Chronique italienne : ce que les mines d’Aoste ont de commun (ou de différent) des mines de Loos-en-Gohelle

De l’extrême nord italien, à l’extrême nord français. D’une région minière, la Vallée d’Aoste, à une autre, le Nord-Pas-de-Calais. De l’Italie à la France, mon déplacement s’avère cohérent. Deux lieux de ma vie si similaires, en même temps si différents.

Une couverture de champs colorés jusqu’à l’horizon. Deux terrils-pyramides noirs assortis à un ciel couleur nuage. Des maisons en briques aux toits pentus qui semblent sortir tout droit d’un dessin d’enfant. Il faut bien le dire : lorsque je suis arrivée ici, absolument rien de ce paysage ne me rappelait l’endroit où je suis née. Habituée à des montagnes bien plus élevées que ces deux terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, en Vallée d’Aoste on ne voit jamais l’horizon. Lorsque le soleil se cache derrière les Alpes, la nuit tombe trop tôt (mais au moins il y a le soleil !).

Pourtant, le mode de vie loossois m’a tout de suite rappelé ma petite ville d’Aosta. On sort de chez soi, on rencontre un ami, un voisin, un parent, un cousin, un chien qu’on connait. Et, bien sûr, ce couple dont toute la ville parlera le lendemain. Quatre cafés au total, on n’abandonne jamais les habitudes d’une vie.

Au delà des commérages, il y a bien des similarités plus intéressantes à trouver. Hélas, je ne parle pas d’écologie. Ma ville, bien qu’entourée de nature, reste malheureusement un pas en arrière par rapport au développement durable qu’entreprend Loos-en-Gohelle. Pour trouver des points communs, il faut fouiller dans le passé.

Le village des mineurs de la Mine de Cogne (2.500 m) © Wikipédia (https://it.wikipedia.org/wiki/File:Villaggio_Minatori.jpg)

C’est à Cogne, le village où j’ai grandi entre les sapins et les furets, qu’on trouve la plus haute mine d’Europe. Située à 2 500 mètres d’altitude, les mineurs devaient monter jusqu’à ces sommets des plus hauts rochers d’Italie au lieu de descendre au sous-sol à la recherche du charbon. Pour se faufiler ensuite dans les entrailles de la montagne. Ainsi, le village des mineurs était surélevé. Le nez en l’air, il est encore bien visible aujourd’hui. Ils y habitaient à plus de mille à l’époque. Comme dans le bassin minier, la vallée d’Aoste a accueilli beaucoup d’immigrés avec l’ouverture de la mine.

Le village des mineurs, aujourd’hui © Wikipédia

A Cogne on extrayait du minerai de fer, matière première pour l’aciérie de la ville d’Aosta. Rouillée et chancelante, cette usine sidérurgique ne pouvait que s’appeler que « Cogne ». Ses fumées continuent à obscurcir – et polluer – le ciel bleu de chez moi, même si la mine a définitivement fermé en 1969.

La mine n’est pas juste un lieu, mais un monde fascinant que beaucoup d’écrivains ont essayé de raconter. Une société, un mode de vie que les Loossois connaissent très bien. C’est justement le travail de l’association La Chaîne de Terrils : permettre aux habitants de se réapproprier de ce patrimoine. Ainsi, aujourd’hui les jeunes Loossois  savent raconter leurs lieux du passé.

La Mine de Cogne, panorama à 2.500 m © Wikipedia (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mniere_di_Cogne_5.JPG )

En revanche, en Vallée d’Aoste, le monde de la mine a été complètement oublié. Un patrimoine commun qui n’a jamais été valorisé. Le Comité Coeur de Fer (Comitato Cuore di Ferro) se bat pour cette cause. Il a récemment présenté un projet pour la création d’un parc minier, lieu de décryptage pour les touristes et les locaux, qui permettrait de redécouvrir ces lieux isolés.

Il y a 30 ans, ma région cherchait déjà des solutions : l’idée était celle de rouvrir la voie ferrée qui reliait le village de Cogne (2000 m) à la ville d’Aosta (600 m), creusée dans la montagne. Après 25 ans de travail et 30 millions d’euros de dépenses… le « train de la mine de Cogne » n’est jamais parti. Un énorme scandale, un honteux gaspillage dont personne comprend les raisons. Aujourd’hui, tout est à l’abandon. Avec la perte des derniers mineurs, on oublie une partie de notre histoire.

De la mine la plus haute d’Europe, au terril le plus haut d’Europe, pour m’en souvenir il a fallu venir à Loos-en-Gohelle et écrire cet article.

J’imagine sept jeunes jeunes journalistes en reportage à Cogne pendant deux semaines. Il y aurait bien de choses à dire.

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