Passeurs de Mémoire à Loos-en-Gohelle : une aventure humaine pour un monde meilleur

Sylviane Roszak, professeure d’histoire, est l’une des responsables de l’association Passeurs de Mémoire, qui engage les jeunes adolescents dans les recherches et mises en scènes de l’histoire de Loos-en-Gohelle. Entretien avec Sylviane Roszak.

Sylviane Roszak (à droite), est présidente de l’association Passeurs de Mémoire et son élève Clémenté Rabito, coordinateur de cette association. © Yan CHEN

Qui sont les membres de Passeurs de Mémoire ?

Sylviane Roszak : On compte maintenant une dizaine de jeunes adolescents âgés de 11 à 20 ans dans Passeurs de Mémoire. La plupart sont mes élèves. J’ai constaté, dans mon collège, que certains des élèves qui ne sont pas forcément ceux qu’on appellent les « bons élèves » ont énormément d’idées et d’envies. Ils veulent essayer à la chanson, à la danse ou même à la magie.

Qu’est-ce qu’on propose exactement dans cette association ?

Sylviane Roszak : Au départ c’était justement un atelier pour les jeunes afin de passer un moment ensemble autour des recherches historiques et documentaires. Puis, les jeunes ont eu envie de créer des spectacles. On a alors mis en place progressivement des spectacles comme par exemple un « one man show » au foyer des personnes âgées ou les spectacles thématiques en chansons, en poésies et en archives à l’occasion des grands événements.

Quel est l’objectif de Passeurs de Mémoire ?

Sylviane Roszak : L’objectif est de donner une occasion pour que les jeunes puissent s’exprimer et avoir accès à connaître leur histoire, à leur patrimoine. Nous essayons aussi de transmettre les émotions aux personnes qui regardent les spectacles.

Spectacle de Passeurs de mémoire « Mon grand-père était mineur » le 3 juillet 2017 au Foyer Omer Caron © Facebook de Passeurs de mémoire

Qu’est-ce qui relie ces jeunes adolescents autour d’un spectacle?

Sylviane Roszak : Ce n’est pas un simple groupe de jeunes. C’est avant tout une aventure humaine. Comme les âges de ces jeunes varient de 11 à 20 ans, ils n’ont pas forcément les mêmes centres d’intérêts. C’est un peu surprenant mais les spectacles ont eu un grand succès. Je ne peux pas expliquer la magie au sein de notre groupe.

Pourquoi on dirige les jeunes vers le travail sur l’histoire?

Sylviane Roszak : La mémoire a le droit de ne pas être oubliée. On essaie de transmettre cet esprit aux jeunes. A mon avis, si on ignore son passé, on ne peut pas se projeter vers l’avenir.

Passeurs de Mémoire permet à ces jeunes de réfléchir sur les erreurs du passé et l’évolution actuelle de la société. Quand on réfléchit, on peut être amené à contester ce qui se passe en disant que ce n’est pas normal. Si on ne réfléchit pas, on accepte tout. C’est à vous les jeunes de prendre la charge pour changer le monde, le monde sera ce que vous voulez qu’il soit.

Quelle est la responsabilité assumée par Passeurs de Mémoire dans le monde actuel?

Sylviane Roszak : Evidemment on peut faire évoluer le monde dans lequel on vit. On veut que ce soit un monde d’entraide, de solidarité et de fraternité plus qu’un monde d’indifférence. On est là pour inciter les jeunes à réfléchir. On leur montre les différences et également « les meilleurs plats ». « Les meilleurs plats » sont ceux qui mélangent au maximum les ingrédients. Une société meilleure, c’est celle qui prend la meilleur de chaque. C’est justement le partage de tout ce qui fait notre force qui peut rendre le monde meilleur. Ce qui m’importe, c’est de faire notre petit travail à notre niveau. Si il n’y pas cet effort dans une société, les sociétés qui se nourrissent de l’angoisse vont tout droit vers le burn-out. Je pense que si chacun a son petit niveau de faire ce travail, ce serait déjà pas mal.

Clémenté Rabito, élève de Sylviane Roszak et coordinateur de Passeurs de Mémoire, a chanté un morceau de Nuit et brouillard de Jean Ferrat durant notre interview.

Propos recueillis par Yan CHEN

Loos-en-Gohelle : Une jeune génération perdue dans la transition ?

Dans cette ville en transition de Loos-en-Gohelle, la jeune génération se bat pour réparer les blessures d’hier. Enquête sur l’état de la jeunesse loossoise.

Il a longtemps hésité avant de glisser ces mots. Mais finit par lâcher « J’ai voté FN » avec un peu de réticence. Au cours de cet après-midi ensoleillé, ce jeune garçon de 22 ans s’entraîne dans le skatepark de Loos-en-Gohelle. Il habite dans le quartier ouest, où se regroupent trois cités d’anciens logements miniers, éloignés du centre-ville.

Quand on parle de l’univers médiatique, il ne cache pas son désaveu à l’égard des médias français : « Souvent les journalistes cherchent du scoop et disent les bêtises, tandis que nous avons seulement besoin des faits essentiels. » Lorsqu’on lui demande d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à voter FN, il reste souriant, hésite à répondre et finit par refuser de parler plus de politique. Il souhaite d’ailleurs rester anonyme.

« Parce que Mélenchon représente les ouvriers, tandis que Macron est pour les riches ! »

La nuit tombe à Loos-en-Gohelle, un bourg entre ville et village. Lors des dernières élections législatives, le Front National a dépassé les 50% de vote. La moitié des habitants ont donc voté pour l’extrême-droite mais personne n’en parle. Dans un bar du centre-ville, on rencontre quelques jeunes qui prennent un verre. « Moi, je ne me suis pas encore inscrit auprès de la mairie pour voter, mais sinon je voterais pour Mélenchon », affirme Corentin, 19 ans, sans la moindre hésitation. Il poursuit son explication : « Parce que Mélenchon représente les ouvriers, tandis que Macron est pour les riches ! » De son côté, Dominique Da Silva, adjointe au maire de jeunesse et sports constate que « c’est la tendance actuelle : la plupart des jeunes ont voté soit pour Mélenchon soit pour Marine Le Pen. »

« Le problème c’est que les jeunes sont habitués à recevoir les aides de l’Etat au lieu de se débrouiller. Ils peuvent dépenser 15 euros pour acheter un maillot de football à l’effigie de Neymar… et ils se plaignent de la baisse d’APL de 5 euros par mois ! »

« Monde du chômage »

Située dans le département du Pas-de-Calais, en région des Hauts-de-France, Loos-en-Gohelle se trouve au cœur de la région minière. Après la cessation des activités minières, ce territoire se bat pour une transition vers l’avenir. Les blessures économiques de la ville ont forcément marqué les jeunes habitants. Environ 1900 Loossois sont âgés de 3 à 25 ans, sur les 6700 habitants au total selon le recensement officiel de l’INSEE de 2012.

Dominique Da Silva fait le point : « Dans les années 50 jusqu’à 60, c’était très facile de trouver un emploi. Après, les générations suivantes ont subi un peu le chômage. Aujourd’hui, c’est le monde du chômage ! » Le taux de personnes sans emploi de Loos-en-Gohelle atteint 17,7% de la population, alors que le chiffre à l’échelle nationale n’est que de 9,6 %, toujours selon l’INSEE.

Selon l’élue Dominique Da Silva, le chômage constitue le plus grand problème qui précarise la jeunesse loossoise. « Le problème c’est que les jeunes sont habitués à recevoir les aides de l’Etat au lieu de se débrouiller. Ils peuvent dépenser 15 euros pour acheter un maillot de football à l’effigie de Neymar… et ils se plaignent de la baisse d’APL de 5 euros par mois ! » En affirmant une ascension de FN parmi les jeunes, Julien Perdrigeat, directeur de cabinet du maire, affirmait lui aussi que « le plus grand problème pour les jeunes est aujourd’hui de trouver une place dans la société. »

« Allez de l’avant ! C’est à vous de vous débrouiller ! Montrez-nous ce que vous voulez ! Voilà ce que je veux dire aux jeunes »

Dominique Da Silva, adjointe au maire de jeunesse et sports, est dans son bureau. © Yan Chen

« Allez de l’avant ! »

« Allez de l’avant ! C’est à vous de vous débrouiller ! Montrez-nous ce que vous voulez ! Voilà ce que je veux dire aux jeunes », s’émeut Dominique Da Silva. Elle qui a consacré sa vie aux enfants en difficulté et s’investit maintenant en faveur de la « résilience » des jeunes de Loos-en-Gohelle.

Selon les statistiques de la mairie, la municipalité a subventionné plus de 80 associations pour les jeunes dont 23 sur le sport. Ces dernières ont intégré 691 jeunes au total dont 506 de moins de 18 ans et 185 de moins de 25. « Notre objectif est de les aider à sortir de leur mal-être et à s’ouvrir vers le monde », poursuit Dominique Da Silva. « Ces associations peuvent favoriser l’intégration des jeunes dans la société. Par exemple, dans certaines familles où les parents sont toujours au chômage, les jeunes grandissent dans une mauvaise ambiance familiale où le travail n’est pas montré en exemple. Cela pourrait devenir un cercle vicieux. Dans les associations, les jeunes peuvent mieux connaître leur environnement et trouver d’autres exemples. C’est ensemble que l’on peut retrouver un équilibre de vie. »

Résilience mouvementée

Avec son statut de ville en transition, Loos-en-Gohelle a très peu d’emplois à proposer aux jeunes. Même si beaucoup d’initiatives ont été lancées dans le but de la création d’emplois comme la pépinière d’éco-entreprises du CD2E ou la nouvelle zone industrielle Quadraparc. Dominique Da Silva admet que la plupart des jeunes partis faire des grandes écoles ne reviennent plus à Loos-en-Gohelle : ils ont du mal à percer ici. En outre, selon le document de la mairie, « une politique de co-construction de la ville n’a pas encore été totalement comprise ou adoptée par toute la population, notamment les jeunes de moins de 25 ans ». La municipalité en conclut dans son diagnostic jeunesse que « des services à l’enfance et à la jeunesse doivent se renforcer au regard des données démographiques ». Rémi, Loossois de 19 ans, confie : « Oui, l’écologie est importante. On ne dit pas que la politique écologique n’est pas correcte mais il faut faire plus pour nous les jeunes. Par exemple, nous n’avons pas beaucoup de moyens de loisirs ou d’occasions pour se rencontrer à Loos-en-Gohelle même. »

Yan CHEN

Les “pyramides noires”, site touristique incontournable de Loos-en-Gohelle

À 186 mètres d’altitude, les terrils 11/19 de Loos-en-Gohelle se présentent véritablement comme les “pyramides noires” de Loos-en-Gohelle. Ce symbole paysager du bassin minier attire chaque année des milliers de touristes de partout en France et du monde entier.

Les terrils jumeaux du 11/19 constituent l’un des quatre grands sites du patrimoine minier conservés dans le Nord-Pas de Calais. Ces deux chiffres 11 et 19 font référence aux numéros des anciens puits de mine, 11 pour le chevalement métallique des années 1920 et 19 pour la tour de concentration en béton de 1960.

Site incontournable de Loos-en-Gohelle

Un capture d’écran de Tripadvisor.

Fondés avec les déchets de l’extraction, les terrils offrent une faune et une flore diversifiées favorisées par la chaleur dégagée des terrils. Oui, ces milliers de tonnes de charbon dégagent de la chaleur ! Aujourd’hui, grâce aux aménagements, ils sont devenus une destination incontournable pour les touristes, tant pour sa riche histoire, que pour ses zones idéales d’une randonnée et des activités sportives.

Classé au 35ème rang sur 308 choses à voir/à faire à Pas-de-Calais sur TripAdvisor, grand site de voyage, les Terrils Jumeaux du 11/19 attirent des milliers de curieux chaque année.

En publiant les photos des terrils sur TripAdvisor, belleretraite de Montréal, Canada a exprimé sa surprise.

Tiphaine Carrez , venue de Fruges dans le Pas-de-Calais, a déjà visité le Centre historique minier de Lewarde. Cette fois-ci, elle amènent ces six enfants à Loos-en-Gohelle. « Nous allons grimper les terrils en apprenant un peu d’histoire aux enfants », explique-t-elle.

Tandis que Kader Mis, entraîneur d’athlétisme, vient ici uniquement pour le sport : « Je viens de Lille. Mon père était un ancien mineur du bassin minier. Je viens sur les terrils cinq à six fois chaque année pour la course et le marathon. J’y emmène même mes athlètes quelques fois par an ! »

Sur Twitter, les touristes partagent leurs photos prises pendant le voyage sur les terrils:

Informations pratiques

  • Visite libre du site du 11/19 (avec parcours signalétique d’interprétation) et des terrils, tous les jours. Pour monter au sommet depuis le carreau de fosse et redescendre : compter 1h.
  • Visite guidée du site et des terrils avec le CPIE La Chaîne des Terrils : 03 21 28 17  28

Présentation de la nouvelle équipe Lost in Gohelle : Clémence Labasse, une Franco-canadienne prête à la découverte de Loos-en-Gohelle

Clémence Labasse est étudiante en première année à l’ESJ Lille. À 22 ans, la Franco-canadienne s’estime prête à découvrir tous les recoins du monde en tant que journaliste. Loos-en-Gohelle y compris.

Clémence, 22 ans, étudiante en première année à l’ESJ Lille

« Le journaliste est le seul métier où l’on peut toujours explorer les nouveautés du monde. » D’un ton sûr et enthousiaste, Clémence explique sa motivation de devenir journaliste. Un rêve d’enfance.

Née à Lyon, Clémence passe son enfance en France jusqu’en 2011. À l’âge de 16 ans, elle déménage à Ottawa, au Canada, avec sa famille. Avant de revenir cette année pour étudier le journalisme à l’ESJ Lille.

Clémence, une « citoyenne du monde »

« Je ne m’identifie pas spécialement à la France ou au Canada. Je me sens plutôt citoyenne du monde, même si c’est un peu cheezy à dire », confie Clémence. Cet esprit ouvert fait son identité et marque sa jeune carrière professionnelle. Elle a déjà pratiqué le journalisme pendant trois ans dans le journal universitaire La Rotonde à l’Université d’Ottawa où elle a découvert beaucoup sur le métier, mais aussi où elle a fait face parfois à des menaces et des critiques.

Les hauts et bas de cette expérience l’ont surtout confortée dans son intention de poursuivre son rêve de journaliste en explorant les inconnus. Elle lui a aussi permis de travailler quelques mois à Radio-Canada, la société publique de radiodiffusion du pays. Pour l’avenir, elle espère découvrir encore le monde en tant que correspondante à l’étranger, ou peut-être en faisant des documentaires. Que l’aventure commence !

Surprise du croisement culturel

Arrivée le matin du 7 août à Loos-en-Gohelle, Clémence est agréablement surprise par la nouvelle de l’inauguration d’un mémorial canadien le 22 août pour commémorer la Bataille de la Cote 70 survenue durant la première guerre mondiale. Saisie par le charme pittoresque de la ville, Clémence est prête à s’immerger dans Loos-en Gohelle et à en découvrir les différentes facettes.