Loos raconte Loos : sur les traces de la Grande guerre

Il y a vingt ans, “Loos sur les traces de la Grande Guerre” a créé le musée Alexandre Villedieu. L’association est gardienne de l’histoire de la ville pendant la Première Guerre mondiale. Gilles Payen fait partie des 25 bénévoles et propose de visites gratuites du musée et des lieux de bataille près de Loos-en-Gohelle. Il nous raconte comment est née sa passion pour l’histoire.

“Bataille de Loos-en-Gohelle, 25/09/1915”, peut-on lire sur son tee-shirt. “Je n’ai pas fait exprès”, précise-t-il. Enseignant de technologies à Béthune, Gilles Payen est guide volontaire au musée Alexandre Villedieu.

Situé près de la mairie de Loos-en-Gohelle, ce petit musée tire son nom d’un ancien combattant de la Grande Guerre. Il traite des batailles qui ont eu lieu dans la ville et aux alentours. L’association “Loos sur les traces de la Grande Guerre” l’a fondé il y a maintenant vingt ans. Et compte aujourd’hui 25 membres. “Nous sommes tous bénévoles, âgés de 18 à 86 ans, précise Gilles Payen. L’ainé est notre président, Alfred Duparcq”.

Animé par des bénévoles

L’association loossoise se compose de profils différents, qui ont en commun la passion pour leur ville et pour l’histoire de la Première Guerre mondiale. Pour devenir guides, “nous n’avons pas suivi une formation spécifique mais nous lisons beaucoup”, explique Gilles Payen.

Gilles Payen, guide volontaire au musée Alexandre Villedieu
 Crédit photo : Sofia Nitti

Gilles Payen, guide volontaire au musée Alexandre Villedieu
 Crédit photo : Sofia Nitti

A travers ses trois petites salles, le musée possède un fonctionnement assez inédit. “Nous n’avons pas vraiment d’horaires d’ouverture et fermeture. La réservation des visites se fait par mail. Celui qui parmi nous est libre vient faire découvrir le musée”.

Un musée sans horaires mais aussi et surtout des parcours sur mesure. Les visiteurs peuvent choisir de se rendre sur les terrils pour mieux comprendre le mouvement des troupes pendant les batailles. Ils peuvent également visiter le cimetière où repose John Kipling, fils de l’écrivain du Le Livre de la Jungle. Ou encore faire le tour de la « côte 70 », théâtre de batailles extrêmement meurtrières.

De toute l’Europe

“Une fois, un touriste américain voulait retrouver le lieu exact où était mort son grand-oncle”, s’étonne Gilles Payen. Depuis deux décennies, le musée Alexandre Villedieu reçoit des visiteurs de toute l’Europe, Grande-Bretagne en tête. “Heureusement, cette année, nous avons accueilli un nouveau membre qui parle anglais et allemand”, se félicite le guide.

Quant à la passion de Gilles Payen pour les batailles de 14-18, elle n’est pas née dans les bouquins. “J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire de la ville dans la Grande Guerre il y a quinze ans. En faisant mon jardin, j’ai trouvé des barbelés, des obus…” C’est comme cela qu’il a décidé d’intégrer l’association. “J’ai d’abord suivi le président et les autres guides… puis j’ai pris mon envol !”

Sofia Nitti

Art et terrils : un amour de longue date

Après la fermeture des mines pendant les années 80 une question s’imposait aux Loossois : que faire des énormes terrils qui surmontaient la ville ? Certains proposent de raser ces symboles d’une richesse désormais terminée, d’autres hésitent.
Grace à une politique culturelle innovante, les citoyens décident enfin non seulement de garder les terrils à leur place, mais d’en faire un lieu de création artistique.
Retour en images sur cinq éditions du festival Son et lumières.

1986 :
Le terril devient un petit Kilimanjaro : le sommet est recouvert de poudre de calcaire. Au programme aussi des séquences pyrotechniques et illuminations par rayon laser.

1987 :
Grand jeu scénique nocturne : le terril est reconverti en scène, sur laquelle se déroulent des pièces expressément conçues.

1988 :
Le festival est désormais un rendez-vous fixe pour les Loossois. Le chevalet de la base d’extraction du 11-19 se refait une beauté… éphémère.

2003 :
Plus de 15 ans après, le festival est toujours aussi riche en spectacles et performances.

2012 :
La base du 11-19 en feu et flammes.

Crédits : Mairie de Loos-en-Gohelle
Retrouvez l’intégralité des images des archives de la mairie de Loos-en-Gohelle ici
Musique : Balancing Act, Underscore Orchestra

Terrils de Loos-en-Gohelle, où la biodiversité est en mouvement continu

Crées par des décennies d’activité minière, les terrils de Loos-en-Gohelle ont été ensuite ré-colonisés par la nature. Aujourd’hui, l’extraction du charbon fait partie du passé et sur ces deux collines poussent de nombreuses variétés de plantes, parfois exotiques et vivent des dizaines d’espèces animales. Reportage photo.

Crédits photos : Charlotte Mesurolle

 

Pour lire le reportage en entier :
ENTRE FLEURS AFRICAINES ET CRAPAUDS CALAMITE, UN HAVRE ÉTONNANT DE BIODIVERSITÉ SUR LES TERRILS DE LOOS-EN-GOHELLE

 

Sofia Nitti

Félix Caillet, jeune Loossois : portrait d’un nageur investi

Felix Caillet a 15 ans, pratique la natation de compétition avec les Dauphins liévinois et a un rêve: devenir professeur d’anglais. En juin dernier, il a fait partie des sportifs mis à l’honneur par la mairie de Loos-en-Gohelle. Portrait d’un jeune qui aime se dépasser.

Le premier souvenir qu’il a de ce 20 juin dernier, ce sont les applaudissements de ses concitoyens, le maire Jean-François Caron en tête. “Etre applaudi par le premier édile m’a « flashé », je suis très admiratif de son parcours”, confie Félix, mis à l’honneur par la mairie de Loos-en-Gohelle. Il s’entraîne dans le club des Dauphins liévinois et concourt dans la “deuxième division” en natation de l’UFOLEP (Union française des œuvres laïques d’éducation physique). Sa mise à l’honneur en juin dernier avec d’autres sportifs de Loos-en-Gohelle couronne un engagement de longue date, commencé à l’âge de trois ans.

Félix a 15 ans, nage dans le club des Dauphins liévoinois et rêve de devenir professeur d'anglais

Félix Caillet, nageur mis à l’honneur à Loos-en-Gohelle
Crédits: Sofia Nitti

Felix Caillet a 15 ans. “Presque”, se corrige-t-il tout de suite, “je les aurai le 31 août”. Yeux bleus et cheveux courts noisette, il se tient comme un jeune athlète d’un collège américain. Et c’est bien là qu’il est né, en Floride. Ses parents y géraient un restaurant depuis plusieurs années. Mais son séjour aux Etats-Unis a été court : une dizaine de jours après, la famille pliait bagages et rentrait en France, encore sous le choc après l’attentat du 11 septembre 2001. “A Madera Beach où nous vivions, la situation était déjà pesante bien avant que je naisse. Des cellules terroristes installées en Floride déposaient des enveloppes à l’anthrax dans des boîtes à lettres au hasard. C’était devenu invivable”.

Du Nouveau Monde, Félix a gardé le passeport, désormais à renouveler et surtout, un rêve : devenir professeur d’anglais. Et pour ce faire, le jeune a les idées bien claires : intégrer la classe européenne du lycée de Saint-Paul de Lens, puis le master métiers de l’éducation nationale de l’université d’Arras. “J’ai toujours été passionné pas le fait de faire passer le savoir. Mes idoles sont mes professeurs, pas des comédiens ni des chanteurs.”

Enormément investi

Mais pas question pour le jeune de Loos-en-Gohelle d’abandonner la piscine. “Je continuerai les compétitions tant que je pourrai. Je suis peut être arrivé au maximum de mes performances mais je ne concours pas que pour gagner : je lance surtout un défi avec moi même car j’aime me dépasser. Mes concurrents sont des potes, s’ils gagnent j’en suis que content”, sourit le nageur invétéré.

Sociable et mature, c’est comme cela que ses amis le voient. “Il s’investit énormément, dans beaucoup de choses”, me confie Alizée, admirative. “Il est très sérieux, mais il sait délirer quand il le faut”, confirment Corentin et Anne-Sophie.
Lui, il se définit curieux, “mais dans le bon sens”, précise-t-il. “Joyeux aussi…” puis, il hésite. Il lève ses yeux clairs et conclut: “…et je suis ambitieux.”

Sofia Nitti

Entre fleurs africaines et crapauds calamite, un havre étonnant de biodiversité sur les terrils de Loos-en-Gohelle

Deux collines de 186 mètres qui abritent plus de 150 espèces d’animaux et 190 végétaux. Les terrils de Loos-en-Gohelle, inscrits depuis juin 2012 au patrimoine mondial de l’Unesco, font la fierté des habitants de cette petite commune du Pas-de-Calais. Balade sur les terrils les plus hauts d’Europe, où la biodiversité est en mouvement continu.

“Regardez ! En haut de la tour de concentration, vous les voyez ? Deux faucons pèlerins. Il en reste que dix dans la région”, nous lance Ophélie, notre guide.

Depuis une vingtaine de minutes, nous défions la pluie incessante et arpentons le sentier boueux qui entoure la base du 11/19 à Loos-en-Gohelle. Passage rapide devant le chevalet mécanique, la salle où les mineurs se changeaient et le bâtiment de la “quinzaine” où leurs femmes retiraient le salaire deux fois par mois. Après une courte explication, nous tournons les épaules à l’ex-site d’extraction minière. Direction : les terrils les plus hauts d’Europe. Sur ces pyramides jumelles de 186 mètres de haut inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, vivent plus de 150 espèces animales et 190 végétales.

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Ophélie Biget, guide volontaire du CPIE

Crédits: Charlotte Mesurolle

Les quatorze salariés du Centre Permanent d’Initiative pour l’Environnement (CPIE) spécialisés en biologie et écologie, répertorient les différentes espèces dans des bases internationales et communiquent parfois avec des organisations à l’étranger. “Notamment à propos du merle à plastron, originaire de l’Ecosse, qui migre ici tous les ans”.

Malgré leurs 150 millions de tonnes, “ces collines sont un lieu de mouvement continu”, explique notre guide. “Comme à la montagne, on y retrouve des courants ascendants et descendants, ce qui fait que beaucoup de rapaces viennent s’installer ici”. L’espace d’une nuit, ou de plusieurs jours, voire une saison lors de la migration. “C’est par le fait que les animaux choisissaient les terrils comme lieu de séjour que nous avons compris que la biodiversité de ces lieux était significative”.

 

Les terrils, des colosses où pullulent des variétés exotiques

Arrivés il y a six ans à Loos-en-Gohelle, les faucons ont décidé d’y fonder leur foyer et leur petits sont nés cette année. Pas de pollution ni de pesticides, les terrils sont un havre de paix pour la faune comme pour la flore. “Ne touchez pas aux plantes !” nous lance à ce moment même Ophélie, “vous risquez de toucher le panais brûlant”. Cette tubéreuse pousse abondamment sur les terrils, grâce à l’écosystème particulièrement sec et à la chaleur du terrain. “A cause de sa couleur noire et de sa composition, le sol peut atteindre les 60° pendant l’été !” assure notre guide. “Ah parce que nous sommes en été !”, je m’entends protester. Sourde à mes doléances, la météo est impitoyable. Pluie. Pluie à perte de vue.

Version 3
Prenez garde au panais brulant !

Crédits: Charlotte Mesurolle

Nous remontons le col de nos imperméables et nous continuons la marche. Le sol noir et mou s’affaisse sous nos pieds. Au fur à mesure, le chemin s’arpente et la végétation se fait plus intéressante: oseilles à écusson originaires des Alpes, pavot jaune des dunes de la côte d’Opale, séneçon du cap de l’Afrique du Sud… Des variétés décidément pas autochtones !

“Les graines se trouvaient souvent dans la laine importée. Ces plantes poussaient d’abord sur les toits des filatures”. Soudain, mon oeil est attiré par une merveilleuse fleure violette qui bondit sur un arbuste. C’est le cabaret des oiseaux, une variété originaire de la côte ainsi appelée pour la calice dans laquelle les petits oiseaux retrouvent à la fois eau et graines.

 

Une biodiversité menacée par la pollution et l’érosion du sol

Un peu plus loin, d’autres ont à faire avec des questions plus urgentes. “Quelqu’un pourrait bien construire un escalier ?”, lance une petite fille, fatiguée. Car la pente est raide, très raide. La solution n’est pas si simple, surtout si l’on veut protéger ces lieux. L’érosion poursuit quotidiennement le travail commencé par l’homme, qui a souvent puisé des terrils pour construire routes et maisons. Ainsi, des 300 terrils qui parsemaient le territoire à l’origine, il n’en reste aujourd’hui plus que 150. C’est aux propriétaires de décider comment les aménager. Les deux de Loos-en-Gohelle appartiennent à la ville (et  le carreau de fosse à la Communauté d’Agglomération de Liens-Liévin, CALL), qui a décidé pour une gestion différenciée. “C’est-à-dire, aménager différemment des zones d’un même terrain”, explique le guide “Ici, on a planté des arbres à la base du terril, en laissant la nature libre de reprendre ses droits sur les flancs”. Une bonne pratique pour protéger la biodiversité du sol nu, qui est généralement plus diversifiée que les forêts.

Terrils Loos Gohelle Biodiversité
Un des deux terrils de la base 11/19

Crédits: Charlotte Mesurolle

“Il n’y a pas trop de faune aujourd’hui, le temps ne s’y prête pas !” rigole quelqu’un. Et pourtant, les terrils abritent de nombreux amphibies et reptiles. Le crapaud calamite, typique des terrils et de la côte d’Opale, désormais en voie de disparition à cause notamment de l’assèchement des mares. “Ils pondent dans les eaux et se cachent ensuite dans le sol mou des terrils.” Ou encore le crapaud Pélodite, le lézard des murailles venant du sud de la France ou le serpent “couleuvre à collier”. Si l’on ne comprend toujours pas exactement comment ils sont arrivés là (probablement par les voies ferrées le long desquelles on transportait le charbon), on sait bien pourquoi ils sont restés: le sol.

Arrivés au premier belvédère, nous nous arrêtons et regardons autour, essoufflés. Malgré la pluie, le brouillard et la grisaille, c’est un beau spectacle qui s’offre à nos yeux. Nous ne monterons pas au sommet. ”Ca favorise l’érosion”, explique Ophélie. “Et nous sommes contre !”

Sofia Nitti

Trois projets-phares du développement durable à Loos-en-Gohelle

Après la fin de l’exploitation du charbon en 1986, les élus loossois ont mis en place différents projets pour inverser la tendance. Depuis plus de quinze ans,  Loos-en-Gohelle mise tout sur le développement durable. Zoom sur trois projets. 

Le 11-19 : un ancien puits de mine transformé en pépinière d’entreprise
Les deux terrils jumeaux de la base 11/19 ont arrêté de fumer à la fin des années 1980. Depuis sept ans, l’activité y a repris. L’ancienne base d’extraction de charbon s’est paradoxalement remise au travail : plus question d’exploitation minière, ici, on pense à l’avenir et on crée de l’activité économique. Au centre, une pépinière d’éco-entreprises permet d’accompagner les créateurs de projet. 
Autrefois atelier des mines, le bâtiment a été restructuré selon les normes Haute Qualité Environnement (HQE) et se compose d’une quinzaine de bureaux allant de 25 à 55 m². Puits canadien, capteurs photovoltaïques, gestion de l’eau et de la lumière naturelle : le bâtiment vise écologique. Deux ans avant l’inauguration officielle en 2010, il hébergeait déjà une dizaine de PME innovantes dans des domaines comme les audits énergétiques, les systèmes de traitement des eaux, la consolidation de serveurs informatiques voire même les futurs bâtiments intelligents.

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La base du 11/19, lieu de développement innovant
Crédits : Guillaume Bavière sur Flickr

Réhafutur : isoler les habitations… avec des vieux habits
A quelques pas des start-up écologiques de la pépinière du 11-19, un deuxième projet innovant : la rénovation avec des éco-matériaux. Sous le nom de Réhafutur se rallient deux chantiers : celui d’une ancienne maison d’ingénieur pour la première phase du projet et de six maisons de mine traditionnelles pour la deuxième. L’objectif ? Restructurer ces bâtiments pour atteindre le standard énergétique passif, c’est-à-dire produire plus d’énergie que celle qu’on consomme. Pour relever le défi, Réhafutur fait appel à des matériaux insolites : chanvre pour le béton, laine de mouton et vieux jeans pour l’isolation. Une reconversion assez surprenante pour des vieux habits !

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Loos-en-Gohelle et ses terrils
Crédits: OliBac sur Flickr

Villavenir : des maisons hors normes pour consommer moins d’énergie

La vague écologique qui a fait de Loos-en-Gohelle un symbole du développement durable en France ne s’est pas arrêtée aux constructions déjà existantes. Elle inclut aussi des nouveaux bâtiments. La commune a mis en place le projet Villavenir pour la construction de six maisons tests individuelles. La Fédération Française du Bâtiment les a terminées en 2009, en collaboration avec des artisans qui ont tenté l’expérience. Au final, on trouve sur le site six maisons avec six concepts constructifs différents, loués par le bailleur social Pas-de-Calais Habitat. Le but est de comparer les avantages en termes d’isolation et de comparer les performances énergétiques du béton, de l’acier ou de la brique. Au total, 100 différentes techniques innovantes ont été employées. Reste à tenir compte des retours d’expériences des locataires : par exemple, impossible de trouver des rideaux adaptés à certaines grandes baies vitrées !

 

Sofia Nitti