depuis le carreau de fosse et redescendre : compter 1h.
  • Visite guidée du site et des terrils avec le CPIE La Chaîne des Terrils : 03 21 28 17  28

Attaque terroriste à Ouagadougou : une « burkinabè » de Loos-en-Gohelle réagit

Ouagadougou a été victime d’une attaque terroriste dimanche dernier. Le bilan provisoire fait état d’une vingtaine de mort et d’une dizaine de blessés. Béatrice Bouquet connait bien le Burkina Faso, puisqu’elle y va régulièrement depuis 1983 et dirige d’ailleurs l’association Loos N’Gourma. Elle est consternée. Interview. 

Béatrice Bouquet, consternée par la nouvelle de l’attentat de Ouagadougou © Oudom Heng

Lost in Gohelle : Un mot pour vos amis du Burkina Faso…

Béatrice Bouquet : Je pense beaucoup à eux. Tous mes amis sont sains et saufs. En 2016, je me suis retrouvée la seule blanche dans un restaurant à Ouagadougou car les touristes avaient peur de sortir après le premier attentat de janvier 2016 à Ouagadougou. Je mesure donc les conséquences de ce qui s’est passé. Il faut pour nos amis burkinabè, rester très solidaires, tenir le coup pour lutter contre ce terrorisme. Beaucoup de pensées pour eux, beaucoup d’amitié. Et un peu de réconfort autant que possible.

Lost in Gohelle : Cet attentat rappelle celui du 15 janvier 2016 qui a lieu sur la même avenue (Kwamé N’Krumah). Connaissez-vous les lieux ?

Béatrice Bouquet : Il est vrai que je ne fréquente pas beaucoup Kwamé N’Krumah mais c’est une avenue que je connais. J’y suis déjà passée. Le but de ces terroristes pour moi, c’est de déstabiliser à la fois le Burkina Faso et les associations qui interviennent pour aider le pays. Ils veulent peut-être aussi mettre la main sur certaines richesses du pays. En résumé, soit en faire un État islamiste soit profiter des richesses minières. Ces gens ont besoin d’argent pour financer leurs attaques, leur terrorisme, peut-être qu’ils viennent frapper pour ces raisons.

Lost in Gohelle : Comment avez vous été mise au courant pour l’attaque?

Béatrice Bouquet : J’ai appris cela le lendemain matin en écoutant la radio. J’étais très triste d’apprendre cette douloureuse nouvelle d’un attentat qui frappe encore le Burkina Faso. Au départ, je pensais que c’était moins grave. C’est seulement après quand on est allé chercher l’info… [Après un silence rempli d’émotions], On est tous Ouagadougou, ou tous Paris, solidaires quand il y a un attentat.

Lost in Gohelle : Ce triste événement nous ramène à nous interroger sur le phénomène du terrorisme, qu’en pensez-vous ?

Béatrice Bouquet : Je me demande si c’est vraiment religieux car l’Islam interdit de tuer son prochain. Cependant, il faut reconnaitre que les inégalités sociales dans le monde créent le terreau fertile pour faire naître ces terroristes, qui ne connaissent pas vraiment les fondements de la religion. On pourrait penser la même chose en France quand on voit la montée du Front National. Ce sont des gens, pour la plupart les exclus de la réussite et de la mondialisation, qui votent pour les extrêmes.

Lost in Gohelle : Des pistes de solution ?

Béatrice Bouquet : Il faut voir comment on travaille à rendre le monde plus juste. À tous points de vue, il y a la grande pauvreté qui existe dans certains pays, l’analphabétisme, c’est… c’est un défi [silence] très difficile.

Lost in Gohelle : …un défi auquel vous croyez?

Béatrice Bouquet : [Empressée] Oui oui j’y crois. J’y crois beaucoup. On arrivera pas à le résoudre, mais on passera le relais. C’est comme ça qu’il faut entendre les choses. On ne peut pas résoudre tous les problèmes du monde mais chacun peut faire sa part, informer d’autres pour qu’ils puissent prendre le relais.

 

Yipo Vincent Bado

Famille d’accueil de jeunes journalistes étrangers à Loos-en-Gohelle : partager pour s’enrichir

Balade aux terrils jumeaux des jeunes étudiants avec leur famille d'accueil © Océance Ten

Cet été, à Loos-en-Gohelle, six familles accueillent de jeunes étudiants internationaux de l’École Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille dans le cadre d’une immersion sur le terrain. L’équipe est composée de trois Italiens, une Chinoise, une Canadienne, un Burkinabé et un Cambodgien. Retour sur cette expérience unique.

Plus besoin de partir en vacances, des familles loossoises ont trouvé le moyen de voyager sans bouger de chez elles : en accueillant cet été les étudiants étrangers qui entreront cette année dans la prestigieuse école supérieure de journalisme de Lille.

À Loos-en-Gohelle, les sept étudiants ont tous trouvé un foyer chaleureux. En échangeant, la famille d’accueil et les étudiants parlent de leur pays, de la famille, de la politique et d’histoire. C’est un bon moment partagé dans ces nouvelles familles !

Les Guillemant : Échanger autour de la culture chinoise

Le couple Christel et Marc Guillemant ne partent pas en vacances cette année. Lorsqu’ils ont appris que la mairie de Loos-en-Gohelle cherchait des familles d’accueil pour les étudiantes, ils ont tout de suite voulu prendre part à l’aventure. Ils accueillent pour la première fois une étudiante journaliste chinoise, Yan Chen.

Famille-Guillemant © Yan Chen

Famille Guillemant en visite tout en haut du beffroi d’Arras © Rémi Guillemant

« L’hébergement d’une jeune chinoise nous permet de voyager un peu aussi » se réjouit Marc Guillemant en souriant, aux côtés de sa femme, Christel. Son épouse ajoute : « Pendant cette première semaine, nous avons parlé un peu de son pays, de sa ville et de la culture chinoise. On échange aussi des nouvelles par rapport à la vie familiale. »

Ce couple en profite pour poser des questions sur la vie réelle de la Chine; par rapport à ce qu’ils voient à la télévision et dans la presse française. Ils ont hâte de connaître les points de vues de Yan sur certains problématiques, différent de leur regard occidental.

Ils sont peut-être un peu déçus de ne pas avoir eu l’opportunité de goûter la cuisine chinoise. Car Yan travaille beaucoup la journée, elle sort tôt le matin et rentre tard le soir. Mais ça devrait ne pas tarder !

Les Payen : Accueillir une canadienne à temps pour le centenaire de la bataille

Gilles Payen © Oudom Heng

Gilles Payen accueille pour la première fois une étudiante de l’ESJ © Oudom Heng

Gilles Payen, professeur de technologie au collège, accueille pour la première fois une étudiante canadienne. C’est en découvrant une annonce sur Internet que Gilles s’est proposé de devenir une famille d’accueil. Lui et son épouse Maryse ont accueilli Clémence Labasse. Et ça tombe bien parce que cette famille s’intéresse vraiment à l’histoire de la bataille de la Cote 70 lors de la première guerre mondiale, une bataille des armées canadiennes sur le sol français. Cet habitant de Loos-en-Gohelle est également membre de l’association de « Loos sur les traces de la grande guerre » qui travaille au souvenir de des grandes batailles de Loos-en-Gohelle.

« C’est tout à fait le hasard! Cette année, l’anniversaire du centenaire de la bataille sera célébré le 22 août prochain. Nous assisterons à l’inauguration du mémorial de la bataille canadienne. Le fait d’avoir Clémence avec nous alimente beaucoup  la discussion et le partage » raconte Gilles Payen. D’autant que des contacts pour la recherche des personnages historiques peuvent s’avérer précieux pour lui. L’étudiante et la famille aiment aussi parler de politique, française et canadienne.

Point de vue dérangement, il n’y a pas aucun problème pour la famille : Clémence part tôt au CyberCoin pour travailler.

Les Bouquet : Héberger un étranger, une occasion de s’enrichir

Béatrice Bouquet accueille pour la deuxième fois un Africain © Oudom Heng

Béatrice Bouquet accueille pour la deuxième fois un Africain © Oudom Heng

Béatrice Bouquet est présidente de l’association Loos N’Gourma. Son association basée à Loos-en-Gohelle soutient un village situé à l’est du Burkina Faso, Sampiéri, en agroécologie.

Cette année, Béatrice accueille le jeune étudiant burkinabé, Vincent Bado. Simple hasard ou le fruit de son choix?

«C’est un peu choisi. J’aime bien le Burkina Faso et c’est bien d’avoir un jeune burkinabé qui reste chez nous, avec qui on peut parler, échanger » avoue la Béatrice, enthousiasmée. Béatrice est très attachée à l’Afrique. Le continent lui tient à cœur, aussi bien à elle qu’à toute sa famille. L’an dernier, elle a accueilli un jeune originaire de la République démocratique du Congo.

Comme les deux familles interviewées ci-dessus, le fait d’accueillir des étudiants ne gène pas du tout la famille, bien au contraire, c’est toujours une occasion de découvrir. Pour l’année prochaine, si elle ne part pas en vacances avec sa famille et, si l’ESJ Lille continue d’envoyer des jeunes étudiants à Loos-en-Gohelle, ce sera avec plaisir que Béatrice Bouquet hébergera un(e) autre étudiant(e).

Loos-en-Gohelle patrimoine de l’Unesco : quelles avantages et quelles contraintes cinq ans après ?

2012 : le Bassin Minier Nord-Pas de Calais est enfin inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Cinq ans après ce classement, quel bilan peut-on en dresser ? Francis Maréchal, adjoint au maire, sous-pèse le pour et le contre. 

 

Le bassin minier patrimoine de l’Unesco : pourquoi ?

« L’origine du dossier Unesco? C’est Jean-François ! », sourit Francis. L’adjoint au maire l’appelle par son prénom. Jean-François Caron est le maire écologique de la ville de Loos-en-Gohelle depuis 2001. Tout a commencé il y a trente ans, lorsque le premier élu, Francis et d’autres Loossois ont fondé La Chaîne des Terrils. Une association avec un but précis : revaloriser une zone en déclin. 

« On voulait changer l’image du bassin minier en partant du contexte. Les terrils étaient tous noirs au départ, ils n’étaient que des cailloux. Mais on constatait que la nature poursuivait son cours, elle les reverdissait. On considérait que c’était un signe marquant de l’évolution du paysage ».

Comme le dit la devise de Loos-en-Gohelle, « Du noir à vert« . Du charbon au développement durable. Mais pas seulement. « A l’époque, le chômage montait et ça créait un esprit défaitiste, une perte de confiance en soi. On a donc pensé à faire quelque chose en commençant par un travail sur l’image. La population devait reprendre possession de cet espace-là, il nous appartenait, et il nous appartient ».

« Le projet de la Chaîne des Terrils avait beaucoup avancé en matière de visites organisées sur les terrils », continue Francis. C’est alors que le groupe a décidé de candidater au classement du patrimoine mondial de l’Unesco.

Une fierté pour Loos-en-Gohelle, mais une réussite qui ne se limite pas à la ville : « 120 kilomètres de long, 87 communes, 17 fosses, 21 chevalements, 51 terrils, 3 gares, 124 cités, 38 écoles, 26 édifices religieux, des salles des fêtes ou encore 4 000 hectares de paysage vont porter les couleurs d’un héritage patrimonial de trois siècles d’exploitation du charbon », décrivait Le Monde il y a cinq ans, juste après le résultat. Un patrimoine matériel et immatériel lié à l’héritage d’une société qui s’est développée autour du monde noir de la mine.

Les sentiers montant des pieds des terrils amènent les visiteurs jusqu’au sommet – © Stefano Lorusso

Quelles contraintes ? 

Quel bilan peut-on dresser cinq ans après l’inscription du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l’humanité?

« La difficulté, c’est de peser les avantages. Les contraintes ? C’est facile », reconnaît l’adjoint au maire. « Il y a une zone juste à coté des terrils, y compris les terrils mêmes, qui est maintenant protégée. On aura pas le droit de bâtir. Il y a beaucoup de bâtiments pour lesquels de nombreuses autorisations sont nécessaires pour n’importe quelle intervention. Il y a un certain nombre d’endroits, par exemple les cités minières, où nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons ».

Il y a bien des choses à faire. En ce qui concerne les normes thermiques d’isolation des bâtiments, les anciennes maisons des cités minières, construites en briques il y a longtemps, ne sont pas conformes.

« Il faut les rénover. Mais le problème c’est qu’on ne peut pas les rénover n’importe comment parce qu’il ne faut pas qu’on gâche le côté architectural. Il y a des secteurs où il est extrêmement simple, mais il y en a d’autres où l’architecture des maisons est très complexe. On sera obligé de la garder ».

« Par l’intermédiaire de l’Etat, on peut effectivement demander des financements plus facilement. Mais c’est l’Etat, pas l’Unesco ».

Rénover, donc, est forcément synonyme de dépenses. Mais est-ce que l’Unesco aide financièrement la zone du bassin minier ? « On ne reçoit pas directement de l’argent par l’Unesco. Mais par l’intermédiaire de l’Etat, on peut effectivement demander des financements plus facilement. Mais c’est l’Etat, pas l’Unesco. C’est une protection symbolique. L’inscription du bassin minier implique que les mairies et les communautés locales doivent s’engager à protéger le patrimoine ».

Cité n° 12, Lens et Loos-en-Gohelle, inscrite sur la liste du patrimoine mondial par l’Unesco le 30 juin 2012 . © Jérémy-Günther-Heinz Jähnick sur Wikicommon

Quels avantages ?

A quoi sert, finalement, l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco? Heureusement Loos-en-Gohelle en retire de nombreux avantages. Tout d’abord, le tourisme, une source de revenus. Même si « peut-être pas comme on aurait voulu », avoue Francis.

Il continue : « Je pense que la chose la plus importante, c’est de montrer aux gens le patrimoine qui a été créé par la société, donc par nos parents et nos grands-parents ». Les gens y ont participé : cet héritage, qu’il soit matériel ou immatériel, est effectivement l’histoire de la ville. « C’est notre patrimoine, c’est un beau patrimoine. Il mérite d’être connu. Quand des gens d’ici ont vu arriver des touristes, ils se sont dit que finalement ils vivent dans un pays où il y a des choses intéressantes. Avant c’était la déprime sociale. Une fois le charbon terminé, les gens ont eu l’impression d’être jetés ».

Ça en vaut la peine? Francis Maréchal n’hésite pas un seul moment : « Oui. Au delà de l’argent, socialement et moralement ». Selon lui « les terrils – symboles d’une ville, d’une société, d’un moment historique – sont nos pyramides. Ils ont été construits par les mains de nos parents et grand-parents. Nos terrils peuvent avoir la même valeur que les pyramides d’Egypte ».

Quatre anecdotes sur les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle

Il y a des nombreuses anecdotes sur les deux terrils de Loos-en-Gohelle. Nous en avons sélectionné quatre. Ces légendes s’attachent à des événements historiques, à la vie des mineurs et des paysans de cette région.

Terrils jumeaux à loos-en-gohelle © Mairie de Loos-en-Gohelle

Terrils jumeaux à loos-en-gohelle © Mairie de Loos-en-Gohelle

Cul à Gaillette

Que des « amusettes » ces mineurs ! À l’époque de la production du charbon, les mineurs appelaient leur collègues féminins « Cul à Gaillette », un nom qui semble aujourd’hui un peu grossier pour des jeunes filles. Pas encore mariées, ces ouvrières travaillant au triage du charbon se tachaient la peau parfois jusqu’aux parties intimes, le charbon créant des poussières très envahissantes. D’où le surnom affectueux. Ce n’est peut-être pas très galant, mais dans les mines on avait pas le temps pour les chichis !

Terril et Fusil

L’histoire de l’ortographe du mot « Terril » se passe de génération en génération dans la région, mais aucun moyen de savoir le vrai du faux. L’histoire va comme suit. En 1906, une catastrophe dans les mines de Courrières fait près de 1100 morts. Les journalistes de Paris accourent. Un en particulier décide d’interviewer un mineur rescapé et lui demande comment s’écrit le mot « Terril ». L’homme, illettré, lui répond alors que cela s’écrit comme « outil et fusil ». En verité, le mot s’écrivait « terri », ce qui explique l’on ne prononce toujours pas ce « l » superflu.

Des écoliers qui en ont marre

À Loos-en-Gohelle, les enfants de l’école primaire montent régulièrement sur les terrils pour leur sortie scolaire annuelle. Ce voyage d’étude est important dans le cadre de leur programme scolaire, afin de les initier à la nature et la biologie. Une fois au collège, ils doivent à nouveau repartir sur les terrils. Les jeunes Loossois montent donc régulièrement sur ces deux jumeaux, en partie parce que ce sont les plus hauts d’Europe. Mais c’est aussi précisément pour cette raison que certains d’entre eux refusent aujourd’hui d’y retourner avec leurs parents… Ils en ont tout simplement ras-le-bol !

Couvercle de lessiveuse

Pour descendre rapidement des terrils, les personnes âgées conseillaient de par le passé aux enfants de s’asseoir sur un couvercle de lessiveuse et de se laisser glisser ! Un couvercle de lessiveuse était une pièce d’ancienne machine à laver en fer, qui ressemblait un peu au couvercle des casseroles actuelles. Le jeu, quoi que très amusant pour les jeunes, a été jugé trop dangereux ces dernières décennies et on l’a donc interdit.

Terrils jumeaux à loos-en-gohelle © Mairie de Loos-en-Gohelle

Terrils jumeaux à loos-en-gohelle © Mairie de Loos-en-Gohelle

D’où vient le nom Loos-en-Gohelle ?

Ceux qui passent à Loos-en-Gohelle ne connaissent pas  forcément l’origine du nom de cette petite ville de 7 000 habitants. Ils se questionnent (ou pas) de savoir d’où vient l’appellation « Loos-en-Gohelle » ? Voici la réponse !

Panneaux de rue dans la Ville fleurie à Loos-en-Gohelle © Mairie de Loos-En-Gohelle

Panneaux de rue dans la Ville fleurie à Loos-en-Gohelle © Mairie de Loos-En-Gohelle

Extrait du livre Loos en Gohelle à la recherche de son passé.

Extrait de Loos en Gohelle à la recherche de son passé

Loos-en-Gohelle est composé de deux mots-clés importants : Loos et Gohelle. Le mot Loos existe même avant 1500 ans. Selon les recherches effectuées par un groupe de Loossois parues dans un livre intitulé Loos-en-Gohelle à la recherche de son passé, paru en 1982, en supplément des Echos Lossois; Loos veut dire « les prés marécageux. » Dans ce même livre, on apprend cependant que Loos veut dire aussi « le Bois », d’après M. L. Ricouart dans son ouvrage Étude sur les nom de lieux du département du Pas-de-Calais.

Ce livre montre aussi que les mots « Gohelle » ou « en Gohelle » correspondent au territoire de l’Artois. Il s’agit de la partie occidentale du doyenneté de Lens. Les racines étymologiques de ce mot sont nombreuses : Goièle, Gohier, Gauheria, Gauhière (vieux français) Gohelle, Goelle, Gouelle, Göll (vieil allemand)…

En 1937, l’Etat français décide finalement de donner définitivement à la ville le nom de Loos-en-Gohelle.

Pour clarifier tout cela, nous avons rencontré Francis Maréchal, l’adjoint actuel du maire de Loos-en-Gohelle. Cliquez sur la vidéo ci-dessous afin de découvrir les explications de ce sage Loossois.

L’explication audio – de meilleure qualité – de Francis Maréchal :

Notre visite du terril en direct

Live Blog La visite du terril de Loos-en-Gohelle en direct
 

Portrait d’un ancien mineur à Loos-en-Gohelle : l’histoire d’Henri Wozniak

Henri Wozniak, 83 ans, est l’un des sept anciens mineurs de Loos-en-Gohelle encore en vie. Il observe une vieille photo de groupe : « Là, c’est moi ! ». Les cheveux plus foncés, le casque de mineur sur la tête, mais l’expression de son regard reste la même d’aujourd’hui. Un témoignage précieux. 

Quel âge avez-vous monsieur? « Maintenant ? Ah je ne sais plus ». Henri Wozniak a 83 ans, précise Christiane. Henri a la maladie d’Alzheimer; recueillir son témoignage est d’autant plus important. Il observe les vieilles photos en face de lui, éparpillées sur la table en bois. Ses yeux étincelants bougent derrière ses lunettes à la recherche d’un souvenir : la mine, le service militaire, la guerre. Le résumé de sa vie est juste à l’arrière-plan, derrière lui, accroché au mur : une lettre abîmée, une photo de deux mineurs au travail, la gravure sur bois des terrils jumeaux, symboles de la ville de Loos-en-Gohelle. Et une horloge. Le son de ses aiguilles marque le temps qui passe.

Henri Wozniak regarde une vieille carte de Loos-en-Gohelle. © Stefano Lorusso

Henri continue à observer les vieilles photos et les articles. Christiane les arrange sur la table. Sa femme répond à sa place, Henri acquiesce. Son récit ne commence que quand il aperçoit un carnet noir. Et il se met à lire : « Outillage, éclairage, ventilation, sécurité, personnel, évacuation des produits… On en avait besoin, tu sais ? ». Il lit avec le doigt, comme un enfant, et des images lui viennent à l’esprit grâce à quelques notes d’il y a vingt ans. 

Henri Wozniak, d’origine polonaise, a grandi à Loos-en-Gohelle. Ou mieux, sous Loos-en-Gohelle. Lorsqu’il a commencé à travailler à la mine, en 1949, il n’avait que quatorze ans. « J’étais tout petit, je passais partout », s’exclame-t-il, fier. « Même à travers des tunnels pas plus grands que ça, tu sais ? », il montre avec ses mains. Henri est descendu pour la première fois dans la fosse 8. Il était galibot, terme en ch’ti pour définir les enfants employés aux travaux souterrains dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais.

Mineur, il a travaillé sous terre pendant 35 ans : au fond des fosses 1, 2, 7, 12, 14, 15 et 11-19 des mines de Loos-en-Gohelle-Lens, jusqu’à 1984. Galibot, mineur, puis porion, superviseur d’une fosse, peu à peu il est monté en grade. « Il faut raconter son histoire! Il adorait la mine, il connaissait tous les coins ci-dessous », explique Marie, sa voisine.

© Diaporama Sonore : Stefano Lorusso

Pourtant, Henri retrace sa vie par épisodes éparpillés, sans ordre chronologique. Chaque histoire a un début et une fin, mais pas la sienne. Il ne se rappelle que de ce qui l’a marqué, par à-coups.

Lorsque on commence à parler de la mine, tout d’abord il raconte de l’accident. « Je devrais avoir 50 ans. J’étais à 80 mètres de profondeur. J’avais ramené du matériel, le machin… l’équipement. Et puis ils ont mis la machine en route, le machin… La chaîne s’est cassée et tout m’est tombé dessus. Mes camarades ils m’ont pris, ils m’ont remonté. J’ai eu de la chance ! », il en rigole, mais ses mains tremblent. Lorsqu’il raconte sa vie, il prend son temps pour choisir les mots dont il ne se souvient plus. Et s’il ne les trouve pas, il se contente de dire « machin ».

Henri avec son casque de mineur. © Stefano Lorusso

Henri observe une photo de groupe en noir et blanc : « Là, c’est moi ! ». Les cheveux plus foncés, le casque de mineur sur la tête, mais l’expression de son regard reste la même. Il fait des longues pauses, avant de recommencer à parler. Le son des aiguilles résonne.

« J’ai dû quitter mon travail pendant mon service militaire en Allemagne et après à cause de la guerre en Algérie. Mais un jour mon patron m’a appelé. Il m’a demandé de revenir, ils avaient besoin de moi. Du coup j’ai abandonné la guerre et je suis retourné à la mine ».

Marie a raison : il en parle avec nostalgie, la mine, sa mine, chez lui. « Mon travail n’était pas fatiguant, j’étais habitué à la chaleur, à la terre sur le visage, à l’obscurité », raconte-t-il. Christiane nous montre l’ancienne lampe de mineur de son mari. Elle est lourde, on sent encore l’odeur du carbone. D’un geste, Henri  soulève la lampe et l’accroche sur le côté, comme avant : touours ça que la maladie d’Alzheimer n’aura pas.

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