Zoom sur la faune et la flore exceptionnelle des terrils de Loos-en-Gohelle

Saviez-vous que les terrils possèdent une flore et une faune exceptionnelle ? Hier chargés du poids de l’image négative de la région, ces montagnes de cailloux abritent aujourd’hui une biodiversité fascinante à observer. Top 6 des incontournables des terrils.

Plantes

Le figuier

Un jour, un specimen a germé à l’improviste sur un flanc du terril: normalement dans la région il ne pousse même pas dans les jardins ! Même si les figuiers de terrils ne donnent jamais réellement de fruits à cause du manque de soleil, ils figurent en bonne place dans le top des espèces originales.

Une légende raconte que le pépin originel est venu directement du Maroc, dans les bagages d’un mineur de la fosse 11/19. En effet à l’époque, lors de leur pause-déjeuner, les mineurs jetaient leurs déchets de nourriture dans des wagonnets, qui étaient déversés… directement au sommet des terrils !

Le pavot cornu

Cette espèce rustique et vigoureuse, qui pousse normalement dans les dunes et dans les terres incultes, fait partie des plantes pionnières, c’est-à-dire les premières ont réussi à s’implanter spontanément sur le sol nu. On le reconnaît grâce à son feuillage vert-bleu ondulé et à ses fleurs de coquelicot d’un jaune orangé. Son système de racines très longues et pivotantes lui permet de garder une certaine tenue dans les sols drainés, s’accrochant même aux pierres encore mobiles.

Un exemplaire de pavot cornu fleuri sur le terril © Arianna Poletti

Le seneçon du cap

Cette espèce herbacée très envahissante, aux fleurs d’un jaune vif, fait partie des plantes qui sont arrivées sur le terril grâce aux hommes. Originaire d’Afrique du Sud, elle arrive en Europe lors des guerres 14-18 et 39-45. Elle produit des grains à forte capacité de dissémination, qui volent au vent et s’accrochent facilement aux habits. La tradition veut qu’elle soit arrivée en France par intermédiaire des toisons de moutons importées de la ville de Mazamet, dans le Sud, par les usines de Calais. Elle s’est vite répandue dans le bassin minier où on la retrouve souvent au bord des routes ou des voies ferrées.

Le rosier sauvage

Autrement appelé Rosa Canina, c’est un arbuste épineux à fleurs rosées qu’on trouve surtout en plaine et qui sert de base pour les greffes des arbres. Ses fruits, les cynorhodons, sont très riches en vitamine C et sont utilisés pour réaliser des gelées, des sirops et des confitures. Ils sont appelés familièrement ‘gratte-culs’ : un terme qui évoque l’effet irritant des poils qui se trouvent à son intérieur au contact de la peau. Les enfants du territoire s’amusent souvent à les enfiler dans le derrière des chemises de leurs camarades.

Animaux

Le Crapaud calamite

Cet habitant de taille petite du terril aime l’altitude et se refuge habituellement dans les zones les plus tranquilles et humides pour pondre ses œufs, comme des flaques d’eau par exemple. Il se cache souvent sous les pierres et sous les morceaux de ferrailles et de bois qui forment l’ancien tapis minier. Il se distingue par une ligne jaune ornant son dos verdâtre. Au début de la saison des amours, en mai, les mâles chantent au cours de la nuit. Ce chant en cœur est très puissant  : il peut être entendu jusqu’à deux kilomètres de distance !

Le lézard des murailles

On trouve tout un cortège de ces lézards protégés au niveau des terrils. De couleur marron-gris, avec une longue queue, ils apprécient les expositions ensoleillées et ils pondent leurs œufs sous les pierres. Mais le mode de ponte dépend du milieu : dans le sud de la France, ils sont vivipares : les petits naissent sans enveloppe ni coquille.

Le merle à plastron

Cet oiseau migrateur au plumage brun part chaque année des pays du Nord pour descendre jusqu’en Afrique. C’est en remontant qu’il s’arrête sur les terrils au printemps pour se reproduire. Pour mieux observer l’évolution et les déplacements de ces oiseaux migratoires, des opérations de baguage sont organisées durant trois semaines.

Un champ de fleurs aux pieds du terril © Arianna Poletti

Le saviez-vous ?

Dans les années 80, la majorité des Loossois n’avait jamais mis les pieds sur les terrils. Ces collines de roches et de ‘gaillettes’ noires, déchets de l’extraction minière, étaient considérées comme de gigantesques poubelles. Dans ce territoire post-industriel, la nature a repris ses droits : elle représente même un patrimoine varié très intéressant à étudier et à préserver.

Au début de la reconquête verte, les plantes les moins exigeantes et les plus capables de s’adapter aux conditions particulières ont ouvert le bal. Ce sont elles qui ont ensuite permis l’installation d’autres nombreuses espèces.  Le microclimat des terrils contraste avec le territoire alentour. Les pentes sont plus sensibles à l’érosion. Les températures sont plus élevées (de 5 degrés en moyenne) à cause de la couverture noire qui absorbe mieux les rayons du soleil.  La composition du sol est plus acide et dépourvue de substances chimiques. Le milieu est globalement plus sec et aride, puisque les tas de cailloux présents ne tiennent pas l’eau.

 

Merci à Francis Maréchal, président du CPIE Chaine des Terrils, passionné de nature et ornithologie et organisateur de balades guidées, qui a permis la réalisation de cet article.

 

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