Marie-Françoise Ten : lectrice, d’une passion à un métier

La lecture et elle, c’est une grande histoire d’amour. A tel point qu’elle est devenue lectrice professionnelle. Cette habitante de Loos-en-Gohelle travaille à l’association “Lis avec moi” de La Sauvegarde du Nord. Une histoire qu’elle partage avec plaisir avec adultes comme nourrissons. Rencontre.

Marie -Françoise Ten, lectrice et formatrice des parents. Crédit Photo: Ange Kasongo

Marie-Françoise Ten, lectrice et formatrice des parents. Crédit Photo: Ange Kasongo

“On ne peut pas séparer l’image et les écrits, ils sont complémentaires.” D‘entrée de jeux, Marie-Françoise Ten annonce la couleur. “Ce qui est exceptionnel entre les albums photos et la lecture, c’est que l’image ajoute un plus : elle insiste sur ce que l’écrit ne laisse pas facilement transparaître.”

Plaisir de partager

Marie-Françoise a 52 ans. Elle baigne dans les mots depuis toute petite. L’influence de son grand père, qui s’amusait à inventer des histoires avec elle, a été prépondérante. Très tôt, Marie-Françoise ressent un esprit d’une grande curiosité et l’envie d’aller dans le « détail des choses », de vouloir comprendre « les images au delà des textes qui les accompagnent ». Elle garde aussi le souvenir de sa grand-mère, qui lit des romans d’amour… auxquels la petite ne comprend évidemment rien. Les grands-parents initient en tout cas parfaitement la jeune fille curieuse qu’est Marie-Françoise au plaisir de la lecture.

Plus tard, Marie-Françoise fait la même chose avec ses filles, à commencer par son aînée. A trois ans à peine, cette dernière raconte la fin des histoires à l’école… sans attendre que la maîtresse les termine. Car ce sont des histoires que la petite fille a déjà entendu à la maison ! Invitée à l’école, Marie-Françoise en tant que jeune maman, accepte de lire bénévolement des histoires aux écoliers mais aussi aux enfants des quartiers. Nous sommes en 1988.  

D’une passion à un métier

Aujourd’hui, Marie-Françoise sillonne la région Pas-de-Calais pour des lectures aux petits comme aux grands. “La lecture est un plaisir, le plaisir de partager quelques chose avec l’autre”, résume-t-elle. Il lui aura fallu attendre dix ans pour que sa passion devienne sa profession. En 1997, elle devient salariée. D’abord à travers un projet culturel de la mairie de Loos-en-Gohelle. Ensuite, avec l’association “Lis avec moi” pour laquelle elle travaille aujourd’hui. Dans ce cadre, Marie-Françoise a collaboré à l’écriture du Kit du praticien de l’association nationale Quand les livres relient, qui travaille autour de la lecture à haute voix. Le thème de la littérature de jeunesse est en effet un axe de prévention de l’illettrisme.

 

Marie - Fraçoise Ten entrain de faire une lecture, Crédit Photo: Ange Kasongo

Marie – Fraçoise Ten entrain de faire une lecture. Crédit Photo: Ange Kasongo

Lire aux bébés 

“Il faut lire des histoires dès la naissance”, aborde-t-elle avec un ton direct mais modéré, tel un médecin qui transcrit une ordonnance.  Assise sur son canapé noir, près des cinq livres qui accompagnent sa vie quotidienne, elle poursuit: “Le plus important dans la lecture c’est de transmettre, passer un relais : il faut le faire dès la naissance”.

D’un air très rassuré et expérimenté, avec des gestes dont elle seule a le secret, Marie Françoise avoue que travailler avec les parents des nourrissons est nécessaire en amont. « Le langage du récit provoque des émotions chez le nourrisson, affirme clairement Marie-Françoise. Je me rappelle d’une petite fille, à qui je lisais “Mandarine, la petite souris” en chantonnant : elle se mettait à hurler et à s’agiter. Lorsque je lisais “Brave coccinelle”, elle se calmait et souriait. Je crois qu’elle me disait qu’elle préférait la deuxième histoire. Un bébé peut ressentir des choses et les exprimer à travers des gestes”.

Marie-Françoise observe une minute de silence puis se met à lire “Pomme – Pomme-Pomme” de Corinne Dreyfuss. La lecture dure un peu plus d’une minute

 

 

“Sur ce semblant de livre qui paraît tout simple, le sujet est complexe car il parle du cycle de la vie”, commente t-elle ensuite. “Dans les bons livres pour enfants, il y a toujours une complexité que les adultes ne voient pas forcément, les images captivent beaucoup les enfants”, ajoute-t-elle.

Selon Marie-Françoise, lire aux plus petits leur permet de voyager, de s’imaginer un univers et d’inventer à leur tour des histoires. Un enfant que l’on a habitué très tôt à lire des histoires aura une grande capacité d’écoute.

Selon une étude du Centre national du livre menée en juin 2016 auprès de 1500 jeunes de 7 à 19 ans, les jeunes lisent au moins six livres (dont deux pour l’école) par trimestre.

Coups de coeur  

Mais ce n’est pas tout. Marie-Françoise lit également dans les centres pénitentiaires. Une expérience que la cinquantenaire aux yeux bleu turquoise livre sans aucune appréhension. “ Je passe beaucoup de temps à analyser quels ouvrages j’aimerais partager avec les gens. Je ne parviendrai de toute façon pas à transmettre ce qui ne me plaît pas. Je choisis mes livres selon les attentes des prisonniers aussi. Après chaque lecture, un moment d’échange permet de découvrir l’autre.

Entre le centre pénitentiaire de Longuenesse, la maison d’arrêt d’Arras et celle de Douai, Marie-Françoise garde des souvenirs toujours singuliers. “ Par exemple, je me souviens avoir lu l’album “Partir au delà des frontières” : je pouvais lire beaucoup d’émotions dans le regard des prisonniers. Parfois, les gens s’identifient aux histoires qu’ils écoutent. La personne qui lit le ressent énormément.”

Lecture sur la pelouse
Marie-François officie aussi à l’air libre, lors des opérations de lecture sur les pelouses des jardins publics. A la fin des séances, aux adultes comme aux enfants présents, Marie-Françoise offre « un bain de livres » en étalant les ouvrages sur la pelouse. Pour elle, cela amène les livres vers les gens et inversement. Et de conclure : Il faut que les livres sortent des bibliothèques”.

 

Ange Kasongo 

Première expérience du terril de Loos-en-Gohelle racontée par Ange et Xiaohan

Dure, dure la montée d’un terril quand on vient de Kinshasa en Afrique et de Taiyuan en Chine de l’Ouest. Nos deux étudiantes à l’école supérieure de journalisme de Lille racontent cette aventure.

Photo de famille des étudiants ESJ LILLE au sommet du terril de Loos-en-Gohelle

Photo de famille des étudiants ESJ LILLE au sommet du terril de Loos-en-Gohelle

L’escalade du terril de Loos-en-Gohelle racontée par Xiaohan Shi 

Je m’appelle Xiaohan Shi (prononcez Chiachon Chi). Ma province natale est située à des dizaines de milliers de kilomètres d’ici : je viens de Taiyuan en Chine, une province très polluée du Nord de la Chine. Chez nous, l’extraction minière bat encore son plein. Les sous-sols de ma région sont encore très riches en charbon. Et du charbon, il en faut pour faire tourner l’usine du monde ! Pour autant, nous n’avons pas de terrils à proprement parler. Dès mon arrivée, j’ai été étonnée que Loos-en-Gohelle ait pu préserver son environnement en ayant vécu une telle histoire minière. « Cela résultait d’une volonté politique de sauvegarder le patrimoine minier », nous avait expliqué Julian Perdrigeat, le directeur de cabinet de l’actuel maire Jean-François Caron.

Ni une, ni deux, je me suis donc élancée à l’assaut de ces terrils les plus hauts d’Europe, désormais consacrés au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est incroyable comme ces déchets de charbon ont réussi à former une petite montagne dans la ville. Cela confèrerait presque à Loos-en-Gohelle l’attrait d’un petit village de montagne…

Reste que j’avais jusqu’à présent du mal à imaginer ce qu’étaient ces déchets de charbon. Ce n’est qu’en foulant ces cailloux noirs que je me rends compte à quel point l’histoire minière de la ville renvoie à des travaux lourds et dangereux. On m’a dit que beaucoup de mineurs avait succombé d’une maladie des poumons provoquée par la poussière de charbon. L’ancien chemin de fer nous fait penser à la folie minière de l’époque.

Je suis déterminée à monter jusqu’au sommet du terril, malgré ma peur de la hauteur. Mais l’inclinaison de la pente ne donne pas le vertige. Pour les derniers mètres, je peux compter sur la main tendue de Chloé, une jeune loossoise qui m’aide ainsi à atteindre le sommet. Chloé est gentille et chaleureuse, comme beaucoup de habitants que j’ai rencontrés à Loos-en-Gohelle. Cela me rappelle des habitants de ma ville natale. Chez moi, la région connaît aussi une transition économique : elle pourrait apprendre beaucoup d’expérience  de Loos-en-Gohelle.

Je sors de mes songes pour profiter des panoramas incroyables qui s’offrent à nous, arrivés au sommet. Ça y est, j’y suis arrivée.

 

L’escalade du terril de Loos-en-Gohelle racontée par Ange Kasongo

Je m’appelle Ange Kasongo et je viens de Kinshasa en République Démocratique du Congo. La capitale est aussi la plus grande ville du pays, avec ses 12 millions d’habitants. Autant vous dire que le quotidien d’une ville de 7000 habitants me change un peu ! Quand j’ai entendu le mot « terril », je n’ai pas compris tout de suite de quoi il s’agissait. Et pour cause, la majeure partie des terrils se situent dans le Nord de la France. Même tous les Français ne savent pas forcément ce que c’est !

Quand on m’a dit qu’on pouvait y monter, j’ai sauté de joie. Au détail près que je n’avais pas prévu de chaussures de randonnée pour escalader ce terril de 186 mètres. Heureusement que mon hôte, Béatrice Bouquet, m’a prêté une paire de baskets. Oui, c’est le côté hospitalier des habitants de Loos-en-Gohelle.

Ange Kasongo en train de gravir peniblement le terril de Loos-en-Gohelle Crédit Photo: Shi Xiaohan

Ange Kasongo en train de gravir péniblement le terril de Loos-en-Gohelle
Photo: Shi Xiaohan

L’ascension avait été organisée par les jeunes du centre Les Francas. Après avoir gravi le premier « étage » du terril, certains dans le groupe sont déjà essoufflés. « Personne n’est obligé d’aller jusqu’au sommet », nous lancent les deux animateurs. Mais mon côté aventurière prend le dessus, je suis déterminée à aller jusqu’au bout ! Il faut tenir bon pour gravir ce terril. Je monte péniblement. Je m’accroche aux pierres quelques fois. Je marque des pauses incessamment. Ne m’avait-on pas dit que c’était le plat pays ici ? Qu’importe, pas après pas, j’arrive là où se situe la récompense : une vue imprenable sur Loos-en-Gohelle mais également sur tout le bassin minier.

 

Xiaohan Shi et Ange Kasongo

L’association Loos N’Gourma au coeur d’actions au Burkina Faso

Depuis 1981, l’association Loos N’gourma basée à Loos-en-Gohelle soutient  le village de Sampieri dans la commune de Kantchari au Burkina Faso. 

Quel lien entre Loos-en-Gohelle et Sampieri, village où l’association intervient dans le domaine de l’agroécologie ? Comment une Loossoise est-elle tombée sous le charme du Burkina Faso, au point de s’investir pendant toutes ces années ? Quelles sont les actions de l’association au Burkina Faso?

Rencontre avec Béatrice Bouquet, présidente de l’association depuis 1994.

Béatrice Bouquet, président de Loos N'Gourma crédit Photo: Shi Xiaohan

Béatrice Bouquet, Présidente de Loos N’Gourma
crédit Photo: Shi Xiaohan

D’un voyage touristique à une vie d’engagement!

L’histoire qui lie Béatrice Bouquet et le Burkina Faso date d’au moins 35 ans. A l’époque, encore jeune fille, Béatrice s’intéresse déjà aux questions internationales. Avec ses soeurs, elle rêve même de faire le tour du monde, et de l’Afrique en particulier.

Son premier voyage sur le continent africain se fera avec des amis. Tous s’envolent pour la première fois au Bénin en Afrique de l’Ouest. Nous sommes au début des années 80. A l’époque, avec son mari, Béatrice décide de faire d’une pierre deux coups. Elle profite pour visiter ses partenaires au Burkina Faso. Son coeur reste alors définitivement en Afrique. “Ce premier voyage m’a donné l’occasion de mettre en oeuvre ce à quoi je pensais depuis toujours : notamment en aidant les écoles et les hôpitaux. Mais pas que, il y a aussi la joie et le bonheur qu’on reçoit des autres. C’est un enrichissement mutuel. Je peux donc dire que l’accueil de la population a influencé mon engagement.

 

600 paysans déjà formés

Aujourd’hui, l’association se développe essentiellement à Kantchari, une ville de quelques milliers d’âmes à l’Est du Burkina Faso. Loos N’Gourma y propose notamment d’échanger sur différents thèmes dont l’agroécologie (une façon de concevoir des systèmes de production de façon à respecter l’environnement), un thème très cher à l’association.

Près de 600 paysans ont déjà été formés dans la région, ce qui est énorme dans une ville où l’agriculture représente 95% des ressources. “Il a eu tellement d’engouement pour la formation que le lieu est carrément devenu un centre de formation à Sampieri l’un des villages de la commune pour apprendre l’agriculture, la lecture et l’écriture, l’énergie solaire, la construction mais aussi la gestion bio digesteur (une cuve qui permet de générer du biogaz grâce aux matières organiques).”

Dans cette commune, huit forages ont déjà été installés dans les villages pour faciliter l’accès à l’eau. L’association a finalement construit, avec l’aide de huit partenaires privés et publics dont le conseil départemental du Pas-de-Calais, un centre d’hébergement en internat avec la méthode de construction des « voûtes nubiennes » (une technique novatrice utilisant la terre comme matière première). C’était une première dans la région.

Béatrice Bouquet , en arrière plan, la photo de la carte du Burkina Faso Crédit Photo: Shi Xiaohan

Béatrice Bouquet , en arrière plan, la photo de la carte du Burkina Faso
Crédit Photo: Shi Xiaohan

Encore des défis

« Notre prochaine étape, c’est d’être reconnu par l’Etat burkinabé comme une école de formation » explique Béatrice Bouquet au local de l’association de la rue Roger Salengro à Loos-en-Gohelle. « Nous ne nous positionnons pas en donneur des leçons mais l’on s’appuie sur les structures du pays. Nous réfléchissons à comment améliorer ce qui se fait déjà”. Parallèlement, plusieurs autres actions ont été menées, à commencer par la réhabilitation d’une maternité, la construction d’une bibliothèque, l’installation d’une halte garderie.  L’association envisage de faire encore plus, toujours dans le domaine du développement durable et de l’agroécologie.

Impliquée à Loos-en-Gohelle

En attendant, l’association sera présente lors de la Semaine de la solidarité internationale, organisée en novembre de chaque année à Loos-en-Gohelle. Elle réunie une dizaine d’associations du collectif de la Gohelle pour l’éducation au développement et à la solidarité internationale. L’événement accueille de nombreux participants dont les écoliers, afin qu’ils se rendent compte des difficultés d’accès à l’éducation d’autres enfants dans le monde. Il y a également toutes sortes d’animations et chaque année des nouveaux thèmes : cette année, place notamment à un concert de musique malienne avec Badala Foly.

“ Le monde est en mouvement, nous devons prôner le vivre ensemble”  précise Béatrice Bouquet, “c’est d’ailleurs le thème que nous allons développer cette année avec les participants, lors de la semaine de la solidarité.”

Une correspondance entre le Burkina et Loos

L’association N’Gourma a tissé le lien entre deux jeunes filles, qui ne sont âgées que d’une dizaine d’années à l’époque : Océane Ten, à Loos-en-Gohelle et Florence à Sampieri. Océane n’a jamais mis un pied au Burkina Faso mais c’est à travers les lettres qu’elle voyage : « J’y ai découvert les modes de vies, les coutumes, les tenues vestimentaires, bref j’ai été plongée dans le quotidien des habitants de ce petit village ».

Les deux filles partagent leur quotidien par lettres interposées. “Nos échanges tournaient autour de notre vie de tous les jours. On parlait des fêtes de noël, je savais qu’elle allait puiser de l’eau dans les puits, qu’à un moment sa soeur était souffrante, etc. » Océane recevait aussi des photos. « Sans m’être jamais rendue dans son village, je peux le décrire. Une fois, elle m’a envoyé un costume typiquement burkinabé, je l’ai gardé pendant longtemps. C’était un bel échange culturel entre nous. » Aujourd’hui, sa correspondante est enseignante d’anglais. Même si les échanges de lettres ne sont plus réguliers qu’autrefois, elles ont gardé contact. « D’ailleurs, je dois lui envoyer une lettre un de ces jours” , conclut-elle sourire aux lèvres.

 

Ange Kasongo

Alexis Mignon, un fada des activités du centre jeunesse Les Francas

Alexis Mignon a 17 ans. Il adore venir passer du temps pendant ses vacances au centre jeunesse Les Francas, installé dans la salle Julie Nodot à Loos-en-Gohelle.

Alexis Mignon, 17 ans. Il aime jouer au piano

Alexis Mignon, 17 ans. Il aime jouer au piano Credit Photo: Ange Kasongo

 

Deux ans déjà qu’il fréquente le centre de Jeunesse Les Francas. C’est devenu une seconde maison pour lui. L’année prochaine, il ne pourra plus venir. Il deviendra majeur. “Je n’ai vraiment pas de chance, je suis né en juillet et l’année prochaine, j’aurais 18 ans, je n’aurais plus le droit de passer du temps ici”, dit-il avec un ton très triste.  » J’y viens même pendant la période de cours mais avec une fréquence moins dense, je suis très attaché au centre jeunesse « , détaille le jeune Alexis. 

Au centre de jeunesse divers jeux permettent aux jeunes de développer leurs connaissances  et de s’épanouir. Il y a les activés en extérieur : rafting, ping-pong, piscine, etc. Ou en intérieur : baby-foot, atelier totem, atelier cuisine…
Sourire discret, yeux marrons, Alexis est très ambitieux. Il voudrait devenir architecte. Pour l’instant au centre, Alexis est plutôt intéressé par le piano. Il pianote de chez lui sur l’instrument de sa soeur, mais surtout au centre. Avec son ami Charles Lallart , ils ont joué un bon morceau de piano à quatre mains, jeudi dernier lors de la visite des étudiants internationaux de l’Ecole supérieure de Journalisme de Lille (ESJ).

Le centre devrait-il changer de politique dans le critère des jeunes qui s’occupent pendant le vacances? Cela ferait plus d’heureux que de malheureux.

 

Ange Kasongo 

Escalader jusqu’au sommet du terril de Loos-en-Gohelle : première expérience pour Léa Wasil

 

Un petit réservoir de tranquillité ce terril de Loos en Gohelle. Pas seulement, c’est aussi le plus haut d’Europe. Léa Wasil, 13 ans, va l’escalader aujourd’hui pour la première fois. Avec un groupe des jeunes de 11 à 16 ans. 

 

Léa Wasil, 13 ans ( à gauche) et Chloé Skalec 12 ans, ( à droite) Crédit Photo: Ran Wei

Léa Wasil, 13 ans ( à gauche) et Chloé Skalec 12 ans, ( à droite)
Crédit Photo: Ran Wei

C’est sa première. La première fois qu’elle va accéder au sommet du terril de Loos-en-Gohelle, réputé pour être le plus haut d’Europe. Derrière ses lunettes et ses gestes discrets, Léa Wasil ne laisse transparaître aucune appréhension. Elle avait déjà grimpé un premier « étage » du terril, elle sait quand même un peu à quoi s’attendre.  » D’habitude, avec mon père, je m’arrête sur le grand espace ce qui est déjà pas mal » confie la jeune fille de 13 ans, plutôt rassuré.

Vive les selfies

Léa Wasil est née à Lens et vit à Loos-en-Gohelle avec ses parents. Habillée d’une chemise bucheron de couleur vert foncé (c’est la mode par ici), qu’elle a assortie d’un tee-shirt gris, elle n’hésite pas à se faire photographier avec ses amies, dont Chloé Skalec, 12 ans. Elles ne se sont pas quittées pendant tout le trajet !

Pourtant, la pente noire devient de plus en plus raide au fur et à mesure de la montée. Il faut éviter les grosses pierres situées ça et là. Et aussi les énormes flaques d’eau noire (la veille, il n’avait fait que pleuvoir). Certains n’hésitent pas à demander de l’aide. D’autres s’épuisent et font une petite pause. Tandis que Léa et Chloé n’ont aucune difficulté à gravir les obstacles.

Tout en haut du terril

Arrivé au sommet, tout le monde pousse un ouf de soulagement. Et prend plaisir à admirer la vue imprenable sur le bassin minier. Après quelques selfies bien mérités, Chloé fait office de guide pour son amie. Car contrairement à Léa, Chloé n’est pas à sa première escapade.  “ J’y viens toujours, ça doit être ma troisième ou quatrième  fois”, explique rapidement Chloé. Hier boudés des habitants, la politique de la ville de Loos-en-Gohelle qui consiste à permettre aux habitants de se réapproprier les terrils comme des espaces de nature commence à produire ses effets.

Après une vingtaine de minutes à dominer le paysage de Loos-en-Gohelle et de l’arrière-pays, il est déjà temps de redescendre. C’est l’étape qui peut paraître la plus facile ! Et pourtant, il faut être très prudent. “Glisser et se fracturer une jambe, c’est plus facile que d’escalader “, lance d’une voix amusante un jeune du groupe.

Même pas peur

Léa caracole en tête. Toute seule. Sa casquette retournée en arrière. Elle se la joue cool. Elle est essoufflée mais garde son sans froid. Malgré son petit gabarit, elle s’avère bien courageuse à la descente du terril, qui peut parfois faire peur. “ C’était sympa et c’est vraiment beau de voir les maisons et les beaux paysages mais ce n’est pas du tout effrayant “, commente-t-elle tout en continuant la descente. Même pas peur, vraiment ? « Je ne sais pas, comme ça, je n’ai pas eu peur », ajoute -t- elle de façon désinvolte. 

 

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Léa et Chloé après avoir escaladé le terril, haut de 186 mètres. Crédit Photo: Ran Wei

Juste le temps d’achever sa phrase, Chloé, son amie arrive finalement à nous rattraper. Les deux adolescentes se  chuchotent quelques phrases rapidement. La complicité entre les deux amies saute aux yeux.

Alors Léa ne laisse toujours pas dévoiler sa vraie personnalité, nous revoilà, sur le grand espace du départ, en bas du terril de 186 mètres que nous venons péniblement d’escalader.  Nous regardons vers le terril, les autres ont encore du chemin avant de nous rattraper. 

La descente du terril. Crédit Photo: Ran Wei

La descente du terril. Crédit Photo: Ran Wei

 

Ange Kasongo 

 

Tour d’Afrique à vélo, à 25 ans : Julian Perdrigeat  l’a fait !

En 2011, il a traversé l’Afrique à vélo. Ce projet fou et courageux, Julian Perdrigeat, aujourd’hui directeur de cabinet du maire, en parle comme si c’était hier.

Julian Perdrigeat, Crédit Photo: Charlotte Mesurolle

Julian Perdrigeat à la mairie de Loos-en-Gohelle, Crédit Photo: Charlotte Mesurolle

« J’avais un rêve : faire un voyage au long cours, un voyage où je dépasserai la frustration du retour et j’aurais envie de rentrer chez moi« , raconte Julian Perdrigeat. En un an et demi, il a parcouru 15 000 kilomètres de routes, rencontré des centaines de personnes et vécu d’incroyables aventures.

Aujourd’hui, directeur du cabinet du maire Jean-François Caron à Loos-en-Gohelle (Les Verts), il sait qu’il a réalisé une prouesse incroyable. Dont il parle encore avec des étoiles dans les yeux. « Ce n’était pourtant pas facile de se jeter dans l’inconnu, avec pour un seul bagage de 15 kilos et un vélo dont je savais à peine changer la roue ».

La poursuite d’un rêve 

Tout est parti de plusieurs envies : l’envie de découvrir l’Algérie de son grand-père paternel, l’envie de rallier Sharpeville pour rencontrer Nelson Mandela, l’envie d’échanger des expériences, d’explorer des modes de vie par nature écologiques. « Le virus m’a aussi été transmis par le livre L’usage du monde de Nicolas Bouvier », Confie-t-il.

Il a donc décidé de faire un tour d’Afrique à vélo. Pourquoi le vélo? « Parce que je voulais voyager de façon ni trop rapide, ni trop lente tout en étant autonome« , comme il l’explique sur son blog. 

Julian Perdrigeat pret à pédaller, photo prise à Lille devant l'école Quinet Rollin, Wazemmes, Crédit Photo: http://juliancyclo.tumblr.com/velo

Julian Perdrigeat – Photo prise à Lille devant l’école Quinet Rollin, Wazemmes,
Crédit Photo: http://juliancyclo.tumblr.com/velo

Plusieurs questions taraudent l’esprit du jeune de 25 ans qu’il est à l’époque : comment le peuple africain a-t-il réussi à surmonter le choc de la colonisation ? Comment ont-ils eu cette capacité de résilience pour se reconstruire ? Le jeune diplômé de sciences politiques veut avoir les réponses directement en Afrique plutôt que dans les livres. Après avoir réussi son concours de la fonction publique territoriale, le jeune homme décide de repousser sa titularisation le temps de voyager.

Les réalités du voyage 

Il a mis un peu d’argent de côté. Le reste se fera à l’improvisation : « J’ai fait avec quelques contacts sur place mais j’ai aussi eu de la chance de tomber sur les bonnes personnes ». Et notamment, non pas Nelson Mandela qui était à l’époque souffrant mais son bras droit Ahmed Mohamed Kathrada, un « freedom fighter » devenu un homme politique sud africain.

« Ahmed a passé 24 ans de sa vie en prison avec Mandela », raconte Julian Perdrigeat qui a eu la chance de l’accompagner sur les lieux mêmes où les deux partisans de la paix ont été emprisonnés. « Nous étions avec des jeunes pour lesquels je m’investissais bénévolement : quand nous sommes entrés dans les lieux, tous ont entamé une danse tribale. C’était très émouvant. Mandela fait partie des personnalités publiques qui m’ont toujours inspiré. »

Au final, le voyage aura duré un an et demi, comprenant un an de traversée et quelques mois d’arrêt dans de grandes villes comme Alger, Cotonou, Dakar ou encore Soweto. Route qui se termine par une étendue de sable, camions de marchandises bondés par des passagers clandestins, train qui déraille en pleine cambrousse, passage de frontières dans des endroits compliqués : malgré tous les obstacles, Julian Perdrigeat a donc réalisé son rêve.

Ange Kasongo