Des témoignages canadiens centenaires dans les souterrains de Loos-en-Gohelle

Avec des crayons bleus, ils s’écrivaient sur les murs des directives. Ils dessinaient pour faire passer le temps. Certains ont carrément sculpté dans la paroi. Ces oeuvres sont restées intactes dans des souterrains qui ont contribué à la l’histoire de la guerre à Loos-en-Gohelle.

La redécouverte

Ces souterrains sont connus de la population depuis bien longtemps « Mon beau-père, qui est né en 1934, me racontait que dans son enfance, il lui arrivait d’aller y jouer » raconte Gilles Payen, bénévole de l’association Loos sur les traces de la Grande Guerre. « Cependant, ils ont du être fermés à un moment pour des raisons de sécurité ».

Dans les années 1990, le maire de l’époque Marcel Caron décide de mettre en place un projet de champignonnière avec des jeunes dans le cadre des travaux d’utilité communautaires (TUC). Avec l’aide des anciens mineurs Henri Wozniak et Alfred « Fredo » Duparcq (l’actuel président de l’association Sur les traces de la Grande Guerre), ils dégagent l’entrée de ces tunnels laissés à l’abandon.

Le groupe britannique Durand Group, composé de bénévoles historiens et archéologues de renom, décide dans les années 2000 de visiter ses souterrains et de les explorer en profondeur. En 2001, une bénévole de l’association Sur les traces de la grande guerre, Isabelle Pilarowski, décide de prendre en photos l’ensemble des graffitis retrouvés sur les parois des tunnels, et commence à chercher les références des soldats-artistes.

Les traces d’une guerre centenaire

Durant la première guerre mondiale, trois grandes batailles vont se jouer à Loos-en-Gohelle. Lors de la bataille de Loos, en 1915, les Britanniques réalisent le premier jour une percée à travers les tranchées allemandes et prennent la ville de Loos. Cependant, faute d’approvisionnement et de communications, les Allemands les repoussent finalement hors du site. Plus de 50 000 soldats y perdent la vie. Désireux néanmoins de se rapprocher le plus possible du front adverse, les Britanniques envoient leurs tunneliers gallois creuser au sud-est du village. De janvier 1916 à avril 1917, les deux armées se livrent une guerre de souterrains. On connaît aujourd’hui ce système souterrains comme le « Copse Tunnel ».

En août 1917, il y a exactement 100 ans, le lieutenant-gouverneur canadien Arthur Currie décide de capturer la Cote 70 lors d’une mission pour reprendre la ville de Lens des mains ennemies. Ils repoussent les Allemands vers Vendin-le-Vieil, à l’emplacement actuel de la Grande Résidence, à Lens. Les canadiens décident dès alors de se réapproprier les tunnels allemands et de les relier aux souterrains britanniques. Et ils avaient emmené avec eux… des crayons bleus.

 

 

Stock et Perry: l’amitié jusqu’au bout ?

George W. Stock, né en 1884 à Londres, en Angleterre et Kenneth F. Perry né en 1897 à Arnprior en Ontario sont tous deux engagés dans le 5ème bataillon des Forces expéditionnaires canadiennes. Le premier a les yeux bleus, les cheveux bruns et à 33 ans. Le second n’a que 20 ans, il a les yeux foncés et les cheveux bruns. Aucun des deux hommes n’est marié.

On retrouve les graffitis de deux soldats côte à côte. Ils meurent à trois jours d’intervalle, Perry le 15 août et Stock, le 18. Aujourd’hui on peut trouver la tombe des deux hommes, enterrés l’un à côté de l’autre, au Loos British Cemetery, à quelques pas du nouveau mémorial canadien de la Cote 70.

 

Loos-en-Gohelle : des habitantes retracent l’histoire de résistants ayant protégé des enfants juifs durant la seconde guerre mondiale

De l’héroïsme et du mystère : il n’en fallait pas plus pour que trois habitants de Loos-en-Gohelle se lancent dans une enquête historique de haut vol. Ils ont patiemment retracé l’histoire de ce couple ayant hébergé des enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Ils ont vu apparaître le nom des Tysiak pour la première fois dans les pages d’un magazine d’histoire locale en 2005. Ces trois lignes, traduites d’un texte polonais datant du 1945, décrivaient un couple de paysans loossois comme des courageux bienfaiteurs… ayant risqué leur vie en hébergeant deux enfants juifs pendant l’occupation !

Depuis, Sylviane Roszak, Jacqueline Lucas et Florence Chaumorcel se sont lancés à la recherche de l’histoire de famille. Cet héroïsme, entouré de mystère, devient leur obsession. Elles veulent à tout prix reconstruire toute l’histoire et rendre hommage à tous ses protagonistes. Problème : le nom de Tysiak ne figure plus dans les fichiers des archives de la mairie.

La maison de la famille TYSIAK, aujourd’hui reconstruite © Martina Mannini

Au numéro 206 de la route de Béthune, à l’entrée d’une petite maison familiale entourée de champs, une plaque discrète rappelle que cette maison a caché des enfants juifs pendant la guerre. Elle rappelle qu’au temps des premières rafles nazies, les résistants polonais du POWN, les réseaux de résistants polonais, préparaient leurs actions de sabotage entre les quatre murs de la cuisine. Qu’à l’extérieur, dans le jardin, étaient disséminés et enterrés des armes et des explosifs. Et surtout, que dans le réduit attenant à la ferme, deux enfants de 9 et 2 ans venus de Lens, passaient leurs journées en cachette à lire, dessiner et parler entre eux à voix étouffée, dans le noir.

Le dossier Tysiak

Sylviane Roszak, ancien professeur d’histoire au collège René-Cassin de Lens, connait désormais cette histoire par cœur. Elle la raconte encore avec une grande émotion. C’est, grâce à elle, aussi, si désormais on connait cet acte héroïque un peu partout en France.

La première fois qu’elle a frappé à la porte de cette maison de mineurs, en octobre 2007, c’était pour proposer à une dame toute frêle de partager son témoignage avec ses élèves. La classe participait cette année-là au concours national de la résistance, dont le thème était  ‘Résistance et sauvetage’. Et Marianna Sloma, la vieille dame en question, était la seule survivante de la famille Tysiak ayant connu cette époque.

Installée depuis soixante ans à Loos-en-Gohelle, l’octogénaire « avait une mémoire prodigieuse, un esprit très vif et pouvait raconter des tas d’anecdotes ». Sylviane et son amie et ancienne parent d’élève Jacqueline Lucas, racontent par exemple qu’elle cachait des messages du réseau POWN dans ses longs cheveux tressés afin de les transmettre à vélo, d’une boite postale à l’autre. Grâce au bruit de la grille d’entrée de la maison et du chien qui aboyait, les petits juifs savaient qu’ils devaient courir se réfugier à la porcherie, grimper par l’échelle du grenier et se cacher sous la paille. Marianna Sloma, fillette à l’époque, jouait avec ces deux enfants, leur apprenant notamment des prières catholiques.

Après la libération, ils ont longtemps continué d’avoir peur de sortir au soleil après deux ans de cachette, de craindre le cri des cochons, d’avoir la sensation d’être toujours surveillés au point d’avoir le réflexe protecteur d’apprendre l’allemand au collège. Marianna le sait car elle a longtemps conservé les liens avec eux : Myriam Troper et Norbert Cymbalista ont été scolarisés à Loos-en-Gohelle jusqu’en 1950. Pris ensuite en charge par la communauté de Lens, ils sont passés par une maison d’enfants à Versailles pour enfin partir vivre en Israël. Ils étaient même revenus dans l’après-guerre pour revoir Marianna Sloma.

 

Sylviane ROSZAK et Jacqueline LUCAS aux cotés de la stèle des Justes Loossois © Martina Mannini

Après cette rencontre prodigieuse et émouvante, Sylvaine Roszak a poursuivi ses recherches et a lancé des appels à témoins dans les journaux locaux, afin de recueillir d’autres témoignages. Elle gratte un peu et elle retrouve des personnes qui, dans le coin, se souviennent d’avoir aperçu les enfants pendant la nuit, dans le jardin, ou qui les ont retrouvés à l’école après la guerre. « Maintenant j’ai compris pourquoi les Tysiak prenaient autant de lait ! » s’était alors exclamé un dénommé Carpentier, l’éleveur de bovins de la route de Béthune.

Vers la remise des médailles

Après avoir pris contact avec les deux « enfants cachés », Myriam Troper et Norbert Cymbalista, Sylviane s’est accordée avec eux pour monter un dossier adressé à Yad Vashem, le mémorial des victimes de la Shoah situé à Jérusalem. Elle veut obtenir la reconnaissance de la famille des Loossois et leur faire attribuer le titre de « Justes parmi les Nations ». En brulant quelques étapes, les renseignements généraux viennent, mènent leur enquête et en 2009, les membres de la famille Tysiak sont nommés membres d’office de la Légion d’Honneur. Leurs noms sont aujourd’hui gravés sur le mur d’honneur dans le Jardin des Justes à Jérusalem. Lors de la remise officielle des médailles, un monument des Justes est inauguré à Loos-en-Gohelle, dans le square de la rue Jean Leroy. Marianna Sloma meurt quelque temps plus tard. Juste après avoir connu la notoriété conséquente aux reportages télé et aux articles de la presse régionale et nationale.

La plaque commémorative à l’entrée de la maison des Tysiak, route de Béthune © Martina Mannini

Le dossier Baudry

Qui sont vraiment ces deux enfants et pourquoi se réfugient-ils à Loos-en-Gohelle? Autrement dit : qui est à l’origine de cette histoire de sauvetage ? Sylviane et ses amies se sont posées cette même question.

Retour en arrière. Dans les années 40, les Cymbalista travaillaient comme tailleurs à Lens. Des bribes d’information sur de la rafle du Vel d’Hiv à Paris en juillet 1942 alimente ce qu’on croyait être une rumeur à l’époque.  Les Cymbalista décident alors de mettre leurs enfants à l’abri pour un moment. Leur voisin Emile Baudry, commerçant,  les conduit à la campagne en pleine nuit avec une charrette jusque Loos-en-Gohelle. Il avait chargé leurs affaires et leurs petits lits d’enfant. Les époux Cymbalista comptaient aller récupérer bientôt Myriame et Norbert. Mais c’était sans compter leur arrestation le 11 septembre 1942 par les Allemands. Ils sont déportés à Auschwitz, d’où ils ne reviendront jamais.

Plusieurs années de silence plus tard, en 2002, lors de la cérémonie du 60ème anniversaire de la rafle de Lens, le fils d’Emile Baudry, le commerçant, dévoile en l’histoire en parlant de l’attitude courageuse de son père pendant la guerre. Il se demande pourquoi personne n’a d’ailleurs demandé également une reconnaissance.

C’est un professeur retraité d’histoire de Lens, M. Durand, qui en parle à Sylviane Roszak, l’enseignante à l’origine de la reconnaissance de Marianna Slowa qui avait accueilli les enfants juifs.

Ultime témoignage

Grâce à l’intervention de Florence Chaumorcel, bibliothécaire à la médiathèque de Loos-en-Gohelle et amie des deux femmes loossoises, un article paru dans le journal L’Avenir de l’Artois permet à Monique, la belle-fille d’Emile Baudry de contacter les Sloma.

Son témoignage est important pour la suite : Monique apprend à Marianna Slowa que quelque temps avant la mort la famille Baudry avait essayé à plusieurs reprises de retrouver la trace des deux enfants juifs sans y parvenir. Monique va plus loin: elle partage la copie d’une attestation de la mairie qui rapporte qu’Emile Baudry n’avait pas cédé :aux intimidations des feldgendarmes, nom de la police militaire allemande à l’époque. Il avait affirmé que les deux enfants avaient été déportés avec leurs parents !

Jacqueline Lucas entourée des pièces des dossier Tysiak et Baudry © Martina Mannini

Aujourd’hui, grâce aux efforts de Sylviane Roszak et de ses amies, une résidence qui porte le nom de monsieur Baudry à été réalisée par le SIA (un bailleur social) à Lens, inaugurée en 2016. Un dossier de Juste est actuellement instruit pour son action en Israël et en France.

Pour que, au nom de leur bravoure, les noms des Tysiak au même titre que le nom de Baudry passent à la postérité.

Centenaire de la bataille de la Cote 70 : les péripéties d’un mémorial inespéré (2/2)

Depuis hier lundi 15 août, la bataille canadienne de la Cote 70 à Loos-en-Gohelle a officiellement cent ans. La construction du mémorial pour l’occasion a été l’objet de bien des rebondissements. D’un côté à l’autre de l’Atlantique, la communication n’a pas toujours été facile. Chronologie.

Mis à jour le 17 août 2017

On attend du grand monde à Loos-en-Gohelle. Le 22 août prochain, le mémorial canadien au coeur de Loos-en-Gohelle ouvrira officiellement ses portes aux publics, après deux ans de construction. Entièrement financé par des dons privés de Canadiens, via l’entremise du Comité Cote 70, l’histoire de la construction de cet édifice n’a pas été simple. Retour sur les grandes dates du mémorial.

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D’où vient le nom Loos-en-Gohelle ?

Ceux qui passent à Loos-en-Gohelle ne connaissent pas  forcément l’origine du nom de cette petite ville de 7 000 habitants. Ils se questionnent (ou pas) de savoir d’où vient l’appellation « Loos-en-Gohelle » ? Voici la réponse !

Panneaux de rue dans la Ville fleurie à Loos-en-Gohelle © Mairie de Loos-En-Gohelle

Panneaux de rue dans la Ville fleurie à Loos-en-Gohelle © Mairie de Loos-En-Gohelle

Extrait du livre Loos en Gohelle à la recherche de son passé.

Extrait de Loos en Gohelle à la recherche de son passé

Loos-en-Gohelle est composé de deux mots-clés importants : Loos et Gohelle. Le mot Loos existe même avant 1500 ans. Selon les recherches effectuées par un groupe de Loossois parues dans un livre intitulé Loos-en-Gohelle à la recherche de son passé, paru en 1982, en supplément des Echos Lossois; Loos veut dire « les prés marécageux. » Dans ce même livre, on apprend cependant que Loos veut dire aussi « le Bois », d’après M. L. Ricouart dans son ouvrage Étude sur les nom de lieux du département du Pas-de-Calais.

Ce livre montre aussi que les mots « Gohelle » ou « en Gohelle » correspondent au territoire de l’Artois. Il s’agit de la partie occidentale du doyenneté de Lens. Les racines étymologiques de ce mot sont nombreuses : Goièle, Gohier, Gauheria, Gauhière (vieux français) Gohelle, Goelle, Gouelle, Göll (vieil allemand)…

En 1937, l’Etat français décide finalement de donner définitivement à la ville le nom de Loos-en-Gohelle.

Pour clarifier tout cela, nous avons rencontré Francis Maréchal, l’adjoint actuel du maire de Loos-en-Gohelle. Cliquez sur la vidéo ci-dessous afin de découvrir les explications de ce sage Loossois.

L’explication audio – de meilleure qualité – de Francis Maréchal :

Portrait d’un ancien mineur à Loos-en-Gohelle : l’histoire d’Henri Wozniak

Henri Wozniak, 83 ans, est l’un des sept anciens mineurs de Loos-en-Gohelle encore en vie. Il observe une vieille photo de groupe : « Là, c’est moi ! ». Les cheveux plus foncés, le casque de mineur sur la tête, mais l’expression de son regard reste la même d’aujourd’hui. Un témoignage précieux. 

Quel âge avez-vous monsieur? « Maintenant ? Ah je ne sais plus ». Henri Wozniak a 83 ans, précise Christiane. Henri a la maladie d’Alzheimer; recueillir son témoignage est d’autant plus important. Il observe les vieilles photos en face de lui, éparpillées sur la table en bois. Ses yeux étincelants bougent derrière ses lunettes à la recherche d’un souvenir : la mine, le service militaire, la guerre. Le résumé de sa vie est juste à l’arrière-plan, derrière lui, accroché au mur : une lettre abîmée, une photo de deux mineurs au travail, la gravure sur bois des terrils jumeaux, symboles de la ville de Loos-en-Gohelle. Et une horloge. Le son de ses aiguilles marque le temps qui passe.

Henri Wozniak regarde une vieille carte de Loos-en-Gohelle. © Stefano Lorusso

Henri continue à observer les vieilles photos et les articles. Christiane les arrange sur la table. Sa femme répond à sa place, Henri acquiesce. Son récit ne commence que quand il aperçoit un carnet noir. Et il se met à lire : « Outillage, éclairage, ventilation, sécurité, personnel, évacuation des produits… On en avait besoin, tu sais ? ». Il lit avec le doigt, comme un enfant, et des images lui viennent à l’esprit grâce à quelques notes d’il y a vingt ans. 

Henri Wozniak, d’origine polonaise, a grandi à Loos-en-Gohelle. Ou mieux, sous Loos-en-Gohelle. Lorsqu’il a commencé à travailler à la mine, en 1949, il n’avait que quatorze ans. « J’étais tout petit, je passais partout », s’exclame-t-il, fier. « Même à travers des tunnels pas plus grands que ça, tu sais ? », il montre avec ses mains. Henri est descendu pour la première fois dans la fosse 8. Il était galibot, terme en ch’ti pour définir les enfants employés aux travaux souterrains dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais.

Mineur, il a travaillé sous terre pendant 35 ans : au fond des fosses 1, 2, 7, 12, 14, 15 et 11-19 des mines de Loos-en-Gohelle-Lens, jusqu’à 1984. Galibot, mineur, puis porion, superviseur d’une fosse, peu à peu il est monté en grade. « Il faut raconter son histoire! Il adorait la mine, il connaissait tous les coins ci-dessous », explique Marie, sa voisine.

© Diaporama Sonore : Stefano Lorusso

Pourtant, Henri retrace sa vie par épisodes éparpillés, sans ordre chronologique. Chaque histoire a un début et une fin, mais pas la sienne. Il ne se rappelle que de ce qui l’a marqué, par à-coups.

Lorsque on commence à parler de la mine, tout d’abord il raconte de l’accident. « Je devrais avoir 50 ans. J’étais à 80 mètres de profondeur. J’avais ramené du matériel, le machin… l’équipement. Et puis ils ont mis la machine en route, le machin… La chaîne s’est cassée et tout m’est tombé dessus. Mes camarades ils m’ont pris, ils m’ont remonté. J’ai eu de la chance ! », il en rigole, mais ses mains tremblent. Lorsqu’il raconte sa vie, il prend son temps pour choisir les mots dont il ne se souvient plus. Et s’il ne les trouve pas, il se contente de dire « machin ».

Henri avec son casque de mineur. © Stefano Lorusso

Henri observe une photo de groupe en noir et blanc : « Là, c’est moi ! ». Les cheveux plus foncés, le casque de mineur sur la tête, mais l’expression de son regard reste la même. Il fait des longues pauses, avant de recommencer à parler. Le son des aiguilles résonne.

« J’ai dû quitter mon travail pendant mon service militaire en Allemagne et après à cause de la guerre en Algérie. Mais un jour mon patron m’a appelé. Il m’a demandé de revenir, ils avaient besoin de moi. Du coup j’ai abandonné la guerre et je suis retourné à la mine ».

Marie a raison : il en parle avec nostalgie, la mine, sa mine, chez lui. « Mon travail n’était pas fatiguant, j’étais habitué à la chaleur, à la terre sur le visage, à l’obscurité », raconte-t-il. Christiane nous montre l’ancienne lampe de mineur de son mari. Elle est lourde, on sent encore l’odeur du carbone. D’un geste, Henri  soulève la lampe et l’accroche sur le côté, comme avant : touours ça que la maladie d’Alzheimer n’aura pas.

Trois nouvelles peintures pour le 100e anniversaire de la bataille de la Cote 70

« Je n’aurais rien pu en faire de toute façon. » Voilà l’une des raisons étrange qui a mené l’artiste peintre Josiane Wiart d’Arras à donner mercredi 9 août trois de ses peintures sur les monuments canadiens de la région au petit musée Alexandre Villedieu de Loos-en-Gohelle. Une donation qui tombe à point nommé pour les commémorations du centenaire de la bataille de la Cote 70.

Josiane WIART pose avec l’une de ses peintures au musée Alexandre Villedieu © Clémence Labasse

À quelques pas de la mairie de Loos-en-Gohelle se terre un petit musée dont les portes ne s’ouvrent que sur rendez-vous. Le musée Alexandre Villedieu, tenu par des bénévoles loossois, recèlent des trésors d’histoire qui pour la plupart ont 100 ans ou plus. Ce sont des reliques de la grande guerre, notamment de la bataille de la Cote 70 qui a vu s’affronter en 1917 les troupes allemandes et canadiennes à quelques kilomètres de la ville.

Le 9 août, Josiane Wiart du groupe artistique Bellon de Saint-Nicolas-lez-Arras a enrichi le musée de trois nouvelles pièces. Trois peintures, qui ne seront cependant présentées au public que le 22 août, lors d’une exposition conjointe à l’inauguration du mémorial canadien de la ville.

« J’ai réalisé le tableau de la pleureuse de Vimy à l’occasion d’un concours en 2007 par la Société des Rosati sur le visage du Nord-Pas-de-Calais » raconte l’artiste retraitée. « Si vous regardez bien, à l’horizon vous pouvez apercevoir les deux terrils de Loos. »

Les trois œuvres données au musé Alexandre Villedieu © Clémence Labasse

Les deux autres œuvres ont été réalisées en 2017, à l’occasion du centenaire des batailles canadiennes de la région. Elles représentent le mémorial de Vimy, à 20 minutes de Loos-en-Gohelle et l’anneau de la Mémoire, un mémorial international plus récent situé à Notre-Dame-de-Lorette.

Qu’est-ce qui a poussé cette donation ?

« Ce genre de tableaux ne s’exposent pas vraiment dans une maison, ou ailleurs. Il faut vraiment que ça parle à quelqu’un. Ça ne se vend pas, » explique Madame Wiart. « Je n’aurais rien pu en faire de toutes façons. »

L’artiste espère que dans le musée, sous les yeux de visiteurs venus des quatre coins du mondes, ses tableaux pourront trouver une nouvelle vie.

Retour sur l’histoire de la Chaîne de Terrils, qui a ressuscité les « crasseux »

La Chaine des Terrils, créée en 1989, est l’une des plus anciennes associations de Loos-en-Gohelle. Elle a non seulement permis de réhabiliter les terrils du 11-19 mais a insufflé un mouvement de préservation à l’échelle du bassin minier.

« Une ancienne parmi les anciennes associations à Loos-en-Gohelle », sourit Francis Maréchal. L’association La Chaîne des Terrils a été créée en 1989 avec quelques dizaines des personnes bénévoles de Loos-en-Gohelle. « Au début, c’étaient surtout des militants, soucieux de préserver les terrils.

Evènements fédérateurs

On les appelait « collectif terrils » de 1988 jusqu’à 1994. Le but du rassemblement était de faire prendre conscience du potentiel des terrils, de les valoriser et d’organiser des opérations médiatiques en rapport », détaille l’actuel président de l’association, qui énumère plusieurs évènements comme l’embrasement des terrils, le concours de nouvelles ou de photos. Certaines communes, à l’image de Loos-en-Gohelle, souhaitaient également garder les terrils comme patrimoine.

Photo Net B ancien de la CdT2_opt

Crédit photo CPIE, La Chaine des Terrils

 

C’est à partir de cette volonté commune que le petit groupe s’est agrandi : comme ils étaient de plus en plus nombreux, les adhérents ont choisi le nom La Chaîne de Terrils, comme un fil invisible qui relierait les terrils du bassin minier.

Multitude de projets

Parmi les premiers projets, ont été mis en place l’inventaire du biotope, les premières animations et visites de terril, la mise au point de la charte de préservation, d’aménagement et d’exploitation. La Chaîne de Terrils s’est ainsi structurée petit à petit : l’association a ainsi pu développer au fur et à mesure des activités pédagogiques, touristiques et sportives.

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crédit photo : CPIE La Chaine des terrils

 

« Il y a même des activités que l’on organisait à l’époque, comme des sorties en VTT sur les terrils, et que nous ne reconduisons plus puisque naturellement, les habitants ont pris le réflexe d’aller rouler sur les terrils » poursuit Francis Maréchal. Au fil du temps, les premiers permanents salariés ont été embauchés. Ils ont mis en place du premier programme régulier d’animations. Ils ont par exemple édité le livre Terrils Majeurs en sol Minier.

Évolution régionale

Les collectivités sont peu à peu entrées au conseil administration de l’association. La Chaine des Terrils a obtenu plusieurs agréments, concernant son rôle dans la protection de la nature (de la préfecture du Pas-de-Calais), pour l’organisation d’évènements sportifs (de la Direction départementale de la Jeunesse et des Sports- DDJS), pour l’enseignement (avec le label « association éducative complémentaire de l’enseignement public »).

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crédit photo : CPIE La Chaine des Terrils

Entre 2001 et 2004 , la Chaîne des Terrils se professionnalise toujours plus. Elle intègre le réseau national CPIE-Centre permanent d’initiatives pour l’environnement. Elle décroche le label « savoir plaire ». Elle développe des activités comme l’éducation à l’environnement, la formation, la gestion des espaces, le tourisme, le loisir de proximité et les sports.

Nouvelles perspectives

À partir de 2004, de nouvelles perspectives se sont profilées avec la création de l’Union Régionale des CPIE (pour une action spécifique au Nord-Pas-de-Calais) mais aussi le projet de trame verte à l’échelle du bassin minier (une sorte de corridor biologique traversant le territoire) et bien sûr la démarche pour la reconnaissance du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco. La bonne nouvelle est tombée il y a quatre ans maintenant.

Neima Ahmed

Loos raconte Loos : sur les traces de la Grande guerre

Il y a vingt ans, “Loos sur les traces de la Grande Guerre” a créé le musée Alexandre Villedieu. L’association est gardienne de l’histoire de la ville pendant la Première Guerre mondiale. Gilles Payen fait partie des 25 bénévoles et propose de visites gratuites du musée et des lieux de bataille près de Loos-en-Gohelle. Il nous raconte comment est née sa passion pour l’histoire.

“Bataille de Loos-en-Gohelle, 25/09/1915”, peut-on lire sur son tee-shirt. “Je n’ai pas fait exprès”, précise-t-il. Enseignant de technologies à Béthune, Gilles Payen est guide volontaire au musée Alexandre Villedieu.

Situé près de la mairie de Loos-en-Gohelle, ce petit musée tire son nom d’un ancien combattant de la Grande Guerre. Il traite des batailles qui ont eu lieu dans la ville et aux alentours. L’association “Loos sur les traces de la Grande Guerre” l’a fondé il y a maintenant vingt ans. Et compte aujourd’hui 25 membres. “Nous sommes tous bénévoles, âgés de 18 à 86 ans, précise Gilles Payen. L’ainé est notre président, Alfred Duparcq”.

Animé par des bénévoles

L’association loossoise se compose de profils différents, qui ont en commun la passion pour leur ville et pour l’histoire de la Première Guerre mondiale. Pour devenir guides, “nous n’avons pas suivi une formation spécifique mais nous lisons beaucoup”, explique Gilles Payen.

Gilles Payen, guide volontaire au musée Alexandre Villedieu
 Crédit photo : Sofia Nitti

Gilles Payen, guide volontaire au musée Alexandre Villedieu
 Crédit photo : Sofia Nitti

A travers ses trois petites salles, le musée possède un fonctionnement assez inédit. “Nous n’avons pas vraiment d’horaires d’ouverture et fermeture. La réservation des visites se fait par mail. Celui qui parmi nous est libre vient faire découvrir le musée”.

Un musée sans horaires mais aussi et surtout des parcours sur mesure. Les visiteurs peuvent choisir de se rendre sur les terrils pour mieux comprendre le mouvement des troupes pendant les batailles. Ils peuvent également visiter le cimetière où repose John Kipling, fils de l’écrivain du Le Livre de la Jungle. Ou encore faire le tour de la « côte 70 », théâtre de batailles extrêmement meurtrières.

De toute l’Europe

“Une fois, un touriste américain voulait retrouver le lieu exact où était mort son grand-oncle”, s’étonne Gilles Payen. Depuis deux décennies, le musée Alexandre Villedieu reçoit des visiteurs de toute l’Europe, Grande-Bretagne en tête. “Heureusement, cette année, nous avons accueilli un nouveau membre qui parle anglais et allemand”, se félicite le guide.

Quant à la passion de Gilles Payen pour les batailles de 14-18, elle n’est pas née dans les bouquins. “J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire de la ville dans la Grande Guerre il y a quinze ans. En faisant mon jardin, j’ai trouvé des barbelés, des obus…” C’est comme cela qu’il a décidé d’intégrer l’association. “J’ai d’abord suivi le président et les autres guides… puis j’ai pris mon envol !”

Sofia Nitti

Découverte du musée Alexandre de Villedieu, au coeur de la réalité des tranchées

2016 : 20e anniversaire du musée Alexandre Villedieu. Il nous permet, le temps d’une visite, de se rapprocher de la réalité quotidienne des soldats de la Grande-Guerre. Le musée porte le nom d’un ancien soldat Français, dont la dépouille a été retrouvée en 1996.

Au premier étage du foyer Omer Caron, situé juste à côté de la mairie de Loos-en-Gohelle, se niche le musée Alexandre Villedieu. Qui n’ouvre ses portes que sur rendez-vous. Il faut monter quelques marches pour y arriver. A l’entrée, un gigantesque drapeau canadien, offert par la ville voisine de Vimy lors du 90e anniversaire de sa bataille il y a neuf ans.

La visite commence dans une première salle, dont on aperçoit à peine les murs d’un bleu céleste. Les étagères sont surchargées d’objets ayant appartenu à des soldats de la Grande Guerre. Plus de 3 000 vestiges sont exposés. Alors que l’on s’attend à voir des armes de guerre, ce sont les objets du quotidien qui dominent. Cuillères, brosses à dents, rasoirs, lunettes, pipes et un étonnant stylo est mis en valeur dans le coin de la salle. Ce stylo est à l’origine de la création du musée, qui porte le nom de son propriétaire, Alexandre Villedieu.

 

Un stylo célèbre

Retrouvée il y a 20 ans avec le corps de son détenteur, la plume Watterman du soldat Alexandre Villedieu a attiré les regards de la France entière. « Lorsque le stylo a été découvert dans la ville de Loos-en-Gohelle, on s’est vite rendu compte qu’il fonctionnait encore, avec l’encre d’origine ! », explique le guide bénévole.

Rapidement, ce sont des milliers d’objets retrouvés dans les jardins et dans les champs que les Loossois ramènent à la mairie. À l’initiative de l’association « Loos sur les traces de la Grande Guerre », un musée a été créé pour exposer les vestiges loossois. Et en filigrane, pour expliquer les batailles qu’a connues la commune.

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Vestiges de la Grande-Guerre exposés au musée Alexandre Villedieu
Crédit : Sofia Nitti 

Trois grandes cartes ont réussi à occuper un petit espace de mur face aux étagères surchargées qui occupent l’essentiel de l’espace. Ces cartes dessinent les grandes lignes de trois batailles importantes pour la ville. La bataille du 9 mai 1915, qui avait pour but de faire diversion de « l’offensive de Lorette ». La bataille du 25 septembre 1915 connue sous le nom de « la bataille de Loos ». Et la bataille 15 aout 1917 dite « les faubourgs de Lens », menée par l’armée canadienne.

 

Des objets figés dans le temps

 

Sur les étagères, les vestiges ont une teinte rouille qui tire vers le vert sauge. Ils ne sont pas si différents des nôtres et nous rapprochent brusquement de la réalité de ces hommes qui ont connu les tranchées il y a cent ans. C’est une sensation étrange. Au milieu de la pièce, une immense table ovale est habillée d’un drap turquoise. L’espace manque pour circuler, mais cela ne gêne pas le déroulement de la visite faite sur mesure.

Dans le couloir qui nous mène aux autres salles, des photos de graffitis dessinés par soldats canadiens dans les sous-terrains de Loos-en-Gohelle ornent les murs. La deuxième salle accueille des tableaux de paysages de la région d’un ex-soldat allemand. Étonnamment, aucune de ses toiles ne représente des scènes de guerre.

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Graffitis d’une feuille d’érable 
Crédit : Sofia Nitti

La dernière pièce ressemble à la première, des objets qui appartenaient aux soldats français, anglais, allemands et canadiens. Des posters nomment aussi les personnalités de l’époque mortes dans les batailles qui ont touché la ville. Qui aurait cru que le frère de la reine mère d’Angleterre, Fergus Bowerlyon, était mort en Gohelle?

Dans cette ancienne bibliothèque, sont entreposés une rangée, bien fournie, d’objets qui n’ont pas encore trouvé de place. Ce petit musée, né et alimenté d’initiatives volontaires mériterait un peu plus d’espace pour entreposer tous ces trésors du siècle dernier. La visite s’achève. Elle a commencé il y a plus d’une heure déjà. Le temps passe vite quand les histoires sont bien racontées.

L’histoire de l’étrange rue de Djibouti à Loos-en-Gohelle

Il faut toujours se fier à sa première impression. Elle est déterminante. Quand moi, Roukia, qui viens tout droit de Djibouti a entendu parler d’une « rue de Djibouti », je me suis dit « en voilà une ville accueillante ! ». Un vrai bonheur d’être à Loos-En-Gohelle : la ville est paisible, l’air doux et frais, l’accueil chaleureux et fraternel et si une rue a été baptisée Djibouti, c’est dire s’ils savent mettre à l’aise les étrangers de passage ! « Comme le hasard fait bien les choses », je me suis dit.

DSC01140                                                                     crédit:Neima

Direction la fameuse rue en question qui se situe en fait dans la Cité Belgique. Et là, grande déception : rien ne me rappelle ces terres arides sur lesquelles j’ai grandi. Les maisons sont en briques rouges, toutes identiques, toutes alignées. M’auraient-on trompée avec cette appellation ? J’accoste une jeune femme dans la rue. « Y a-t-il des Djiboutiens qui habitent rue de Djibouti ? », demandais-je. « Non, pas du tout, ce sont plutôt des Marocains et des Belges qui habitent le quartier. »

DSC01157 DSC01154                Crédit: mairie de Loos-en-Gohelle

Il n’y a donc pas de Djibouti à Djibouti. Et encore moins de Djiboutiens. La rue de Djibouti se trouve au final dans la cité Belgique. Je commence à comprendre. Cette cité a été au début du siècle dernier, vers 1908, à l’occasion de la construction de la fosse 11 de la Compagnie des Mines de Béthune, alors basée à Grenay. C’est là qu’on y logeait les travailleurs venus de Pologne, du Maroc, d’Italie, etc. Peut-être y a-t-il eu un Djiboutien mais je commence à douter. La cité Belgique tient surtout son nom de ses occupants, de nombreux Belges qui sont venus travailler à la fosse 5 et à la fosse 11 de Béthune.

belg                                                                    Crédit: Carte postale Loos-en-Gohelle

Depuis 1958, les rues de cette cité portent ceux d’anciennes colonies françaises Africaines: Algérie, Tunisie, Sénégal, Côte d’Ivoire, Soudan, Haute-Volte, Tchad, Oubangui, Cameroun, Gabon, Congo, Niger, Guinée, Dahomey et Djibouti.

 

Roukia Ismaël Ibrahim

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