Chronique burkinabè* : on ne s’oriente pas de la même façon à Loos et à Dassa

S’il y a quelque chose qui m’a marqué en arrivant à Loos-en-Gohelle (qui compte 7000 habitants environ), c’est la manière de s’orienter dans la circulation. Totalement différente de mon village d’origine, Dassa, Burkina Faso, qui était environ deux fois plus gros en 2006.

A Loos, pour aller voir quelqu’un chez lui, il faut trouver son adresse et se faire guider soit par les panneaux d’indication routière et les numéros des rues soit par un GPS. Faire la même chose dans mon village à Dassa ? Impossible, vous ne vous retrouverez jamais.

Nous avons une méthode plus simple que ça : « Tout le monde connait où tout le monde habite ». Il suffit donc pour le visiteur étranger de se faire accompagner… A bon entendeur !

*Concernant l’accord de Burkinabè, le Larousse propose trois choix :

burkinabé adjectif et nom
ou
burkinais, burkinaise adjectif et nom
ou
burkinabè adjectif invariable et nom invariable

et nous avons choisi l’invariable.

Attaque terroriste à Ouagadougou : une « burkinabè » de Loos-en-Gohelle réagit

Ouagadougou a été victime d’une attaque terroriste dimanche dernier. Le bilan provisoire fait état d’une vingtaine de mort et d’une dizaine de blessés. Béatrice Bouquet connait bien le Burkina Faso, puisqu’elle y va régulièrement depuis 1983 et dirige d’ailleurs l’association Loos N’Gourma. Elle est consternée. Interview. 

Béatrice Bouquet, consternée par la nouvelle de l’attentat de Ouagadougou © Oudom Heng

Lost in Gohelle : Un mot pour vos amis du Burkina Faso…

Béatrice Bouquet : Je pense beaucoup à eux. Tous mes amis sont sains et saufs. En 2016, je me suis retrouvée la seule blanche dans un restaurant à Ouagadougou car les touristes avaient peur de sortir après le premier attentat de janvier 2016 à Ouagadougou. Je mesure donc les conséquences de ce qui s’est passé. Il faut pour nos amis burkinabè, rester très solidaires, tenir le coup pour lutter contre ce terrorisme. Beaucoup de pensées pour eux, beaucoup d’amitié. Et un peu de réconfort autant que possible.

Lost in Gohelle : Cet attentat rappelle celui du 15 janvier 2016 qui a lieu sur la même avenue (Kwamé N’Krumah). Connaissez-vous les lieux ?

Béatrice Bouquet : Il est vrai que je ne fréquente pas beaucoup Kwamé N’Krumah mais c’est une avenue que je connais. J’y suis déjà passée. Le but de ces terroristes pour moi, c’est de déstabiliser à la fois le Burkina Faso et les associations qui interviennent pour aider le pays. Ils veulent peut-être aussi mettre la main sur certaines richesses du pays. En résumé, soit en faire un État islamiste soit profiter des richesses minières. Ces gens ont besoin d’argent pour financer leurs attaques, leur terrorisme, peut-être qu’ils viennent frapper pour ces raisons.

Lost in Gohelle : Comment avez vous été mise au courant pour l’attaque?

Béatrice Bouquet : J’ai appris cela le lendemain matin en écoutant la radio. J’étais très triste d’apprendre cette douloureuse nouvelle d’un attentat qui frappe encore le Burkina Faso. Au départ, je pensais que c’était moins grave. C’est seulement après quand on est allé chercher l’info… [Après un silence rempli d’émotions], On est tous Ouagadougou, ou tous Paris, solidaires quand il y a un attentat.

Lost in Gohelle : Ce triste événement nous ramène à nous interroger sur le phénomène du terrorisme, qu’en pensez-vous ?

Béatrice Bouquet : Je me demande si c’est vraiment religieux car l’Islam interdit de tuer son prochain. Cependant, il faut reconnaitre que les inégalités sociales dans le monde créent le terreau fertile pour faire naître ces terroristes, qui ne connaissent pas vraiment les fondements de la religion. On pourrait penser la même chose en France quand on voit la montée du Front National. Ce sont des gens, pour la plupart les exclus de la réussite et de la mondialisation, qui votent pour les extrêmes.

Lost in Gohelle : Des pistes de solution ?

Béatrice Bouquet : Il faut voir comment on travaille à rendre le monde plus juste. À tous points de vue, il y a la grande pauvreté qui existe dans certains pays, l’analphabétisme, c’est… c’est un défi [silence] très difficile.

Lost in Gohelle : …un défi auquel vous croyez?

Béatrice Bouquet : [Empressée] Oui oui j’y crois. J’y crois beaucoup. On arrivera pas à le résoudre, mais on passera le relais. C’est comme ça qu’il faut entendre les choses. On ne peut pas résoudre tous les problèmes du monde mais chacun peut faire sa part, informer d’autres pour qu’ils puissent prendre le relais.

 

Yipo Vincent Bado

Présentation de la nouvelle équipe de Lost in Gohelle : Vincent, un parcours de combattant

Les étudiants burkinabés connaissent plus le responsable syndical. Et pour cause, Vincent Bado est jusqu’à ce jour, secrétaire général de l’Union générale des étudiants Burkinabè (UGEB), la principale organisation d’étudiants à caractère syndical de son pays d’origine, le Burkina Faso.

Vincent BADO, lors de son premier jour à Loos-en-Gohelle © Stefano Lorusso

Les étudiants connaissent certainement moins sa casquette de journaliste. C’est pourtant ce qui l’a conduit en France, à l’école supérieure de journalisme (ESJ) de Lille. Il vient d’arriver à Lille jeudi dernier pour rejoindre l’aventure Lost in Gohelle. Mais qui est Vincent?

Vincent est le cinquième d’une fratrie de sept enfants. Il est né à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, un matin d’octobre 1992. Cinq ans plus tard, il commence son cursus scolaire à l’école primaire complexe Sono, une école de six classes pas très loin de chez lui. Brillant, il est toujours dans le box des cinq meilleurs de sa classe jusqu’en fin d’école primaire. Bon lecteur, il a été à plusieurs reprises désigné pour lire des discours lors des événements qu’organise l’école. Mais sa passion pour le journalisme est née au lycée. En classe de 1ère, l’adolescent de 16 ans constitue avec quelques camarades du Lycée Wend Manégré, « une rédaction » qui s’amusait à publier des articles écrits à la main, sur des faits divers, que les lecteurs se passaient de main en main.

Et puis l’insurrection d’octobre 2014 est passée par là

Dans la vie de Vincent, beaucoup d’événements ont influencé sa volonté de devenir journaliste. Déjà en décembre 1998, le pays est en ébullition parce que Norbert Zongo, un journaliste défenseur des droits humains, a été assassiné, immolé avec trois des ses compagnons. Il était encore tout petit mais il se rappelle être descendu dans la rue à l’époque pour réclamer, même s’il n’y comprenait pas grand chose, « vérité et justice ».

D’ailleurs 1998 marque un tournant décisif dans la vie politique du Burkina Faso: une succession de mouvements sociaux aboutissent à une insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Avant, pendant et après cette insurrection qui a vu la fuite de l’ancien président du pays, Blaise Compaoré, Vincent est toujours parmi ces millions de jeunes burkinabés qui descendent dans la rue pour réclamer une vraie démocratie. Après l’insurrection de 2014, il intègre un bimensuel en juin 2015. Un bimensuel au nom évocateur: La Rupture.

À côté, il continue ses études dans le département d’études anglophones à l’Université de Ouagadougou d’où il décroche sa licence en 2017. Il n’hésite à postuler au concours d’entrée à l’ESJ Lille. Et le voilà à Loos-en-Gohelle… Le début d’un nouveau parcours.