Marie-Françoise Ten : lectrice, d’une passion à un métier

La lecture et elle, c’est une grande histoire d’amour. A tel point qu’elle est devenue lectrice professionnelle. Cette habitante de Loos-en-Gohelle travaille à l’association “Lis avec moi” de La Sauvegarde du Nord. Une histoire qu’elle partage avec plaisir avec adultes comme nourrissons. Rencontre.

Marie -Françoise Ten, lectrice et formatrice des parents. Crédit Photo: Ange Kasongo

Marie-Françoise Ten, lectrice et formatrice des parents. Crédit Photo: Ange Kasongo

“On ne peut pas séparer l’image et les écrits, ils sont complémentaires.” D‘entrée de jeux, Marie-Françoise Ten annonce la couleur. “Ce qui est exceptionnel entre les albums photos et la lecture, c’est que l’image ajoute un plus : elle insiste sur ce que l’écrit ne laisse pas facilement transparaître.”

Plaisir de partager

Marie-Françoise a 52 ans. Elle baigne dans les mots depuis toute petite. L’influence de son grand père, qui s’amusait à inventer des histoires avec elle, a été prépondérante. Très tôt, Marie-Françoise ressent un esprit d’une grande curiosité et l’envie d’aller dans le « détail des choses », de vouloir comprendre « les images au delà des textes qui les accompagnent ». Elle garde aussi le souvenir de sa grand-mère, qui lit des romans d’amour… auxquels la petite ne comprend évidemment rien. Les grands-parents initient en tout cas parfaitement la jeune fille curieuse qu’est Marie-Françoise au plaisir de la lecture.

Plus tard, Marie-Françoise fait la même chose avec ses filles, à commencer par son aînée. A trois ans à peine, cette dernière raconte la fin des histoires à l’école… sans attendre que la maîtresse les termine. Car ce sont des histoires que la petite fille a déjà entendu à la maison ! Invitée à l’école, Marie-Françoise en tant que jeune maman, accepte de lire bénévolement des histoires aux écoliers mais aussi aux enfants des quartiers. Nous sommes en 1988.  

D’une passion à un métier

Aujourd’hui, Marie-Françoise sillonne la région Pas-de-Calais pour des lectures aux petits comme aux grands. “La lecture est un plaisir, le plaisir de partager quelques chose avec l’autre”, résume-t-elle. Il lui aura fallu attendre dix ans pour que sa passion devienne sa profession. En 1997, elle devient salariée. D’abord à travers un projet culturel de la mairie de Loos-en-Gohelle. Ensuite, avec l’association “Lis avec moi” pour laquelle elle travaille aujourd’hui. Dans ce cadre, Marie-Françoise a collaboré à l’écriture du Kit du praticien de l’association nationale Quand les livres relient, qui travaille autour de la lecture à haute voix. Le thème de la littérature de jeunesse est en effet un axe de prévention de l’illettrisme.

 

Marie - Fraçoise Ten entrain de faire une lecture, Crédit Photo: Ange Kasongo

Marie – Fraçoise Ten entrain de faire une lecture. Crédit Photo: Ange Kasongo

Lire aux bébés 

“Il faut lire des histoires dès la naissance”, aborde-t-elle avec un ton direct mais modéré, tel un médecin qui transcrit une ordonnance.  Assise sur son canapé noir, près des cinq livres qui accompagnent sa vie quotidienne, elle poursuit: “Le plus important dans la lecture c’est de transmettre, passer un relais : il faut le faire dès la naissance”.

D’un air très rassuré et expérimenté, avec des gestes dont elle seule a le secret, Marie Françoise avoue que travailler avec les parents des nourrissons est nécessaire en amont. « Le langage du récit provoque des émotions chez le nourrisson, affirme clairement Marie-Françoise. Je me rappelle d’une petite fille, à qui je lisais “Mandarine, la petite souris” en chantonnant : elle se mettait à hurler et à s’agiter. Lorsque je lisais “Brave coccinelle”, elle se calmait et souriait. Je crois qu’elle me disait qu’elle préférait la deuxième histoire. Un bébé peut ressentir des choses et les exprimer à travers des gestes”.

Marie-Françoise observe une minute de silence puis se met à lire “Pomme – Pomme-Pomme” de Corinne Dreyfuss. La lecture dure un peu plus d’une minute

 

 

“Sur ce semblant de livre qui paraît tout simple, le sujet est complexe car il parle du cycle de la vie”, commente t-elle ensuite. “Dans les bons livres pour enfants, il y a toujours une complexité que les adultes ne voient pas forcément, les images captivent beaucoup les enfants”, ajoute-t-elle.

Selon Marie-Françoise, lire aux plus petits leur permet de voyager, de s’imaginer un univers et d’inventer à leur tour des histoires. Un enfant que l’on a habitué très tôt à lire des histoires aura une grande capacité d’écoute.

Selon une étude du Centre national du livre menée en juin 2016 auprès de 1500 jeunes de 7 à 19 ans, les jeunes lisent au moins six livres (dont deux pour l’école) par trimestre.

Coups de coeur  

Mais ce n’est pas tout. Marie-Françoise lit également dans les centres pénitentiaires. Une expérience que la cinquantenaire aux yeux bleu turquoise livre sans aucune appréhension. “ Je passe beaucoup de temps à analyser quels ouvrages j’aimerais partager avec les gens. Je ne parviendrai de toute façon pas à transmettre ce qui ne me plaît pas. Je choisis mes livres selon les attentes des prisonniers aussi. Après chaque lecture, un moment d’échange permet de découvrir l’autre.

Entre le centre pénitentiaire de Longuenesse, la maison d’arrêt d’Arras et celle de Douai, Marie-Françoise garde des souvenirs toujours singuliers. “ Par exemple, je me souviens avoir lu l’album “Partir au delà des frontières” : je pouvais lire beaucoup d’émotions dans le regard des prisonniers. Parfois, les gens s’identifient aux histoires qu’ils écoutent. La personne qui lit le ressent énormément.”

Lecture sur la pelouse
Marie-François officie aussi à l’air libre, lors des opérations de lecture sur les pelouses des jardins publics. A la fin des séances, aux adultes comme aux enfants présents, Marie-Françoise offre « un bain de livres » en étalant les ouvrages sur la pelouse. Pour elle, cela amène les livres vers les gens et inversement. Et de conclure : Il faut que les livres sortent des bibliothèques”.

 

Ange Kasongo 

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