Chronique canadienne : le paternalisme, comparé d’un côté et de l’autre de l’Atlantique

Gauche : Des trieuses de charbon de la Compagnie des Mines de Lens, en 1950 / Droite : Le premier ministre québecois Maurice Duplessis avec Mgr Charbonneau, en 1946 © Archives

Pourquoi le développement dans le bassin minier, à Loos-en-Gohelle est-il plus ardu que dans le reste de la France ? Et, comment se fait-il que malgré ces difficultés, cette terre soit fertile pour de nombreuses progrès sociaux et écologiques ? Les réponses à ces questions sont aussi nombreuses et variées que les personnes qui tentent d’y répondre.

Il faut que je vous avoue quelque chose. Je ne suis spécialiste ni du Nord ni du Québec, étant née à Lyon; et n’ayant vécu au qu’en Ontario. Il m’a pourtant semblé, en écoutant pour la première fois l’histoire du paternalisme minier la semaine dernière, y entendre le fort écho d’une partie de l’histoire de mon pays le Canada, l’histoire des parents et grands-parents de mes amis. Cette explication du paternalisme qui régnait au temps des mines me rappelle étrangement le passé d’une des provinces du Canada, le Québec.

Au Québec,  l’Église régule beaucoup

Nous sommes en 1950, à Québec. C’est la Grande noirceur. Sous le régime du politicien Maurice Duplessis, le paternalisme imprègne la société québecoise. Son discours de patronage fort rejoint les communautés rurales. « C’est l’ère du député-entrepreneur-homme d’affaires-commanditaire-distributeur de largesses: l’État-Providence à l’heure des anciens clochers québécois, » raconte l’universitaire québecois J.-C. Falardeau.

Régulièrement des colloques culturels ont lieu, intitulés les Semaines sociales du Canada. Les élites du clergé y interprètent les changements sociaux selon les dogmes de l’Église. Malgré les changements, le religieux, le social et le national restent toujours soudés.

Tandis que toutes les femmes du reste du Canada ont obtenu le droit de vote entre 1916 et 1925, il faut attendre 1940 pour que les femmes québecoises puissent voter pour la première fois… Dix ans plus tard, les femmes n’avaient toujours pas d’égalité juridique et ne peuvent même pas signer un bail de logement seules.

Les Québecois restent soumis à la main-mise de l’Église sur leur sort.

A Loos-en-Gohelle, la mine régule tout

Nous sommes en 1950, à Loos-en-Gohelle. L’industrie de la région fonctionne à l’or noir. Les mines en abondent, et le travail avec. On travaille soit dans la mine, soit au-dessus de la mine, pas à côté.

Une fois la crasse du cœur de terre lavée et les vêtements propres enfilés, les mineurs ne sortent pas cependant pas totalement de leurs fosses. Ou en tout cas de leurs influences. Car la mine régule tout, autant dans la sphère privée que publique. Ce n’est pas une ville, non. C’est une ville-mine.

« Les directeurs des Houillères veillent avec une sollicitude paternelle sur le sort de leurs ouvriers« , explique l’auteur Louis Simonin, déjà à la fin du XIXe.

La rue appartient aux Houillères. La maison appartient aux Houillères. Le jardin appartient aux Houillères. Le potager appartient aux Houillères. Ce n’est pas une mauvaise vie. La compagnie s’occupe de la santé et met en place une société de secours et de prévoyance, et le logement du coron est gratuit. Difficile d’y résister.

Le travailleur appartient corps et âme à son employeur.

Sortir du paternalisme pour mieux éclore ?

À rencontrer les habitants de Loos-en-Gohelle et à voir les initiatives vertes qui fleurissent dans la municipalité, on ne peut qu’être épaté du progressisme d’une ville pourtant tant accablée par le chômage et par l’histoire.

Au Québec, le féminisme accepté et célébré par la majorité démontre aussi comment un peuple peut apprendre de ses erreurs. Aujourd’hui, le Québec est au devant des luttes sociales du pays.

Beaucoup de chemin reste à parcourir, bien entendu, dans un cas comme dans l’autre. Mais le rebondissement de ces populations intrigue. Comment une population se relève-t-elle une fois abrutie par des décennies de contrôle de la pensée et du corps ?

Peut-être que finalement, la pression des chaînes qui la retient, une fois libérée, la propulse en avant.

 

 

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