Illettrisme en Nord-Pas-de-Calais : la lecture à voix haute comme une solution

Dans la région de Nord-Pas de Calais, près de 12% des habitants sont en difficulté de lecture. Le problème touche plutôt les jeunes. Des initiatives naissent, comme la formation de lectrices pour lire à voix haute, comme à Loos-en-Gohelle.

Lectrice Marie-Françoise TEN lis l'album pour les enfatns © M-F TEN

Lectrice, Marie-Françoise TEN lit un album pour les enfants © M-F TEN

« A la tête d’une petite école, j’ai essayé de trouver la solution dans mon établissement : c’est la lecture à haute voix », explique Marianne Caron. La directrice de l’école Casadesus à Hulluch, près de Lens, s’engage avec l’association « Lis avec moi ». Elle organise des interventions régulières, entre les parents, enfants et lecteurs/lectrices bénévoles.

L’association « Lis avec moi » propose de la lecture à haute voix pour les enfants, adolescents, parents et aussi pour les détenus dans le prison. Objectif : donner envie de lire et d’apprendre. Les enfants passent du temps à choisir des livres et à les écouter. « Pour lutte contre l’illettrisme, avant tout, il faut transmettre l’envie de lire aux enfants, des plus petits aux plus grands ».

Différence entre l’illettrisme et l’analphabétisme

Même en ayant été scolarisées, les personnes illettrées ne possèdent pas une «  maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante », selon l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI). Par exemple, un illettré a du mal à déchiffrer ses courriers, les emballages des aliments et ont des difficultés à remplir les documents administratifs.

On parle d’analphabétisme quand la personne ne maîtrise absolument pas la lecture et qu’elle ne sait pas écrire, souvent parce qu’elle n’a jamais eu l’occasion de suivre un apprentissage ou qu’elle a développé des capacités permettant de contourner ce handicap.

 

Mariane CARON, directrice d'école maternelle Casadesus à Hulluch © Stefano Lorusso

Mariane CARON, directrice d’école maternelle Casadesus à Hulluch © Stefano Lorusso

Pour Marianne Caron, l’école a un rôle majeur de la prévention et de la lutte contre illettrisme. En nouant un partenariat entre la famille, l’association et les enfants. C’est ce qu’on appelle la « co-éducation », un travail la main avec les parents.

La solution de la lecture à haute voix

Reste que le métier de lecteur ou la lectrice n’est pas encore officiellement considéré comme une profession. « Ah bon ! C’est un métier ça ?… Et vous êtes payés pour ça ? » Réflexion souvent entendue par les lecteurs de « Lis avec moi ». C’est le témoignage qui ressort de l’ouvrage collectif L’album, une littérature pour tous les publics. Pour Marianne Caron, la formation lectrice pour les papas-lecteurs et mamans-lectrices est l’une des solutions contre l’illettrisme.

Le préface de « l’album, une littérature pour tous les publics » paru novembre 2010, et fruit de Forum permanent des pratiques en Nord-Pas de Calais, le résume très bien : « Ce ne sont que de petits signes noirs sur du papier blanc. La lecture nous rend plein de paroles dans la vie. Ce ne sont que de petits signes noirs sur du papier blanc. Pourtant ce sont des portes qui ouvrent vers le monde. Ils sont comme le voyageur qui vous accueillez dans votre maison. Des signes secrets qui ont des trésors. Allez-y ! Creusez !». 

Etat des lieux dans la région

Le site officiel du Ministère de l’Éducation Nationale affiche environ 12% d’illettrisme au Nord-Pas de Calais en 2016. En 2011, l’INSEE notait que la région Nord-Pas-de-Calais comptait « 12 % des personnes âgées de 18 à 65 ans connaissant des difficultés graves ou importantes face aux fondamentaux de l’écrit, contre une moyenne nationale de 7% ». Soit près de 170 000 personnes dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais et 2,5 millions de personnes à l’échelle nationale. « Le différentiel de la région avec la moyenne nationale s’est réduit puisque ces chiffres s’élevaient respectivement à 15%et 9%en 2004 « , note l’INSEE dans un rapport datant de décembre 2012.

 

Zoom sur la faune et la flore exceptionnelle des terrils de Loos-en-Gohelle

Saviez-vous que les terrils possèdent une flore et une faune exceptionnelle ? Hier chargés du poids de l’image négative de la région, ces montagnes de cailloux abritent aujourd’hui une biodiversité fascinante à observer. Top 6 des incontournables des terrils.

Plantes

Le figuier

Un jour, un specimen a germé à l’improviste sur un flanc du terril: normalement dans la région il ne pousse même pas dans les jardins ! Même si les figuiers de terrils ne donnent jamais réellement de fruits à cause du manque de soleil, ils figurent en bonne place dans le top des espèces originales.

Une légende raconte que le pépin originel est venu directement du Maroc, dans les bagages d’un mineur de la fosse 11/19. En effet à l’époque, lors de leur pause-déjeuner, les mineurs jetaient leurs déchets de nourriture dans des wagonnets, qui étaient déversés… directement au sommet des terrils !

Le pavot cornu

Cette espèce rustique et vigoureuse, qui pousse normalement dans les dunes et dans les terres incultes, fait partie des plantes pionnières, c’est-à-dire les premières ont réussi à s’implanter spontanément sur le sol nu. On le reconnaît grâce à son feuillage vert-bleu ondulé et à ses fleurs de coquelicot d’un jaune orangé. Son système de racines très longues et pivotantes lui permet de garder une certaine tenue dans les sols drainés, s’accrochant même aux pierres encore mobiles.

Un exemplaire de pavot cornu fleuri sur le terril © Arianna Poletti

Le seneçon du cap

Cette espèce herbacée très envahissante, aux fleurs d’un jaune vif, fait partie des plantes qui sont arrivées sur le terril grâce aux hommes. Originaire d’Afrique du Sud, elle arrive en Europe lors des guerres 14-18 et 39-45. Elle produit des grains à forte capacité de dissémination, qui volent au vent et s’accrochent facilement aux habits. La tradition veut qu’elle soit arrivée en France par intermédiaire des toisons de moutons importées de la ville de Mazamet, dans le Sud, par les usines de Calais. Elle s’est vite répandue dans le bassin minier où on la retrouve souvent au bord des routes ou des voies ferrées.

Le rosier sauvage

Autrement appelé Rosa Canina, c’est un arbuste épineux à fleurs rosées qu’on trouve surtout en plaine et qui sert de base pour les greffes des arbres. Ses fruits, les cynorhodons, sont très riches en vitamine C et sont utilisés pour réaliser des gelées, des sirops et des confitures. Ils sont appelés familièrement ‘gratte-culs’ : un terme qui évoque l’effet irritant des poils qui se trouvent à son intérieur au contact de la peau. Les enfants du territoire s’amusent souvent à les enfiler dans le derrière des chemises de leurs camarades.

Animaux

Le Crapaud calamite

Cet habitant de taille petite du terril aime l’altitude et se refuge habituellement dans les zones les plus tranquilles et humides pour pondre ses œufs, comme des flaques d’eau par exemple. Il se cache souvent sous les pierres et sous les morceaux de ferrailles et de bois qui forment l’ancien tapis minier. Il se distingue par une ligne jaune ornant son dos verdâtre. Au début de la saison des amours, en mai, les mâles chantent au cours de la nuit. Ce chant en cœur est très puissant  : il peut être entendu jusqu’à deux kilomètres de distance !

Le lézard des murailles

On trouve tout un cortège de ces lézards protégés au niveau des terrils. De couleur marron-gris, avec une longue queue, ils apprécient les expositions ensoleillées et ils pondent leurs œufs sous les pierres. Mais le mode de ponte dépend du milieu : dans le sud de la France, ils sont vivipares : les petits naissent sans enveloppe ni coquille.

Le merle à plastron

Cet oiseau migrateur au plumage brun part chaque année des pays du Nord pour descendre jusqu’en Afrique. C’est en remontant qu’il s’arrête sur les terrils au printemps pour se reproduire. Pour mieux observer l’évolution et les déplacements de ces oiseaux migratoires, des opérations de baguage sont organisées durant trois semaines.

Un champ de fleurs aux pieds du terril © Arianna Poletti

Le saviez-vous ?

Dans les années 80, la majorité des Loossois n’avait jamais mis les pieds sur les terrils. Ces collines de roches et de ‘gaillettes’ noires, déchets de l’extraction minière, étaient considérées comme de gigantesques poubelles. Dans ce territoire post-industriel, la nature a repris ses droits : elle représente même un patrimoine varié très intéressant à étudier et à préserver.

Au début de la reconquête verte, les plantes les moins exigeantes et les plus capables de s’adapter aux conditions particulières ont ouvert le bal. Ce sont elles qui ont ensuite permis l’installation d’autres nombreuses espèces.  Le microclimat des terrils contraste avec le territoire alentour. Les pentes sont plus sensibles à l’érosion. Les températures sont plus élevées (de 5 degrés en moyenne) à cause de la couverture noire qui absorbe mieux les rayons du soleil.  La composition du sol est plus acide et dépourvue de substances chimiques. Le milieu est globalement plus sec et aride, puisque les tas de cailloux présents ne tiennent pas l’eau.

 

Merci à Francis Maréchal, président du CPIE Chaine des Terrils, passionné de nature et ornithologie et organisateur de balades guidées, qui a permis la réalisation de cet article.

 

Loos-en-Gohelle et le vote frontiste : comment le bassin minier a basculé de la gauche à l’extrême droite ?

Après un demi-siècle d’alternance entre socialistes et communistes, l’ancienne région du Nord-Pas-de-Calais change de direction. Dans le bassin minier, Loos-en-Gohelle est un exemple de ce basculement. Comment s’explique ce virage brusque entraînant une chute en piqué de la gauche ?

Une ville cassée en deux. A Loos-en-Gohelle, 51,7% des habitants a voté Front National au deuxième tour des législatives en mai dernier. Un résultat prévisible. Lors des présidentielles, Marine Le Pen avait déjà culminé 57% des suffrages exprimés lors du second tour, le premier tour ayant affiché un tiercé Le Pen, Mélenchon et Macron. Aux législatives c’est l’abstention qui gagne (plus de 50% lors des deux tours).

 

Une affiche du député Front National (FN) José Evrard pour élections législatives de 2017 dans la cité Belgique de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais). Derrière, une affiche décolorée du leader de la France Insoumise (FI), Jean-Luc Mélenchon – © Stefano Lorusso

Cette petite ville n’est qu’un exemple. C’est justement dans l’ancien bassin minier que le Front National réalise ses meilleurs scores au niveau national. Quatre députés ont été élus rien que dans le département Pas-de-Calais. Dans la troisième circonscription, celle dont Loos-en-Gohelle fait partie, José Évrard l’a remporté. Ancien communiste passé au Front National, son histoire est le miroir de celle du bassin minier. Après cinquante ans d’alternance entre socialistes et communistes, l’ancienne région du Nord-Pas-de-Calais change radicalement de couleur politique. Et Loos-en-Gohelle aussi.

Parler de Front National à Loos-en-Gohelle

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Par contre, à Loos-en-Gohelle, personne a envie d’en parler : « J’en sais rien », « c’est la faute des autres », « j’étais à la mer le jour des élections ». Un grand tabou. Pourtant, le Front National détient aujourd’hui un nouveau record le bassin minier.

« Franchement, je n’ai rien à dire » : parler de politique au marché de Loos-en-Gohelle est compliqué, parler du Front National l’est encore plus. « Notre mairie est de gauche, on le connaît, ici tout le monde se connaît. Le résultat du Front National m’a choqué. Ici c’est comme ça, on ne dit rien, c’est la mentalité des gens », analyse Éveline, la cinquantaine, en rangeant son étal au marché.
Michel, éducateur de 55 ans, est né et a grandi à Loos-en-Gohelle. Il ne comprend pas non plus : « C’est la catastrophe. L’ancien monde ouvrier communiste est passé au Front National. Je n’arrive pas à comprendre ! Je continue à voter à gauche. Je connais des gens qui votaient à gauche – qui votaient les communistes ! – et qui sont passés au Front National. Mais ils ne le disent pas : les gens ici votent FN, mais aucun ose annoncer la couleur. Si mon père savait… », murmure-t-il. Pour continuer à parler plus librement, il préfère s’éloigner des autres clients du marché.

Mère de deux jeunes engagés contre le FN, Marie travaille depuis longtemps dans le secteur associatif : « Ici à Loos-en-Gohelle c’est compliqué » , s’énerve-t-elle. « Loos-en-Gohelle a toujours voté à gauche, on ne se posait même pas la question. Nos grand-parents ont été les protagonistes des luttes sociales. Il n’y a aucune liste frontiste, donc les gens n’osent pas se révéler » . Pour le moment, effectivement, le FN n’est pas officiellement représenté à Loos-en-Gohelle. « De plus, notre mairie est de gauche ! », exclame-t-elle.

« J’ai voté Front National parce que j’ai rien à perdre. Au moins, eux, ils nous considèrent. »

Un paradoxe ? Dans la ville pionnière du développement durable, le maire écologiste Jean-François Caron triomphe depuis 2001 aux municipales. Mais le FN gagne sur d’autres élections, présidentielles et législatives en particulier.

Cindy est l’une des rares qui ose parler de son vote Front National. Au chômage, cette mère célibataire habite la Cité Belgique avec ses deux filles et ses trois chiens. Les six occupent une maison minuscule. Un gâteau moelleux m’accueille sur la table.
« Je respecte notre maire, je ne dis pas qu’il n’est pas un bon maire. Mais au niveau national c’est différent. Il faut essayer. On le voit déjà avec Macron : la situation ne s’améliore pas pour nous, les petits. Regardez la baisse des APL. J’ai voté Front National parce que j’ai rien à perdre. Au moins, eux, ils nous considèrent ». Arrivée ici en 2004, elle reste reconnaissante : « Heureusement que cette maison m’a été attribuée, sinon j’aurais été sans un toit et j’aurais perdu la garde de mes filles. Je ne peux pas être contre celui qui m’a aidée ». Pour elle, soutenir au niveau local les Verts et à l’échelle nationale le FN, c’est possible. Et même pas contradictoire.

Une maison abandonnée au 23 rue du Sénégal, dans la cité Belgique de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

La perte d’espoir dans la politique

A la Cité Belgique, l’une des trois quartiers de Loos-en-Gohelle, le refrain est toujours le même. « Rien ne changera ». La situation est bien différente par rapport au centre-ville. « Parler de politique ? », Rémi rigole. Deux tatouages colorés de la légion étrangère lui marquent les bras. Lui, ancien mineur, a grandi dans le quartier ouest de Loos-en-Gohelle. Il l’a vu changer. « Je votais Parti Communiste mais aujourd’hui je me considère anarchiste. Ils sont tous les mêmes, j’ai perdu l’espoir dans la politique ».

Une autre habitante du quartier, Claire* est d’accord. Cinq enfants à élever, elle baisse les yeux, elle a du mal à avouer qu’elle est au chômage : « J’en sais rien, je n’ai même pas la télévision. J’ai voté blanc parce que je ne savais pas qui choisir : ça ne change rien de toute façon. Par contre, mon copain vote Front National ». Gabriel, lui, est maçon. Il s’approche avec suspicion à la clôture de son jardin. Il a essayé les deux : « J’ai voté à gauche et à droite. Ces dernières élections, je n’ai pas voté. Rien n’a changé dans notre quotidien. Donc c’est inutile ». Les explications restent élusives, difficile de connaître les attentes et d’avoir une argumentation plus précise.

Cindia habite la Cité 5. La situation est différente. L’ambiance est plus sereine. Le quartier est résidentiel  : y habitent beaucoup de familles. Pourtant elle lâche : « La politique pas du tout. La politique, c’est l’argent des autres. »

Cachées derrière les terrils jumeaux, les Cités restent aujourd’hui à l’écart de la ville. La grande route de Béthune coupe la ville en deux : d’un côté le centre ville, de l’autre, à plus de deux kilomètres de distance, les quartiers ouest. Les deux n’ont pas beaucoup d’occasions de se rencontrer. Avant, la vie de ces quartiers dépendaient étroitement de la mine. Aujourd’hui, avec la fermeture du dernier puits en 1990, certains habitants connaissent des lourdes difficultés économiques. Le quartier a changé de visage. Ici, les gens qui ont choisi le FN sont nombreux.

« Tout le monde est sans emploi ici, tous mes voisins. J’ai voté Front National pour voir, enfin, changer les choses. »


« Avant, c’était la compagnie minière qui s’occupait du quartier. Si on ne faisait pas le jardin, on avait une amende. Entre hier et aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé »
, explique Patricia. Retraitée, elle habite à la Cité Belgique depuis toujours. Elle a envie de parler : « J’ai grandi ici, c’est mon quartier. Je peux vous dire que avec la fermeture des mines ça a été la déprime sociale », elle baisse la voix. Dans son quartier, se trouvent aujourd’hui les logements sociaux, attribués aux plus démunis : « Tout le monde est sans emploi. Il n’y a pas de solidarité entre voisins dans ma rue. Il y a beaucoup de problèmes. »  Elle a voté Front National. « Je l’avoue, je n’ai rien à cacher, moi. J’ai voté Front National pour voir, enfin, changer les choses. Ou au moins essayer. Je n’ai rien à perdre ». « Le FN s’occupe des petits, de nos problèmes », confirme sa voisine Cindy. Selon elles, le Front National les considère dans leurs discours, sans pour autant énumérer des propositions précises.

Un habitant de la cité Belgique de Loos-en-Gohelle taille les plantes de son jardin – © Stefano Lorusso

Du Parti Communiste au Front National : José Evrard élu député

José Evrard, le nouveau député Front National de la troisième circonscription dont Loos-en-Gohelle fait partie, incarne également le basculement de la région. Fils de mineur et de résistants, ayant longtemps milité dans le Parti Communiste Français (PCF), il garde de nombreux souvenirs de son passé : « J’ai grandi dans une famille de résistants, j’ai manifesté. J’ai grandi dans le monde des mines. Et je suis le témoin vivant de la liquidation du bassin minier dans ses aspects les plus négatifs ».

Quelles sont les raisons de cette pirouette à 360° ? Selon le député « l’électorat de gauche est en train de glisser. Les politiques socialistes n’ont pas répondu aux exigences. Le décalage entre promesses et actes est évident, surtout dans cette région qui est traditionnellement de gauche. Beaucoup de citoyens pauvres au chômage n’ont plus voulu réitérer les erreurs du passé ». Son parcours pourrait apparaître incohérent, mais José Evrard raconte de « n’avoir jamais abandonné les mêmes idéaux de justice sociale et de lutte sociale ». Ce communiste déçu a trouvé dans le programme de Marine Le Pen « des propositions sociales très fortes : augmenter le SMIC, protéger les français et l’industrie interne ». Et une opportunité d’être élu alors que la gauche s’effondre.

Le député FN José Evrard a été élu avec le 52,94% des voix dans la 3ème circonscription du Nord (ex Nord-Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

Après un demi-siècle d’hégémonie (et parfois de dérapages) dans le bassin minier, la gauche a perdu pour beaucoup sa crédibilité. Ouvrant une voie royale au Front National, plébiscité par des citoyens qui se sentent oubliés.

* le prénom a été changé

 

Arianna Poletti et Stefano Lorusso

Les rêves des jeunes Loossois : rendre leurs vies utiles

Chacun a ses propres rêves, petits ou grands. Les jeunes de Loos-en-Gohelle vont vous le prouver. Dans le petit village du Pas-de-Calais, certains adolescents rêvent de réussir, de se construire un avenir et surtout d’être utile aux autres.

Quatre adolescents du Centre de la Jeunesse Julie Nodot ont accepté de partager leurs rêves. Tous ont quinze ans, des ambitions différentes mais une même envie de servir et d’être utile aux autres.

Voyager sur la lune et faire du commerce

Ophélie BERNUS, lycéenne au lycée Robespierre

Ophélie BERNUS, 15, étudiante au Lycée Robespierre /© Photo : Oudom HENG

« Moi, je me vois devenir une femme d’affaire et voyager autour du monde » affirme Ophélie Bernus, étudiante au Lycée Robespierre. Ophélie rêve de visiter différents pays. Voire même sur la lune ! « Comme j’adorerai rencontrer d’autres cultures, je me dis que l’idéal est d’évoluer professionnellement dans le commerce : j’associe ainsi deux aspects pour voyager tout en travaillant. Je me verrai bien dans le commerce international de vêtements par exemple. » Pour cette adolescente, ce qui pourraient l’aider à réaliser ses rêves serait d’apprendre à parler plusieurs langues. Ophélie étudie déjà l’espagnol et l’anglais, elle débute tout juste allemand.

« Il ne faut pas compter sur une seule langue. Je sais que je dois apprendre et comprendre le maximum de langues possibles. Comme ça, quand j’arrive dans un pays, je pourrait parler plus facilement avec les gens ». Ophélie sait déjà que dans trois ans, son baccalauréat en poche, elle devra décrocher un BTS commerce international avant de commencer cette aventure.

Devenir un magicien célèbre

Antoine WARWZYNIAK, Lycéen loossois de Saint Paul à Lens

Antoine WARWZYNIAK,15, lycéen à Saint Paul à Lens /© Photo : Oudom HENG

Étudiant loossois du Lycée Saint-Paul, à Lens, Antoine Warwzyniak rêve vraiment d’être magicien. D’emblée, Antoine raconte comment il a rencontré son idole préférée, Dani Lary, magicien illusionniste français : « J’ai envie de devenir magicien depuis que je suis tout petit. J’avais 6 ans quand ma famille m’a emmené voir un spectacle de Dani Lary. Lors du spectacle, il a choisi une personne dans la salle pour monter sur scène avec lui. Et c’était moi ! », raconte le jeune garçon des étoiles plein les yeux. « Sur scène, je reste bouche bée, je n’ai pas pu parler pendant presque cinq minutes même si Dani m’a demandé plusieurs fois mon prénom. Finalement, j’ai enfin pu participer au tour de magie avec lui : on a fait voler une table par exemple. C’est depuis ce moment, que je sais que je veux devenir magicien ».

©Vidéo : Clémence Labasse

Aujourd’hui, Antoine sait faire des tours de cartes. Il a toujours un tour dans son sac pour amuser ses amis. En ce moment, il enchaine les petits spectacles d’illusion, autour de séances d’hypnose. En espérant un jour réussir des tours magistraux, comme faire disparaître des spectateurs… Dani Lary n’a qu’à bien se tenir.

Soigner les armées françaises

Flavie DELVALLET, 15, lycéenne à Condorcet à Lens /© Photo : Oudom HENG

Élève du Lycée public Condorcet à Lens, Flavie Delvallet a également 15 ans. À l’école et même dans la famille, elle est une personne capable de remonter le moral des membres de sa famille ou de ses amis. Pendant son temps libre, elle gagne son argent de poche en faisant du baby-sitting, car elle aime beaucoup les bébés.

Les rêves de Flavie s’orientent vraiment du côté de l’humanitaire. « Je voudrais devenir infirmière militaire, car je veux soigner les soldats français à l’étranger, en Afrique ou ailleurs. Pour moi, cela permet de soigner ceux qui consacrent leur vie pour nous protéger. »

Si elle n’y arrive pas à devenir infirmière militaire, elle souhaiterait devenir psychologue. Flavie aime voyager. Elle souhaiterait aller au Canada pour faire toutes ses études.

Entre voyageur, assistante sociale et juge pour enfants

Valentine PAILLARD, 15, lycéenne de quinze ans à Saint-Paul à Lens /©Photo : Oudom HENG

Valentine Paillard n’a pas qu’un seul rêve : elle en a carrément trois ! Cette lycéenne de quinze ans étudie à Saint-Paul à Lens. Comme beaucoup de jeunes, Valentine rêve de voyager partout dans le monde, mais « pas forcément le monde entier, seulement les villes principales ».

Elle aimerait pouvoir travailler dans le secteur des aides sociales, car rendre service aux enfants et aux femmes lui tient à cœur. Cette jeune fille engagée sait clairement ce qu’elle veut faire dans l’avenir : travailler comme assistante sociale, ou alors carrément être juge des enfants. Pourquoi ces deux métiers ? Parce qu’elle a vu trop souvent, à la télévision, au cinéma, dans les médias, des images de femmes battues et d’enfants victimes de la misère et de la violence. Elle conclut : « Il faut rendre notre vie utile pour la société ».


Et vous? Nos chers lecteurs, avez-vous des rêves? Quels sont-ils?

René Hurez : une vie par et pour le football

A Loos-en-Gohelle, René Hurez est encore et toujours arbitre au sein de l’USSM (Union sportive Saint-Maurice) le club de football de Loos-en-Gohelle. C’est l’un des plus anciens arbitres évoluant sur les stades. Il a… 69 ans !

Quand j’ai rencontré René Hurez, je n’ai pas pu pas croire qu’il était âgé de 69 ans. Et pourtant, c’est le plus ancien arbitre français évoluant encore sur les stades. Dès l’école primaire, il s’est passionné pour le ballon rond. « Les établissements scolaires des mines organisaient beaucoup de compétitions », raconte le sportif, svelte et avenant. Plus tard, il est repéré par le gardien du RC Lens. « Les choses sérieuses ont commencé avec une proposition pour jouer au Havre avant de revenir jouer à Grenay« .

René est à l'USSM depuis... 46 ans !

René est à l’USSM depuis… qu’il a 25 ans ans! Crédit Ran Wei

Le 24 avril de 1968, c’est la catastrophe : lors de l’entraînement, René Hurez se défigure en tombant. Il aura fallu de multiples opérations pour réparer les dégâts. Si René a retrouvé visage humain (« un vrai miracle »), sa carrière de joueur professionnel est terminée. Il a seulement 25 ans.

C’est alors qu’un ami lui propose de devenir arbitre. Après avoir réussi tous les examens, il se retrouve à nouveau sur le terrain, arbitrant pour l’USSM (Union sportive Saint-Maurice), le club de football de Loos-en-Gohelle. Il officie aussi dans d’autres stades, à raison de 25 matchs par an pour la ligue Nord-Pas-de-Calais en amateur.

Rester sur le terrain

Pour se maintenir en forme, René Hurez ne boit pas d’alcool et fait très attention à son alimentation pour éviter de prendre du poids. « Je fais aussi des entraînements réguliers pour passer l’examen de santé des arbitres qui a lieu chaque année. Surtout, je dois mobiliser ma mémoire pour retenir toutes les nouvelles règles du football. Et il y en a beaucoup ! ». Ce qui désole le plus René Hurez, « c’est que les jeunes ne respectent plus l’arbitre : les agressions sont de plus en plus nombreuses sur le terrain ».

René Hurez est entré au comité directeur de l’USSM : il fait tout pour faire évoluer le club dans la ligue Nord-Pas-de-Calais. Et cela fera bientôt 45 ans que ça dure!

 

 

Pourquoi certains jeunes veulent rester à Loos-en-Gohelle

Alors que dans ma Chine natale, l’exode rural est massif, je me suis demandé pourquoi beaucoup de jeunes veulent rester à Loos-en-Gohelle.

Quand nous sommes arrivés à Loos-en-Gohelle, Océane Ten, 24 ans nous a accueilli en gare de Lens. En rencontrant d’autres habitants, nous nous sommes rendus compte que l’animatrice du quartier ouest n’était pas la seule « jeune » à apprécier Loos-en-Gohelle.

En Chine, beaucoup de jeunes ne veulent plus travailler dans les petites villes ni dans les villages. Les jeunes, et même les moins jeunes -quadragénaires-, veulent partir à l’assaut des grandes cités urbaines. Selon les données du bureau national des statistiques de Chine, en 2012, les villes comptent désormais 690 millions de personnes, ce qui signifie qu’un peu plus de la moitié des habitants du pays sont désormais des citadins. C’est la première fois dans l’histoire du pays que la population des villes excède celles des campagnes. De 2008 à 2013, pas moins de quinze millions de personnes ont déménagé de la campagne vers la ville, à commencer par Pékin et Shanghaï. A cette allure, bientôt, les campagnes compteront moins de 40% de Chinois à la campagne.

Mon expérience personnelle confirme ces chiffres. En juin dernier, lorsque j’ai visité le village natal de mon père, qui compte 46 000 habitants, j’ai pu constater que l’endroit était habité essentiellement de quinquagénaires. La plupart des maisons situées autour de celles de ma grand-mère s’étaient vidées.

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Le village chinois / Crédit Ran Wei

Tandis qu’à Loos-en-Gohelle (7000 habitants), la situation me semble vraiment différente. Plus de jeunes profitent de leur travail ici, comme dans le centre de jeunesse par exemple ou encore au sein de la mairie, ou dans le cybercoin. Partout, j’ai vu des employés relativement jeunes. D’après l’Institut National des Statistiques (INSEE), la tranche des 45-59 ans représente 22% de la population (1 453 habitants) suivi de celle des 0-14 et des 15-29 ans.

Pourquoi ces jeunes veulent-ils rester ici ?

La raison la plus importante, selon les jeunes, c’est la situation géographique de cette ville. Tiphaine, l’animatrice de centre jeunesse, a refusé un emploi dans la ville voisine de Lens (36 000 habitants) il y a deux ans pour s’installer à Loos-en-Gohelle. Selon elle, la convivialité entre les voisins et la chaleur des habitants lui convient parfaitement. Marc-Antoine Dupuich, l’animateur de Cybercoin, a la même opinion : « Travailler en étant proche des gens, c’est ce que je préfère », explique le trentenaire. Il aime ce lien si particulier qui le lie aux élèves, à leurs parents et aux retraités qui viennent apprendre à utiliser l’informatique dans son Cybercoin.

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Marc-Antoine Dupuich, animateur Centre Jeunesse Crédit Ran Wei

Outre la relation proche entre habitants, la tranquillité et la sécurité du village constituent un autre facteur qui pousse certains trentenaires à rester ici. « A cause la concentration au sein des grandes villes, certains personnes deviennent agressifs et dangereux », explique Thomas Lanvin, un étudiant en motricité travaillant comme saisonnier au centre jeunesse. Il préfère vivre dans les petits villages, plus calmes et paisibles que les grandes villes.

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Les jeunes travaillent au centre jeunesse / Crédit Ran Wei

Au delà de leur satisfaction de vivre « à la campagne », je découvre aussi un aspect culturel car en France, la loi du travail reste très protectriceet octroie la même chose partout en France (à commencer par le SMIC, le salaire minimum de croissance) alors qu’en Chine, chaque ville ou village fixe lui-même le montant du plus bas salaire possible. Ce qui implique, que contrairement à la Chine, le choix de son lieu de résidence n’influe pas directement sur le niveau de ses revenus. Chez moi, vivre dans les petites villes implique gagner moins, surtout au Nord et à l’Ouest de la Chine.

D’ailleurs, la distance et les temps de trajets entre les villes et les villages est souvent assez dissuasive : il est quasiment impossible de travailler à la ville et de vivre à la campagne. Ce qui me fait dire qu’avec leur ouverture d’esprit, les Français peuvent s’installer où bon leur semble, ce qui est encore très loin d’être le cas en Chine : nous ne sommes pas aussi libres que nous l’imaginons.

 

 

Le centre jeunesse de Loos-en-Gohelle : comment ça marche ?

Chaque été, le centre de jeunesse de Loos-en-Gohelle accueille plusieurs dizaines de jeunes par été. Présentation en quatre questions.

 

Qui peut s’inscrire au centre jeunesse?
Tous les jeunes de 11 à 17 ans de Loos-en-Gohelle et des environs peuvent s’inscrire au centre jeunesse. L’inscription durant les vacances d’été coûte 10€ par semaine. Si un jeune ne peut pas payer sa cotisation, il peut en contrepartie de son adhésion aider à l’organisation d’activités. L’idée est de favoriser l’accès aux loisirs à tous.

 

Pourquoi aller au centre jeunesse ?
Le centre jeunesse propose des activités quotidiennes, pour que les jeunes puissent sortir de chez eux mais aussi découvrir la région avec une équipe d’animateurs qui les encadre. Le centre est ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 17h00, durant les heures de bureau classiques afin de faciliter l’organisation des familles.

 

Qui gère le centre jeunesse ?

Le centre jeunesse est géré par Les Francas, une Fédération nationale d’éducation populaire, qui s’occupe des loisirs éducatifs chez les jeunes. La mairie de Loos-en-Gohelle leur attribue un budget. La mairie et l’association signent une convention, dans laquelle ils citent les objectifs à atteindre pour l’année. Les Francas prennent en charge l’organisation des activités, en rémunérant notamment les animateurs.

 

Qui travaille au centre jeunesse ?

Le centre jeunesse de Loos-en-Gohelle emploie trois salariés à l’année (un à temps plein et deux à temps partiel). Ils sont directement employés par l’association Les Francas, complétant leur activité par d’autres missions dans les villes environnantes. Tous possèdent au moins leur BAFA voire des diplômes supérieurs.

Art et terrils : un amour de longue date

Après la fermeture des mines pendant les années 80 une question s’imposait aux Loossois : que faire des énormes terrils qui surmontaient la ville ? Certains proposent de raser ces symboles d’une richesse désormais terminée, d’autres hésitent.
Grace à une politique culturelle innovante, les citoyens décident enfin non seulement de garder les terrils à leur place, mais d’en faire un lieu de création artistique.
Retour en images sur cinq éditions du festival Son et lumières.

1986 :
Le terril devient un petit Kilimanjaro : le sommet est recouvert de poudre de calcaire. Au programme aussi des séquences pyrotechniques et illuminations par rayon laser.

1987 :
Grand jeu scénique nocturne : le terril est reconverti en scène, sur laquelle se déroulent des pièces expressément conçues.

1988 :
Le festival est désormais un rendez-vous fixe pour les Loossois. Le chevalet de la base d’extraction du 11-19 se refait une beauté… éphémère.

2003 :
Plus de 15 ans après, le festival est toujours aussi riche en spectacles et performances.

2012 :
La base du 11-19 en feu et flammes.

Crédits : Mairie de Loos-en-Gohelle
Retrouvez l’intégralité des images des archives de la mairie de Loos-en-Gohelle ici
Musique : Balancing Act, Underscore Orchestra

L’association Loos N’Gourma au coeur d’actions au Burkina Faso

Depuis 1981, l’association Loos N’gourma basée à Loos-en-Gohelle soutient  le village de Sampieri dans la commune de Kantchari au Burkina Faso. 

Quel lien entre Loos-en-Gohelle et Sampieri, village où l’association intervient dans le domaine de l’agroécologie ? Comment une Loossoise est-elle tombée sous le charme du Burkina Faso, au point de s’investir pendant toutes ces années ? Quelles sont les actions de l’association au Burkina Faso?

Rencontre avec Béatrice Bouquet, présidente de l’association depuis 1994.

Béatrice Bouquet, président de Loos N'Gourma crédit Photo: Shi Xiaohan

Béatrice Bouquet, Présidente de Loos N’Gourma
crédit Photo: Shi Xiaohan

D’un voyage touristique à une vie d’engagement!

L’histoire qui lie Béatrice Bouquet et le Burkina Faso date d’au moins 35 ans. A l’époque, encore jeune fille, Béatrice s’intéresse déjà aux questions internationales. Avec ses soeurs, elle rêve même de faire le tour du monde, et de l’Afrique en particulier.

Son premier voyage sur le continent africain se fera avec des amis. Tous s’envolent pour la première fois au Bénin en Afrique de l’Ouest. Nous sommes au début des années 80. A l’époque, avec son mari, Béatrice décide de faire d’une pierre deux coups. Elle profite pour visiter ses partenaires au Burkina Faso. Son coeur reste alors définitivement en Afrique. “Ce premier voyage m’a donné l’occasion de mettre en oeuvre ce à quoi je pensais depuis toujours : notamment en aidant les écoles et les hôpitaux. Mais pas que, il y a aussi la joie et le bonheur qu’on reçoit des autres. C’est un enrichissement mutuel. Je peux donc dire que l’accueil de la population a influencé mon engagement.

 

600 paysans déjà formés

Aujourd’hui, l’association se développe essentiellement à Kantchari, une ville de quelques milliers d’âmes à l’Est du Burkina Faso. Loos N’Gourma y propose notamment d’échanger sur différents thèmes dont l’agroécologie (une façon de concevoir des systèmes de production de façon à respecter l’environnement), un thème très cher à l’association.

Près de 600 paysans ont déjà été formés dans la région, ce qui est énorme dans une ville où l’agriculture représente 95% des ressources. “Il a eu tellement d’engouement pour la formation que le lieu est carrément devenu un centre de formation à Sampieri l’un des villages de la commune pour apprendre l’agriculture, la lecture et l’écriture, l’énergie solaire, la construction mais aussi la gestion bio digesteur (une cuve qui permet de générer du biogaz grâce aux matières organiques).”

Dans cette commune, huit forages ont déjà été installés dans les villages pour faciliter l’accès à l’eau. L’association a finalement construit, avec l’aide de huit partenaires privés et publics dont le conseil départemental du Pas-de-Calais, un centre d’hébergement en internat avec la méthode de construction des « voûtes nubiennes » (une technique novatrice utilisant la terre comme matière première). C’était une première dans la région.

Béatrice Bouquet , en arrière plan, la photo de la carte du Burkina Faso Crédit Photo: Shi Xiaohan

Béatrice Bouquet , en arrière plan, la photo de la carte du Burkina Faso
Crédit Photo: Shi Xiaohan

Encore des défis

« Notre prochaine étape, c’est d’être reconnu par l’Etat burkinabé comme une école de formation » explique Béatrice Bouquet au local de l’association de la rue Roger Salengro à Loos-en-Gohelle. « Nous ne nous positionnons pas en donneur des leçons mais l’on s’appuie sur les structures du pays. Nous réfléchissons à comment améliorer ce qui se fait déjà”. Parallèlement, plusieurs autres actions ont été menées, à commencer par la réhabilitation d’une maternité, la construction d’une bibliothèque, l’installation d’une halte garderie.  L’association envisage de faire encore plus, toujours dans le domaine du développement durable et de l’agroécologie.

Impliquée à Loos-en-Gohelle

En attendant, l’association sera présente lors de la Semaine de la solidarité internationale, organisée en novembre de chaque année à Loos-en-Gohelle. Elle réunie une dizaine d’associations du collectif de la Gohelle pour l’éducation au développement et à la solidarité internationale. L’événement accueille de nombreux participants dont les écoliers, afin qu’ils se rendent compte des difficultés d’accès à l’éducation d’autres enfants dans le monde. Il y a également toutes sortes d’animations et chaque année des nouveaux thèmes : cette année, place notamment à un concert de musique malienne avec Badala Foly.

“ Le monde est en mouvement, nous devons prôner le vivre ensemble”  précise Béatrice Bouquet, “c’est d’ailleurs le thème que nous allons développer cette année avec les participants, lors de la semaine de la solidarité.”

Une correspondance entre le Burkina et Loos

L’association N’Gourma a tissé le lien entre deux jeunes filles, qui ne sont âgées que d’une dizaine d’années à l’époque : Océane Ten, à Loos-en-Gohelle et Florence à Sampieri. Océane n’a jamais mis un pied au Burkina Faso mais c’est à travers les lettres qu’elle voyage : « J’y ai découvert les modes de vies, les coutumes, les tenues vestimentaires, bref j’ai été plongée dans le quotidien des habitants de ce petit village ».

Les deux filles partagent leur quotidien par lettres interposées. “Nos échanges tournaient autour de notre vie de tous les jours. On parlait des fêtes de noël, je savais qu’elle allait puiser de l’eau dans les puits, qu’à un moment sa soeur était souffrante, etc. » Océane recevait aussi des photos. « Sans m’être jamais rendue dans son village, je peux le décrire. Une fois, elle m’a envoyé un costume typiquement burkinabé, je l’ai gardé pendant longtemps. C’était un bel échange culturel entre nous. » Aujourd’hui, sa correspondante est enseignante d’anglais. Même si les échanges de lettres ne sont plus réguliers qu’autrefois, elles ont gardé contact. « D’ailleurs, je dois lui envoyer une lettre un de ces jours” , conclut-elle sourire aux lèvres.

 

Ange Kasongo

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