José Evrard, l’histoire du député passé du Parti Communiste au Front National

A 71 ans, José Evrard est le nouveau député FN de la 3e circonscription du Pas-de-Calais (Lens-Avion). Issu d’une famille de mineurs de fond et de résistants, il a d’abord été militant communiste pendant 35 ans. Il a été élu sous l’étiquette du Front national avec 51,7% des voix à Loos-en-Gohelle. Portrait.

Le député FN José Evrard a été élu avec le 52,94% des voix dans la 3ème circonscription du Nord (ex Nord-Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

L’histoire politique de José Evrard est l’emblème de l’évolution de la sociologie électorale du bassin minier et de l’ex Nord-Pas-de-Calais. Traditionnellement ancré à gauche, le territoire compte aujourd’hui quatre des huit députés du Front National. Parmi eux, un humaniste, retraité de La Poste, qui a été paradoxalement membre du bureau politique du Parti Communiste Français et maire adjoint de Billy-Montigny de 1989 à 1998. Comment peut-on basculer des barricades de Mai 68 aux murs du Front National ?

Selon Freud, cinq phases de l’élaboration du deuil existent : la négation, la colère, la négociation, la dépression et l’acceptation. Né communiste dans une une famille de mineurs de fond et de résistants, Il se trouve aujourd’hui dans un état d’esprit pragmatique qui l’oblige à inventer une nouvelle phase : la nécessité de survivre politiquement à la mort de la gauche.

« Ici tout le monde me connaît, je suis militant depuis trente ans. »

José Evrard est d’abord un homme de terrain. « Ici tout le monde me connaît, je suis militant depuis trente ans », affirme-t-il en évoquant son passé politique. Ayant dansé sur les barricades de Mai 68 et vécu les années des luttes ouvrières et étudiantes, il a douloureusement et doucement vu « le soleil de l’avenir » s’effondrer sous les décombres du mur de Berlin.

Certains l’ont accusé de trahison. « Je n’ai jamais bougé, je reste fidèle aux idéaux de justice et lutte sociale, d’égalitarisme, de lutte contre la pauvreté et le chômage. Je ne retrouve plus ça au sein de la gauche. » En se portant candidat pour le FN, a-t-il exploité une opportunité politique ? Sa réponse est immédiate, le ton monte, son front se plisse comme le sous-sol du bassin minier creusé par les galeries :  « L’opportunisme c’est quand on change de casaque et qu’on joue le lendemain avec celle d’une autre équipe ! » Une conjoncture favorable ? [le député socialiste sortant Guy Delcourt, ancien maire de Lens, ne se représentant pas et en mai dernier, Hugues Sion, son principal challenger se présentant sur une liste indépendante NDLR]. Soyons plus précis. « Oui, non, mais ça veut rien dire. J’ai quand même quitté le PCF en 2000 et j’ai rejoint le FN en 2013. » Il n’y a pas de jugement de valeur. L’opportunité n’est pas forcement de l’opportunisme, mais ce dernier peut conduire à exploiter la première. « Bah oui ! Il faut bien qu’en ce pays, on change les donnes ».

« Ni de gauche, ni de droite. Je suis patriote »

L’homme est connu pour son appétit littéraire. Dans sa libraire, on dénombre près de
8 000 livres. « Peut-être plus », s’amuse-t-il. Fin connaisseur de la littérature et de l’historiographie marxiste, José Evrard affine et nourrit son discours par de nombreuses citations. Marxisme et écologie, mais également souveraineté, indépendance et patriotisme sont les concepts le plus récurrents. Est-il de gauche ou de droite ? « Ni de gauche, ni de droite. Je suis patriote », ricane-t-il. Même lui, il ne semble pas y croire. Soyons plus précis. « Je suis le témoin vivant de la déstructuration du bassin minier. Cette région de la France est de plus en plus pauvre et économiquement immobile. Les politiques socialistes n’ont pas répondu aux exigences des cette population. Aujourd’hui, ils payent le décalage entre les promesses et les actes. »

Le député FN José Evrard devant le bureau du Front National de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin, sur Lens – © Stefano Lorusso

« Pendant la campagne électorale, mes adversaires ont pointé du doigt mon passé communiste. Ils m’ont rapporté pleins de voix. »

José Evrard a été crédible aux yeux de ses électeurs car il a totalement assumé son passé. Pas seulement il n’a plus de cadavres dans le placard, il n’a même plus de placard. « Je suis connu dans cette région pour y avoir milité longtemps. Pendant la campagne électorale, mes adversaires ont pointé du doigt mon passé communiste. Ils se sont tués tout seuls car ces accusations m’ont rapporté plein de voix. »

Le point de rupture entre lui et la gauche, a été la position trop souple de cette dernière sur les politiques européennes : « L’Europe, telle qu’elle est construite aujourd’hui, produit des profondes inégalités. Le FN a un discours patriotique. Les anciens électeurs communistes ont été plus sensibles que d’autres à ces aspects là. »

Ce professionnel de la politique a-t-il trouvé dans la ligne politique du FN un nouveau « soleil de l’avenir » ? Il hésite, un conflit s’entrevoit dans ses yeux, son esprit semble en contradiction. Le temps d’une seconde, il redevient le professionnel de la politique qu’il est. « Le FN reprend des idées dans lesquelles je m’étais engagé. Je ne vois pas pourquoi je ne devrais prendre ma place au sein du Front national. Dans la vie, ce n’est pas tout blanc ou tout noir ». Peut-être bleu Marine ? 

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *