Marcel Caron, ancien maire de Loos-en-Gohelle : un mandat consacré à la mémoire et la la culture

Fin des années des 70, les puits de mines ferment les uns après les autres dans le bassin minier. Marcel Caron, alors maire de Loos-en-Gohelle (et père du maire actuel), entreprend envers et contre tous, la préservation du patrimoine minier. Rencontre.

Marcel Caron, ancien maire de Loos-en-Gohelle © Martina Mannini

C’était la fin d’un empire. Avec la fermeture progressive des mines et l’arrêt de l’extraction de charbon, la population sombre dans un pessimisme noir. Elu maire de Loos-en-Gohelle, une petite ville de 7000 habitants au coeur du bassin minier, Marcel Caron n’a pas souhaité se résoudre à voire disparaître les chevalets, les terrils et les bâtiments de la fosse du 11-19. A une époque où la majeure partie des habitants souhaitaient tout raser, ne souhaitant plus entendre parler de charbon. L’objectif du maire : faire du site un lieu de mémoire collective.

Partir des racines

C’est à partir de ce projet que les festivités des Gohelliades sont lancées. Quand l’industrie minière a cessé d’exister, les gens se sentaient perdus, tout à coup inutiles et incompétents malgré eux. « A l’époque, monsieur l’ingénieur dirigeait tout« , se souvient Marcel Caron. Même après, les traces de la domination minière restaient visibles à chaque coin de rue : dans les propriétés de quartier, dans les installations, dans les stades… Le travail s’était arrêté, mais la ville ? Personne n’en parlait. Pour Marcel Caron, il fallait se relever et commencer une nouvelle vie à partir du passé. « Le territoire changeait autour de nous, et on devait profiter du temps donné pour fixer les souvenirs trop longtemps ignorés« . Il insiste :  » Des souvenirs qui étaient révélateurs à la fois de la vie et de la richesse spontanée des Loossois« .

En chemin vers le festival

Marcel Caron pense à organiser des activités culturelles. Il voit la culture comme une piste d’avenir pour donner une nouvelle dimension à la région. A l’époque, on le considère comme un fou. Aux réunions des syndicats intercommunaux, apparemment personne ne semble comprendre l’importance d’un tel projet. Malgré tout, le maire réussit à réunir une quinzaine de bénévoles autour de son projet. L’idée sera formalisée en 1982.

« Au début, on est parti un peu dans toutes les directions », explique-t-il. « On voulait valoriser les passions des gens, découvrir les petits trésors personnels qu’ils avaient tendance à cacher dans leurs maisons, puisqu’ils avaient vécu longtemps dans un esprit de soumission ». L’équipe de Marcel a donc organisé des expositions, des soirées et des concours qui tournaient autour de plusieurs formes d’expression : la danse, le chant, l’écriture, l’art, etc.

Début des Gohelliades

Lors de la première édition du festival des Gohelliades en 1984, il y avait de tout et notamment des collectionneurs, de peintres, des poètes patoisants. « Je me souviens d’une formidable maquette en miniature de l’ancienne fosse où est actuellement implanté le Louvre« , raconte l’homme en souriant.

Le vrai choc restait à venir. Bientôt, le projet s’est tourné vers les symboles visibles de la région : les terrils. Pour montrer brutalement aux gens que ces lieux typiques pouvaient être regardés autrement et redevenir ‘vivants’. Plusieurs opérations de décoration de ces cônes noirs se succèdent, pour donner à nouveau envie à la population de lever la tête vers eux.

Marcel souligne les gros efforts fournis en cours de réalisation, aux prises avec un lieu presque inaccessible, où tout devait être transporté à la main. « Une fois, on a blanchi la pointe du terril. Une autre fois, on a mis un triple collier tout autour. Et encore une autre fois, un miroir aux alouettes qu’on pouvait voir jusqu’à 40 kilomètres à la ronde » Ce sont les images qu’il voit figurer dans sa tête. L’ancien maire s’est ensuite rendu compte que ça fonctionnait : il y avait une accroche, les habitants se mobilisaient en masse pour participer à la fabrication des outils de décoration.

Explorer l’identité

L’équipe est donc passée à l’organisation d’événements scéniques avec des montages son et lumière en plein air (dans le terril plat du puits du 15 bis, ingénieusement aménagé en théâtre de verdure). Elle collaborait avec les associations locales et des clubs de haut niveau, ouverts à tous. « On a quand même choisi de gérer le processus de création sous forme de travail de créativité encadré. C’est-à-dire que chacun pouvait participer librement au ‘jeu’, apporter une idée, mais tout devait tourner autour du thème du patrimoine et de l’identité de la Gohelle ».

Finalement, en 1987, les efforts du groupe sont récompensés et le spectacle populaire « Terre d’en haut, terre d’en bas » est représenté sur les ruines du carreau de fosse 11/19, fraichement fermé, animé par une centaine de figurants non-professionnels. Par la suite, grâce à une nouvelle et fructueuse collaboration avec l’organisme intercommunal Culture commune, dont le laboratoire artistique s’installe à la Base 11/19, les activités culturelles à Loos trouvent finalement une plateforme stable, alimentées par un réseau énergique qui reste fidèle à la philosophie initiale du projet : un mélange entre professionnalisme et forte implication des habitants.

Un exploit difficile

« Notre cible était de rendre le festival accessible à tous et d’attirer un public provenant y compris des territoires en dehors de la commune. Mais le long du parcours on a rencontré des obstacles ». L’expression sur le visage de Marcel Caron change, il dévient plus sérieux. Il raconte qu’en 1984, lors du lancement du projet, et dans les années suivantes, il n’y avait eu aucun relais positif sur ces actions dans la presse locale. Un empêchement lié aux préjugés. « Tout autour en France, s’était formée une image du Nord détestable. Malheureusement relayée par les gens de la région eux-mêmes. Quand je parlais de ce projet culturel à Paris, tout le monde se demandait ce qu’il pouvait bien sortir de bon de cette région composée de pions capables de travailler mécaniquement pendant des heures ».

Marcel Caron, par contre, voyait bien plus de choses derrière cette image. Il voyait un ensemble original et riche en potentiel. « Ce qui m’a frappé au cours de mon mandat, c’est que je suis tombé sur des personnes assez extraordinaires, qui m’ont appris des choses inconnues et intéressantes. Dans mon travail, j’ai voulu partir de ce qui les gens ressentaient. J’ai essayé de les mettre en condition de pouvoir extérioriser leurs pensées. » Son but était de transformer la négation de la réalité vécue en quelque chose de positif. « Je cherchais un moyen pour révéler leurs propres capacités et les aider à développer un sentiment de fierté et d’appartenance au bassin minier. »

 

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