Loos-en-Gohelle : des habitantes retracent l’histoire de résistants ayant protégé des enfants juifs durant la seconde guerre mondiale

De l’héroïsme et du mystère : il n’en fallait pas plus pour que trois habitants de Loos-en-Gohelle se lancent dans une enquête historique de haut vol. Ils ont patiemment retracé l’histoire de ce couple ayant hébergé des enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Ils ont vu apparaître le nom des Tysiak pour la première fois dans les pages d’un magazine d’histoire locale en 2005. Ces trois lignes, traduites d’un texte polonais datant du 1945, décrivaient un couple de paysans loossois comme des courageux bienfaiteurs… ayant risqué leur vie en hébergeant deux enfants juifs pendant l’occupation !

Depuis, Sylviane Roszak, Jacqueline Lucas et Florence Chaumorcel se sont lancés à la recherche de l’histoire de famille. Cet héroïsme, entouré de mystère, devient leur obsession. Elles veulent à tout prix reconstruire toute l’histoire et rendre hommage à tous ses protagonistes. Problème : le nom de Tysiak ne figure plus dans les fichiers des archives de la mairie.

La maison de la famille TYSIAK, aujourd’hui reconstruite © Martina Mannini

Au numéro 206 de la route de Béthune, à l’entrée d’une petite maison familiale entourée de champs, une plaque discrète rappelle que cette maison a caché des enfants juifs pendant la guerre. Elle rappelle qu’au temps des premières rafles nazies, les résistants polonais du POWN, les réseaux de résistants polonais, préparaient leurs actions de sabotage entre les quatre murs de la cuisine. Qu’à l’extérieur, dans le jardin, étaient disséminés et enterrés des armes et des explosifs. Et surtout, que dans le réduit attenant à la ferme, deux enfants de 9 et 2 ans venus de Lens, passaient leurs journées en cachette à lire, dessiner et parler entre eux à voix étouffée, dans le noir.

Le dossier Tysiak

Sylviane Roszak, ancien professeur d’histoire au collège René-Cassin de Lens, connait désormais cette histoire par cœur. Elle la raconte encore avec une grande émotion. C’est, grâce à elle, aussi, si désormais on connait cet acte héroïque un peu partout en France.

La première fois qu’elle a frappé à la porte de cette maison de mineurs, en octobre 2007, c’était pour proposer à une dame toute frêle de partager son témoignage avec ses élèves. La classe participait cette année-là au concours national de la résistance, dont le thème était  ‘Résistance et sauvetage’. Et Marianna Sloma, la vieille dame en question, était la seule survivante de la famille Tysiak ayant connu cette époque.

Installée depuis soixante ans à Loos-en-Gohelle, l’octogénaire « avait une mémoire prodigieuse, un esprit très vif et pouvait raconter des tas d’anecdotes ». Sylviane et son amie et ancienne parent d’élève Jacqueline Lucas, racontent par exemple qu’elle cachait des messages du réseau POWN dans ses longs cheveux tressés afin de les transmettre à vélo, d’une boite postale à l’autre. Grâce au bruit de la grille d’entrée de la maison et du chien qui aboyait, les petits juifs savaient qu’ils devaient courir se réfugier à la porcherie, grimper par l’échelle du grenier et se cacher sous la paille. Marianna Sloma, fillette à l’époque, jouait avec ces deux enfants, leur apprenant notamment des prières catholiques.

Après la libération, ils ont longtemps continué d’avoir peur de sortir au soleil après deux ans de cachette, de craindre le cri des cochons, d’avoir la sensation d’être toujours surveillés au point d’avoir le réflexe protecteur d’apprendre l’allemand au collège. Marianna le sait car elle a longtemps conservé les liens avec eux : Myriam Troper et Norbert Cymbalista ont été scolarisés à Loos-en-Gohelle jusqu’en 1950. Pris ensuite en charge par la communauté de Lens, ils sont passés par une maison d’enfants à Versailles pour enfin partir vivre en Israël. Ils étaient même revenus dans l’après-guerre pour revoir Marianna Sloma.

 

Sylviane ROSZAK et Jacqueline LUCAS aux cotés de la stèle des Justes Loossois © Martina Mannini

Après cette rencontre prodigieuse et émouvante, Sylvaine Roszak a poursuivi ses recherches et a lancé des appels à témoins dans les journaux locaux, afin de recueillir d’autres témoignages. Elle gratte un peu et elle retrouve des personnes qui, dans le coin, se souviennent d’avoir aperçu les enfants pendant la nuit, dans le jardin, ou qui les ont retrouvés à l’école après la guerre. « Maintenant j’ai compris pourquoi les Tysiak prenaient autant de lait ! » s’était alors exclamé un dénommé Carpentier, l’éleveur de bovins de la route de Béthune.

Vers la remise des médailles

Après avoir pris contact avec les deux « enfants cachés », Myriam Troper et Norbert Cymbalista, Sylviane s’est accordée avec eux pour monter un dossier adressé à Yad Vashem, le mémorial des victimes de la Shoah situé à Jérusalem. Elle veut obtenir la reconnaissance de la famille des Loossois et leur faire attribuer le titre de « Justes parmi les Nations ». En brulant quelques étapes, les renseignements généraux viennent, mènent leur enquête et en 2009, les membres de la famille Tysiak sont nommés membres d’office de la Légion d’Honneur. Leurs noms sont aujourd’hui gravés sur le mur d’honneur dans le Jardin des Justes à Jérusalem. Lors de la remise officielle des médailles, un monument des Justes est inauguré à Loos-en-Gohelle, dans le square de la rue Jean Leroy. Marianna Sloma meurt quelque temps plus tard. Juste après avoir connu la notoriété conséquente aux reportages télé et aux articles de la presse régionale et nationale.

La plaque commémorative à l’entrée de la maison des Tysiak, route de Béthune © Martina Mannini

Le dossier Baudry

Qui sont vraiment ces deux enfants et pourquoi se réfugient-ils à Loos-en-Gohelle? Autrement dit : qui est à l’origine de cette histoire de sauvetage ? Sylviane et ses amies se sont posées cette même question.

Retour en arrière. Dans les années 40, les Cymbalista travaillaient comme tailleurs à Lens. Des bribes d’information sur de la rafle du Vel d’Hiv à Paris en juillet 1942 alimente ce qu’on croyait être une rumeur à l’époque.  Les Cymbalista décident alors de mettre leurs enfants à l’abri pour un moment. Leur voisin Emile Baudry, commerçant,  les conduit à la campagne en pleine nuit avec une charrette jusque Loos-en-Gohelle. Il avait chargé leurs affaires et leurs petits lits d’enfant. Les époux Cymbalista comptaient aller récupérer bientôt Myriame et Norbert. Mais c’était sans compter leur arrestation le 11 septembre 1942 par les Allemands. Ils sont déportés à Auschwitz, d’où ils ne reviendront jamais.

Plusieurs années de silence plus tard, en 2002, lors de la cérémonie du 60ème anniversaire de la rafle de Lens, le fils d’Emile Baudry, le commerçant, dévoile en l’histoire en parlant de l’attitude courageuse de son père pendant la guerre. Il se demande pourquoi personne n’a d’ailleurs demandé également une reconnaissance.

C’est un professeur retraité d’histoire de Lens, M. Durand, qui en parle à Sylviane Roszak, l’enseignante à l’origine de la reconnaissance de Marianna Slowa qui avait accueilli les enfants juifs.

Ultime témoignage

Grâce à l’intervention de Florence Chaumorcel, bibliothécaire à la médiathèque de Loos-en-Gohelle et amie des deux femmes loossoises, un article paru dans le journal L’Avenir de l’Artois permet à Monique, la belle-fille d’Emile Baudry de contacter les Sloma.

Son témoignage est important pour la suite : Monique apprend à Marianna Slowa que quelque temps avant la mort la famille Baudry avait essayé à plusieurs reprises de retrouver la trace des deux enfants juifs sans y parvenir. Monique va plus loin: elle partage la copie d’une attestation de la mairie qui rapporte qu’Emile Baudry n’avait pas cédé :aux intimidations des feldgendarmes, nom de la police militaire allemande à l’époque. Il avait affirmé que les deux enfants avaient été déportés avec leurs parents !

Jacqueline Lucas entourée des pièces des dossier Tysiak et Baudry © Martina Mannini

Aujourd’hui, grâce aux efforts de Sylviane Roszak et de ses amies, une résidence qui porte le nom de monsieur Baudry à été réalisée par le SIA (un bailleur social) à Lens, inaugurée en 2016. Un dossier de Juste est actuellement instruit pour son action en Israël et en France.

Pour que, au nom de leur bravoure, les noms des Tysiak au même titre que le nom de Baudry passent à la postérité.

Marcel Caron, ancien maire de Loos-en-Gohelle : un mandat consacré à la mémoire et la la culture

Fin des années des 70, les puits de mines ferment les uns après les autres dans le bassin minier. Marcel Caron, alors maire de Loos-en-Gohelle (et père du maire actuel), entreprend envers et contre tous, la préservation du patrimoine minier. Rencontre.

Marcel Caron, ancien maire de Loos-en-Gohelle © Martina Mannini

C’était la fin d’un empire. Avec la fermeture progressive des mines et l’arrêt de l’extraction de charbon, la population sombre dans un pessimisme noir. Elu maire de Loos-en-Gohelle, une petite ville de 7000 habitants au coeur du bassin minier, Marcel Caron n’a pas souhaité se résoudre à voire disparaître les chevalets, les terrils et les bâtiments de la fosse du 11-19. A une époque où la majeure partie des habitants souhaitaient tout raser, ne souhaitant plus entendre parler de charbon. L’objectif du maire : faire du site un lieu de mémoire collective.

Partir des racines

C’est à partir de ce projet que les festivités des Gohelliades sont lancées. Quand l’industrie minière a cessé d’exister, les gens se sentaient perdus, tout à coup inutiles et incompétents malgré eux. « A l’époque, monsieur l’ingénieur dirigeait tout« , se souvient Marcel Caron. Même après, les traces de la domination minière restaient visibles à chaque coin de rue : dans les propriétés de quartier, dans les installations, dans les stades… Le travail s’était arrêté, mais la ville ? Personne n’en parlait. Pour Marcel Caron, il fallait se relever et commencer une nouvelle vie à partir du passé. « Le territoire changeait autour de nous, et on devait profiter du temps donné pour fixer les souvenirs trop longtemps ignorés« . Il insiste :  » Des souvenirs qui étaient révélateurs à la fois de la vie et de la richesse spontanée des Loossois« .

En chemin vers le festival

Marcel Caron pense à organiser des activités culturelles. Il voit la culture comme une piste d’avenir pour donner une nouvelle dimension à la région. A l’époque, on le considère comme un fou. Aux réunions des syndicats intercommunaux, apparemment personne ne semble comprendre l’importance d’un tel projet. Malgré tout, le maire réussit à réunir une quinzaine de bénévoles autour de son projet. L’idée sera formalisée en 1982.

« Au début, on est parti un peu dans toutes les directions », explique-t-il. « On voulait valoriser les passions des gens, découvrir les petits trésors personnels qu’ils avaient tendance à cacher dans leurs maisons, puisqu’ils avaient vécu longtemps dans un esprit de soumission ». L’équipe de Marcel a donc organisé des expositions, des soirées et des concours qui tournaient autour de plusieurs formes d’expression : la danse, le chant, l’écriture, l’art, etc.

Début des Gohelliades

Lors de la première édition du festival des Gohelliades en 1984, il y avait de tout et notamment des collectionneurs, de peintres, des poètes patoisants. « Je me souviens d’une formidable maquette en miniature de l’ancienne fosse où est actuellement implanté le Louvre« , raconte l’homme en souriant.

Le vrai choc restait à venir. Bientôt, le projet s’est tourné vers les symboles visibles de la région : les terrils. Pour montrer brutalement aux gens que ces lieux typiques pouvaient être regardés autrement et redevenir ‘vivants’. Plusieurs opérations de décoration de ces cônes noirs se succèdent, pour donner à nouveau envie à la population de lever la tête vers eux.

Marcel souligne les gros efforts fournis en cours de réalisation, aux prises avec un lieu presque inaccessible, où tout devait être transporté à la main. « Une fois, on a blanchi la pointe du terril. Une autre fois, on a mis un triple collier tout autour. Et encore une autre fois, un miroir aux alouettes qu’on pouvait voir jusqu’à 40 kilomètres à la ronde » Ce sont les images qu’il voit figurer dans sa tête. L’ancien maire s’est ensuite rendu compte que ça fonctionnait : il y avait une accroche, les habitants se mobilisaient en masse pour participer à la fabrication des outils de décoration.

Explorer l’identité

L’équipe est donc passée à l’organisation d’événements scéniques avec des montages son et lumière en plein air (dans le terril plat du puits du 15 bis, ingénieusement aménagé en théâtre de verdure). Elle collaborait avec les associations locales et des clubs de haut niveau, ouverts à tous. « On a quand même choisi de gérer le processus de création sous forme de travail de créativité encadré. C’est-à-dire que chacun pouvait participer librement au ‘jeu’, apporter une idée, mais tout devait tourner autour du thème du patrimoine et de l’identité de la Gohelle ».

Finalement, en 1987, les efforts du groupe sont récompensés et le spectacle populaire « Terre d’en haut, terre d’en bas » est représenté sur les ruines du carreau de fosse 11/19, fraichement fermé, animé par une centaine de figurants non-professionnels. Par la suite, grâce à une nouvelle et fructueuse collaboration avec l’organisme intercommunal Culture commune, dont le laboratoire artistique s’installe à la Base 11/19, les activités culturelles à Loos trouvent finalement une plateforme stable, alimentées par un réseau énergique qui reste fidèle à la philosophie initiale du projet : un mélange entre professionnalisme et forte implication des habitants.

Un exploit difficile

« Notre cible était de rendre le festival accessible à tous et d’attirer un public provenant y compris des territoires en dehors de la commune. Mais le long du parcours on a rencontré des obstacles ». L’expression sur le visage de Marcel Caron change, il dévient plus sérieux. Il raconte qu’en 1984, lors du lancement du projet, et dans les années suivantes, il n’y avait eu aucun relais positif sur ces actions dans la presse locale. Un empêchement lié aux préjugés. « Tout autour en France, s’était formée une image du Nord détestable. Malheureusement relayée par les gens de la région eux-mêmes. Quand je parlais de ce projet culturel à Paris, tout le monde se demandait ce qu’il pouvait bien sortir de bon de cette région composée de pions capables de travailler mécaniquement pendant des heures ».

Marcel Caron, par contre, voyait bien plus de choses derrière cette image. Il voyait un ensemble original et riche en potentiel. « Ce qui m’a frappé au cours de mon mandat, c’est que je suis tombé sur des personnes assez extraordinaires, qui m’ont appris des choses inconnues et intéressantes. Dans mon travail, j’ai voulu partir de ce qui les gens ressentaient. J’ai essayé de les mettre en condition de pouvoir extérioriser leurs pensées. » Son but était de transformer la négation de la réalité vécue en quelque chose de positif. « Je cherchais un moyen pour révéler leurs propres capacités et les aider à développer un sentiment de fierté et d’appartenance au bassin minier. »

 

Zoom sur la faune et la flore exceptionnelle des terrils de Loos-en-Gohelle

Saviez-vous que les terrils possèdent une flore et une faune exceptionnelle ? Hier chargés du poids de l’image négative de la région, ces montagnes de cailloux abritent aujourd’hui une biodiversité fascinante à observer. Top 6 des incontournables des terrils.

Plantes

Le figuier

Un jour, un specimen a germé à l’improviste sur un flanc du terril: normalement dans la région il ne pousse même pas dans les jardins ! Même si les figuiers de terrils ne donnent jamais réellement de fruits à cause du manque de soleil, ils figurent en bonne place dans le top des espèces originales.

Une légende raconte que le pépin originel est venu directement du Maroc, dans les bagages d’un mineur de la fosse 11/19. En effet à l’époque, lors de leur pause-déjeuner, les mineurs jetaient leurs déchets de nourriture dans des wagonnets, qui étaient déversés… directement au sommet des terrils !

Le pavot cornu

Cette espèce rustique et vigoureuse, qui pousse normalement dans les dunes et dans les terres incultes, fait partie des plantes pionnières, c’est-à-dire les premières ont réussi à s’implanter spontanément sur le sol nu. On le reconnaît grâce à son feuillage vert-bleu ondulé et à ses fleurs de coquelicot d’un jaune orangé. Son système de racines très longues et pivotantes lui permet de garder une certaine tenue dans les sols drainés, s’accrochant même aux pierres encore mobiles.

Un exemplaire de pavot cornu fleuri sur le terril © Arianna Poletti

Le seneçon du cap

Cette espèce herbacée très envahissante, aux fleurs d’un jaune vif, fait partie des plantes qui sont arrivées sur le terril grâce aux hommes. Originaire d’Afrique du Sud, elle arrive en Europe lors des guerres 14-18 et 39-45. Elle produit des grains à forte capacité de dissémination, qui volent au vent et s’accrochent facilement aux habits. La tradition veut qu’elle soit arrivée en France par intermédiaire des toisons de moutons importées de la ville de Mazamet, dans le Sud, par les usines de Calais. Elle s’est vite répandue dans le bassin minier où on la retrouve souvent au bord des routes ou des voies ferrées.

Le rosier sauvage

Autrement appelé Rosa Canina, c’est un arbuste épineux à fleurs rosées qu’on trouve surtout en plaine et qui sert de base pour les greffes des arbres. Ses fruits, les cynorhodons, sont très riches en vitamine C et sont utilisés pour réaliser des gelées, des sirops et des confitures. Ils sont appelés familièrement ‘gratte-culs’ : un terme qui évoque l’effet irritant des poils qui se trouvent à son intérieur au contact de la peau. Les enfants du territoire s’amusent souvent à les enfiler dans le derrière des chemises de leurs camarades.

Animaux

Le Crapaud calamite

Cet habitant de taille petite du terril aime l’altitude et se refuge habituellement dans les zones les plus tranquilles et humides pour pondre ses œufs, comme des flaques d’eau par exemple. Il se cache souvent sous les pierres et sous les morceaux de ferrailles et de bois qui forment l’ancien tapis minier. Il se distingue par une ligne jaune ornant son dos verdâtre. Au début de la saison des amours, en mai, les mâles chantent au cours de la nuit. Ce chant en cœur est très puissant  : il peut être entendu jusqu’à deux kilomètres de distance !

Le lézard des murailles

On trouve tout un cortège de ces lézards protégés au niveau des terrils. De couleur marron-gris, avec une longue queue, ils apprécient les expositions ensoleillées et ils pondent leurs œufs sous les pierres. Mais le mode de ponte dépend du milieu : dans le sud de la France, ils sont vivipares : les petits naissent sans enveloppe ni coquille.

Le merle à plastron

Cet oiseau migrateur au plumage brun part chaque année des pays du Nord pour descendre jusqu’en Afrique. C’est en remontant qu’il s’arrête sur les terrils au printemps pour se reproduire. Pour mieux observer l’évolution et les déplacements de ces oiseaux migratoires, des opérations de baguage sont organisées durant trois semaines.

Un champ de fleurs aux pieds du terril © Arianna Poletti

Le saviez-vous ?

Dans les années 80, la majorité des Loossois n’avait jamais mis les pieds sur les terrils. Ces collines de roches et de ‘gaillettes’ noires, déchets de l’extraction minière, étaient considérées comme de gigantesques poubelles. Dans ce territoire post-industriel, la nature a repris ses droits : elle représente même un patrimoine varié très intéressant à étudier et à préserver.

Au début de la reconquête verte, les plantes les moins exigeantes et les plus capables de s’adapter aux conditions particulières ont ouvert le bal. Ce sont elles qui ont ensuite permis l’installation d’autres nombreuses espèces.  Le microclimat des terrils contraste avec le territoire alentour. Les pentes sont plus sensibles à l’érosion. Les températures sont plus élevées (de 5 degrés en moyenne) à cause de la couverture noire qui absorbe mieux les rayons du soleil.  La composition du sol est plus acide et dépourvue de substances chimiques. Le milieu est globalement plus sec et aride, puisque les tas de cailloux présents ne tiennent pas l’eau.

 

Merci à Francis Maréchal, président du CPIE Chaine des Terrils, passionné de nature et ornithologie et organisateur de balades guidées, qui a permis la réalisation de cet article.

 

Regarder le patrimoine de Loos-en-Gohelle d’un œil numérique

Après les démolitions causées par les guerres, les affaissements dus à l’exploitation du charbon, les divisions urbaines entre les quartiers ouvriers… Que reste-t-il du patrimoine de la ville de Loos-en-Gohelle? Peu de traces historiques, mais une richesse territoriale et humaine énorme qui exige d’être racontée et valorisée. C’est là que la technologie entre en jeu.

Chronologie d’un long processus

L’idée de mettre en place un itinéraire de visite pour faire découvrir la trajectoire de la commune et suivre ses choix de développement remonte à l’année 2009. Elle est née de la volonté de l’équipe municipale, de concert avec la population. Les tablettes permettent de « rendre visible l’invisible ». De montrer efficacement aux touristes et aux visiteurs les signes et l’empreinte du passé. Et aussi de donner envie aux Loossois d’approfondir leurs connaissance de leur ville tout en fournissant des outils pédagogiques aux écoliers.

La première étape du projet est orchestrée par le bureau d’études Atemia : diverses études sont réalisées par les experts pour identifier les lieux attractifs et emblématiques de la ville et les classer par thématique. En même temps, un blog est mis en place et des groupes de travail sont crées, pour permettre aux habitants de suivre les démarches administratives, de se rencontrer et de proposer leur point de vue lors des réunions sur le projet.

Sept circuits d’interprétation sont finalement choisis. Un premier se concentre sur l’histoire minière. Deux autres expliquent la transition écologique et ses expérimentations. Un quatrième fait visiter les lieux de mémoire de la grande guerre.  Un cinquième, plus technique, s’immerge dans la base du 11/19. Enfin, un dernier circuit fait découvrir le paysage contrasté de la ville et ses terrils.

Le projet obtient  des  financements du FEDER, le fonds européen de développement régional, l’Etat et le conseil régional.

Lors de l’inauguration des circuits, en 2012, le maire Jean-François Caron rappellera, satisfait, le but ultime du projet, avec les mots suivants: « En élargissant le répertoire d’activités connu des habitants, on élargit leur capacité d’accueil, [..] on les rend fiers de faire partager l’histoire de leur ville, celle d’hier et celle de demain. »

Flavie Delvallet, 15 ans, explore le fonctionnement d’une tablette au Centre Jeunesse © Arianna Poletti

Un accompagnement interactif et innovant

Pour devenir pionniers de la troisième révolution industrielle, les Loossois ont créé différents niveaux de lecture de leur ville grâce aux nouvelles technologies.

Un premier niveau d’interprétation est disponible le long des parcours proposés par les panneaux explicatifs. Ensuite, un système d’applications multimédia pour smartphone avec GPS intégré permet d’avoir accès à des photos, à des bandes sonores et à des vidéo-témoignages de la vie agricole et la vie dans les mines. Des tablettes sont également disponibles au point d’information touristique de la ville, situé sur la base 11/19, et dans les deux commerces du centre L’Artiste Bar et Le Saint-Hubert, grâce à une coopération avec la mairie.

Les circuits sur tablette ont commencé à être utilisés l’année dernière et viennent d’être mis à jour, en juin 2017. Ils seront utilisés prochainement, en septembre, à l’occasion des journées du patrimoine. Ces outils d’accompagnement ont permis à Loos-en-Gohelle de devenir précurseur en matière des circuits d’interprétation numérique.

Une exigence de complémentarité

Nathalie TELLART, responsable de la communication de la mairie de Loos-en-Gohelle, avec une tablette à la main © Martina Mannini

Selon Nathalie Tellart, responsable de la communication de la mairie, « il faut vivre avec son temps, mais avant tout, il est indispensable de garder l’aspect humain du récit de la ville ». Rien n’est plus précieux, à son dire, pour la mémoire collective, qu’une balade en compagnie des guides des associations locales. « Ils peuvent à tout moment s’attarder sur des questions spécifiques, sur l’histoire, la géologie, la politique ou les enjeux sociaux du territoire. Ils sont aussi capables de répondre aux questions des curieux, et indirectement de transmettre la chaleur et l’envie de partage des habitants de la commune », s’enthousiasme-t-elle.

 

Elle reconnaît cependant l’un des avantages les plus importants des outils numériques: le fait de pouvoir transmettre une histoire racontée directement par son protagoniste. Mot à mot, les vidéos et enregistrements sonores permettent d’archiver un témoignage pour les générations futures.

Screen touch : tout le monde est à l’aise?

Les jeunes Loossois, qui ont plus de compétences numériques, sont plus attirés par les circuits sur smartphone et sur tablette. Les informations sont à leur portée, ils doivent juste se laisser balader par leur curiosité. En atteste le fait qu’au Centre Jeunesse Julie Nodot, la visite à tablette est devenue presque une activité ludique.

À l’inverse, les personnes d’un certain âge montrent pour le moment une petite réticence à utiliser les technologies, moins désireux d’expérimenter ce qu’ils ont connu très tard.

Parmi les plus âgés, certains ont tout de même suivi toutes les étapes du projet. Beaucoup ont pu découvrir le fonctionnement de ces outils à l’occasion de l’inauguration des circuits d’interprétation.

Même si peu ont décidé pour l’instant de poursuivre l’aventure du numérique, la situation est susceptible de changer. La ville est depuis longtemps habituée aux changements.

Présentation de la nouvelle équipe Lost in Gohelle : Stefano Lorusso, le voyageur au coeur sensible

Actuellement étudiant à l’ESJ Lille, Stefano a 23 ans, a toujours une caméra à la main. Son esprit curieux et critique l’amènera à vouloir investiguer pour déterrer tous les secrets cachés de Loos-en-Gohelle. Il est prêt à tous les reportages.

Stefano préférè de loin être derrière la caméra que devant

Il s’est déplacé beaucoup. Il a déménagé à Turin, ensuite il s’est retrouvé à Marseille, puis dans les Balkans, et encore à Paris, pour enfin débarquer à Lille.

Ses multiples réflexions naissent à partir de toutes ces vagues d’influences (des livres qu’il découvre et récolte au long de la route). Il a toujours travaillé, peu importait l’endroit : dans une pizzeria, dans un bar, dans une école africaine, pour un site d’information.

Il sait bien se débrouiller tout seul, depuis longtemps, mais il ne peut pas renoncer aux émotions fortes dérivés d’une nouvelle rencontre ou d’une confession à coeur ouvert. Il a beaucoup d’histoires à conter, beaucoup d’expériences qui l’ont marqué : celles qui l’ont aidé à comprendre ce qui l’intéresse et aussi celles qui, au contraire, lui ont donné l’impression de perdre son temps.

Quand il parle, son enthousiasme transporte dans les lieux qu’il cite : rien qu’à l’entendrer, on peut facilement esquisser les visages et entendre les voix des gens qu’il a rencontrés durant son chemin. Son approche est très cohérente avec sa façon de parler: simple, mais très vraie et qui est bien loin d’être superficielle.