Loos-en-Gohelle : Une jeune génération perdue dans la transition ?

Dans cette ville en transition de Loos-en-Gohelle, la jeune génération se bat pour réparer les blessures d’hier. Enquête sur l’état de la jeunesse loossoise.

Il a longtemps hésité avant de glisser ces mots. Mais finit par lâcher « J’ai voté FN » avec un peu de réticence. Au cours de cet après-midi ensoleillé, ce jeune garçon de 22 ans s’entraîne dans le skatepark de Loos-en-Gohelle. Il habite dans le quartier ouest, où se regroupent trois cités d’anciens logements miniers, éloignés du centre-ville.

Quand on parle de l’univers médiatique, il ne cache pas son désaveu à l’égard des médias français : « Souvent les journalistes cherchent du scoop et disent les bêtises, tandis que nous avons seulement besoin des faits essentiels. » Lorsqu’on lui demande d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à voter FN, il reste souriant, hésite à répondre et finit par refuser de parler plus de politique. Il souhaite d’ailleurs rester anonyme.

« Parce que Mélenchon représente les ouvriers, tandis que Macron est pour les riches ! »

La nuit tombe à Loos-en-Gohelle, un bourg entre ville et village. Lors des dernières élections législatives, le Front National a dépassé les 50% de vote. La moitié des habitants ont donc voté pour l’extrême-droite mais personne n’en parle. Dans un bar du centre-ville, on rencontre quelques jeunes qui prennent un verre. « Moi, je ne me suis pas encore inscrit auprès de la mairie pour voter, mais sinon je voterais pour Mélenchon », affirme Corentin, 19 ans, sans la moindre hésitation. Il poursuit son explication : « Parce que Mélenchon représente les ouvriers, tandis que Macron est pour les riches ! » De son côté, Dominique Da Silva, adjointe au maire de jeunesse et sports constate que « c’est la tendance actuelle : la plupart des jeunes ont voté soit pour Mélenchon soit pour Marine Le Pen. »

« Le problème c’est que les jeunes sont habitués à recevoir les aides de l’Etat au lieu de se débrouiller. Ils peuvent dépenser 15 euros pour acheter un maillot de football à l’effigie de Neymar… et ils se plaignent de la baisse d’APL de 5 euros par mois ! »

« Monde du chômage »

Située dans le département du Pas-de-Calais, en région des Hauts-de-France, Loos-en-Gohelle se trouve au cœur de la région minière. Après la cessation des activités minières, ce territoire se bat pour une transition vers l’avenir. Les blessures économiques de la ville ont forcément marqué les jeunes habitants. Environ 1900 Loossois sont âgés de 3 à 25 ans, sur les 6700 habitants au total selon le recensement officiel de l’INSEE de 2012.

Dominique Da Silva fait le point : « Dans les années 50 jusqu’à 60, c’était très facile de trouver un emploi. Après, les générations suivantes ont subi un peu le chômage. Aujourd’hui, c’est le monde du chômage ! » Le taux de personnes sans emploi de Loos-en-Gohelle atteint 17,7% de la population, alors que le chiffre à l’échelle nationale n’est que de 9,6 %, toujours selon l’INSEE.

Selon l’élue Dominique Da Silva, le chômage constitue le plus grand problème qui précarise la jeunesse loossoise. « Le problème c’est que les jeunes sont habitués à recevoir les aides de l’Etat au lieu de se débrouiller. Ils peuvent dépenser 15 euros pour acheter un maillot de football à l’effigie de Neymar… et ils se plaignent de la baisse d’APL de 5 euros par mois ! » En affirmant une ascension de FN parmi les jeunes, Julien Perdrigeat, directeur de cabinet du maire, affirmait lui aussi que « le plus grand problème pour les jeunes est aujourd’hui de trouver une place dans la société. »

« Allez de l’avant ! C’est à vous de vous débrouiller ! Montrez-nous ce que vous voulez ! Voilà ce que je veux dire aux jeunes »

Dominique Da Silva, adjointe au maire de jeunesse et sports, est dans son bureau. © Yan Chen

« Allez de l’avant ! »

« Allez de l’avant ! C’est à vous de vous débrouiller ! Montrez-nous ce que vous voulez ! Voilà ce que je veux dire aux jeunes », s’émeut Dominique Da Silva. Elle qui a consacré sa vie aux enfants en difficulté et s’investit maintenant en faveur de la « résilience » des jeunes de Loos-en-Gohelle.

Selon les statistiques de la mairie, la municipalité a subventionné plus de 80 associations pour les jeunes dont 23 sur le sport. Ces dernières ont intégré 691 jeunes au total dont 506 de moins de 18 ans et 185 de moins de 25. « Notre objectif est de les aider à sortir de leur mal-être et à s’ouvrir vers le monde », poursuit Dominique Da Silva. « Ces associations peuvent favoriser l’intégration des jeunes dans la société. Par exemple, dans certaines familles où les parents sont toujours au chômage, les jeunes grandissent dans une mauvaise ambiance familiale où le travail n’est pas montré en exemple. Cela pourrait devenir un cercle vicieux. Dans les associations, les jeunes peuvent mieux connaître leur environnement et trouver d’autres exemples. C’est ensemble que l’on peut retrouver un équilibre de vie. »

Résilience mouvementée

Avec son statut de ville en transition, Loos-en-Gohelle a très peu d’emplois à proposer aux jeunes. Même si beaucoup d’initiatives ont été lancées dans le but de la création d’emplois comme la pépinière d’éco-entreprises du CD2E ou la nouvelle zone industrielle Quadraparc. Dominique Da Silva admet que la plupart des jeunes partis faire des grandes écoles ne reviennent plus à Loos-en-Gohelle : ils ont du mal à percer ici. En outre, selon le document de la mairie, « une politique de co-construction de la ville n’a pas encore été totalement comprise ou adoptée par toute la population, notamment les jeunes de moins de 25 ans ». La municipalité en conclut dans son diagnostic jeunesse que « des services à l’enfance et à la jeunesse doivent se renforcer au regard des données démographiques ». Rémi, Loossois de 19 ans, confie : « Oui, l’écologie est importante. On ne dit pas que la politique écologique n’est pas correcte mais il faut faire plus pour nous les jeunes. Par exemple, nous n’avons pas beaucoup de moyens de loisirs ou d’occasions pour se rencontrer à Loos-en-Gohelle même. »

Yan CHEN

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