Décrypter le CD2E : une organisation ambitieuse pour une transition économique écologique

Jean-François Caron est élu maire de Loos-en-Gohelle en 2001. Cette année là, il a créé, plein d’ambition, l’Association de Création et Développement d’éco-entreprise (CD2E). Aujourd’hui, le CD2E est devenu un partenaire incontournable pour la transition économique écologique dans la région. Comment cette association marche-t-elle?

Bâtiment de CD2E Crédit photo: Xiaohan Shi

Bâtiment de CD2E
Crédit photo: Xiaohan Shi

Une vingtaine de consultants travaillent dans un bâtiment de trois étages sur la Base 11-19, un ancien site minier de Loos-en-Gohelle. « Nos cibles principales sont les entreprises de la région Hauts de France, qui sont sensibilisées aux enjeux environnementaux « , explique Alice Salamon, chargée de communication de CD2E.

En quinze ans, le CD2E a accompagné plus que 600 éco-entreprises dans la région, envisageant leur transition afin qu’elles deviennent plus respectueuses de l’environnement tout en préservant leur modèle économique.

Accompagner des entreprises régionales

Diplômée en environnement et communication, Alice Salamon s’intègre dans l’équipe d’analyses de cycle de vie en utilisant au maximum son savoir-faire. L’idée est d’intégrer la prise en compte de l’environnement dans toutes les étapes de la conception d’un produit, d’un procédé, d’un service.

Au CD2E, cette équipe de quatre consultants analyse l’impact environnemental des produits, de la fabrication à la consommation. Ce service, financé à moitié par les entreprises, est souvent sollicité afin de rendre leurs produits plus écologiques.

En utilisant des logiciels spécifiques, ils font des analyses quantitatives qui peuvent  parfois produire des résultats choquants. « Par exemple, une entreprise de rasoir voulait savoir quelle sorte de matière était la plus écologique: pétro-gérée (produite à partir de plastique) ou agro-gérée (produit à partir de maïs). Après l’analyse, on a conclu que les bâtons agro-gérés n’est pas plus écologiques que ceux pétro-gérés « , affirme Salamon. Une constatation étonnante alors qu’on pense souvent que les éléments à base de composants naturels sont plus écologiques.

De l’éco-construction au traitement d’eau, de l’énergie renouvelable au recyclage de déchets, les initiatives du CD2E couvrent six domaines. Dans chaque domaine, le CD2E possède des outils spécifiques pour accompagner les entreprises : un terrain où vingt-deux modèles de panneaux solaires sont installés, un théâtre où sont compilées des technologies les plus innovantes les unes que les autres.

« L’atout du CD2E est sa richesse : une entreprise venue ici peut se renseigner et expérimenter sur toutes les possibilités qu’offre son nouveau modèle économique « , affirme Salamon.

 

Introduction de CD2E

Crédit vidéo: CD2E

Présent à l’internationale

Les efforts du CD2E traversent les frontières du Nord-Pas-de-Calais. L’association fait partie d’un réseau international composé d’organisations écologiques et des institutions de recherche. Quand les entreprises ont des demandes très spécifiques, les consultants du CD2E peuvent ainsi les orienter vers d’autres chercheurs ou experts qui travaillent dans des domaines différents, d’une façon plus pointue.

Des conférences, séminaires et formations sont organisés par le CD2E toute l’année pour faciliter des rencontres « inspirantes » entre entreprises, chercheurs et professionnels. Actuellement, Alice Salamon organise le Congrès d’écotechnologies pour le futur à Lille en novembre. Elle espère la présence d’au moins une soixantaine d’entreprises pour témoigner de leurs expériences en écoinnovations.

« On travaille avec des chercheurs mais nous visons l’application des résultats de ces recherches au sein des entreprises. On travaille avec les entreprises, pas seulement pour le bénéfice « , conclue Alice Salamon en vraie passionnée. « On envisage toujours un futur ou il y a un nouveau modèle économique, c’est pourquoi notre travail est génial. »

 

A la découverte Cybercoin, un centre multimédia pas comme les autres

Le Cybercoin, c’est une ancienne école aux murs jaunes qui a été transformée en espace public numérique Louvre-Lens : il offre des découvertes et des formations en informatique tous niveaux. Reportage.

Des écoliers qui imaginent l’école de leurs rêves sur informatique. Des retraités qui s’initient à internet. Une mère de famille qui vient apprendre à utiliser un logiciel de photomontage. Une ado qui participe à un stage de théâtre. C’est tout ça le Cybercoin et bien plus encore.

La façade du cybercoin, installée dans l'ancienne école Lamendin. Crédit photo : Ran Wei.

La façade du cybercoin, installée dans l’ancienne école Lamendin. Crédit photo : Ran Wei.

Sous l’égide de l’animateur Marc-Antoine Dupuich, les projets un peu fous se multiplient. Dernièrement a été lancée la modélisation de la ville sur Minecraft, un jeu de type « bac à sable » où le joueur est plongé dans un univers qu’il doit construire. Les principaux bâtiments de la ville de Loos-en-Gohelle comme la mairie ou le 11-19 ont déjà été construits. Reste à inciter les habitants à venir modéliser leur maison.

Une vue de Minecraft, le jeu qui va peu à peu modéliser la ville. Crédit Capture d'écran de Mine Craft

Une vue de Minecraft, le jeu qui va peu à peu modéliser la ville. Crédit Capture d’écran de Mine Craft

Du jeu vidéo à la formation

Tout est possible grâce à l’équipement de 12 ordinateurs reliés à Internet et d’une imprimante 3D, appareils photos, caméras, etc. C’est dans ces locaux que sont montées les émissions L’Entrevue lossoise par LoosTV (les plateaux de tournage étant situés juste à côté du Cybercoin). Une radio libre, ITriathlon, s’intéresse au sport et à la musique. Bientôt, le Cybercoin pourra même faire voler un drone pour prendre des photos et des vidéos du ciel !

La salle du cybercoin est bien équipée. Crédit photo Ran Wei.

La salle du cybercoin est bien équipée. Crédit photo Ran Wei.

Le Cybercoin n’est donc pas seulement un centre internet, il est à la fois un atelier, un centre de ressources et de formation. « Il est ouvert gratuitement à tous : on peut à la fois venir pour consulter librement internet ou utiliser les logiciels installés« , explique Marc-Antoine Dupuich, animateur du Cybercoin. Chaque semaine, une centaine d’écoliers et une trentaine d’adultes viennent profiter de ce bel outil.

De l’informatique à la botanique

Tout au long de l’année, le Cybercoin organise également régulièrement des séances pour proposer des initiations : comment surfer en toute sécurité, comment monter une vidéo, comment utiliser un logiciel photo, etc. « Nous recevons sur des élèves et des retraités qui viennent pour apprendre à utiliser un ordinateur et surfer sur internet, précise  Marc-Antoine Dupuich. « Bien sûr, les enfants viennent ici pour les jeux vidéo aussi »

Marc ANtoine Dupuich (à droite) ne fait donc pas que dans l'informatique. Crédit photo Cybercoin.

Marc Antoine Dupuich (à droite) ne fait donc pas que dans l’informatique. Crédit photo Cybercoin.

Prochainement, la cour devrait se transformer en un jardin de cocagne avec de nombreux bacs de culture. Car pour le Cybercoin, botanique rime aussi avec numérique puisque tout est toujours histoire de transmission de savoirs. Thym, menthe, roquette, tomates et potirons ont déjà été plantés !

 

 

Trois projets-phares du développement durable à Loos-en-Gohelle

Après la fin de l’exploitation du charbon en 1986, les élus loossois ont mis en place différents projets pour inverser la tendance. Depuis plus de quinze ans,  Loos-en-Gohelle mise tout sur le développement durable. Zoom sur trois projets. 

Le 11-19 : un ancien puits de mine transformé en pépinière d’entreprise
Les deux terrils jumeaux de la base 11/19 ont arrêté de fumer à la fin des années 1980. Depuis sept ans, l’activité y a repris. L’ancienne base d’extraction de charbon s’est paradoxalement remise au travail : plus question d’exploitation minière, ici, on pense à l’avenir et on crée de l’activité économique. Au centre, une pépinière d’éco-entreprises permet d’accompagner les créateurs de projet. 
Autrefois atelier des mines, le bâtiment a été restructuré selon les normes Haute Qualité Environnement (HQE) et se compose d’une quinzaine de bureaux allant de 25 à 55 m². Puits canadien, capteurs photovoltaïques, gestion de l’eau et de la lumière naturelle : le bâtiment vise écologique. Deux ans avant l’inauguration officielle en 2010, il hébergeait déjà une dizaine de PME innovantes dans des domaines comme les audits énergétiques, les systèmes de traitement des eaux, la consolidation de serveurs informatiques voire même les futurs bâtiments intelligents.

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La base du 11/19, lieu de développement innovant
Crédits : Guillaume Bavière sur Flickr

Réhafutur : isoler les habitations… avec des vieux habits
A quelques pas des start-up écologiques de la pépinière du 11-19, un deuxième projet innovant : la rénovation avec des éco-matériaux. Sous le nom de Réhafutur se rallient deux chantiers : celui d’une ancienne maison d’ingénieur pour la première phase du projet et de six maisons de mine traditionnelles pour la deuxième. L’objectif ? Restructurer ces bâtiments pour atteindre le standard énergétique passif, c’est-à-dire produire plus d’énergie que celle qu’on consomme. Pour relever le défi, Réhafutur fait appel à des matériaux insolites : chanvre pour le béton, laine de mouton et vieux jeans pour l’isolation. Une reconversion assez surprenante pour des vieux habits !

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Loos-en-Gohelle et ses terrils
Crédits: OliBac sur Flickr

Villavenir : des maisons hors normes pour consommer moins d’énergie

La vague écologique qui a fait de Loos-en-Gohelle un symbole du développement durable en France ne s’est pas arrêtée aux constructions déjà existantes. Elle inclut aussi des nouveaux bâtiments. La commune a mis en place le projet Villavenir pour la construction de six maisons tests individuelles. La Fédération Française du Bâtiment les a terminées en 2009, en collaboration avec des artisans qui ont tenté l’expérience. Au final, on trouve sur le site six maisons avec six concepts constructifs différents, loués par le bailleur social Pas-de-Calais Habitat. Le but est de comparer les avantages en termes d’isolation et de comparer les performances énergétiques du béton, de l’acier ou de la brique. Au total, 100 différentes techniques innovantes ont été employées. Reste à tenir compte des retours d’expériences des locataires : par exemple, impossible de trouver des rideaux adaptés à certaines grandes baies vitrées !

 

Sofia Nitti

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