A Loos-en-Gohelle, un écogîte conjugue développement durable et tourisme

Situé au pied des terrils jumeaux les plus hauts d’Europe (ces collines artificielles construites par les sous-produits écartés à l’époque des mines), « Fleur de ciel » est un écogite situé dans la commune de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais), une ville pilote du développement durable.

Construit en 2009, il est le premier écogîte au nord de Paris. Panneaux solaires, récupération des eaux de pluie, mur et toit végétalisés font de lui un exemple de tourisme durable. Marianne l’a construit avec son mari, Didier Caron. Ils expliquent en quoi cet écogîte est original.

 

Chronique italienne : ce que les mines d’Aoste ont de commun (ou de différent) des mines de Loos-en-Gohelle

De l’extrême nord italien, à l’extrême nord français. D’une région minière, la Vallée d’Aoste, à une autre, le Nord-Pas-de-Calais. De l’Italie à la France, mon déplacement s’avère cohérent. Deux lieux de ma vie si similaires, en même temps si différents.

Une couverture de champs colorés jusqu’à l’horizon. Deux terrils-pyramides noirs assortis à un ciel couleur nuage. Des maisons en briques aux toits pentus qui semblent sortir tout droit d’un dessin d’enfant. Il faut bien le dire : lorsque je suis arrivée ici, absolument rien de ce paysage ne me rappelait l’endroit où je suis née. Habituée à des montagnes bien plus élevées que ces deux terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, en Vallée d’Aoste on ne voit jamais l’horizon. Lorsque le soleil se cache derrière les Alpes, la nuit tombe trop tôt (mais au moins il y a le soleil !).

Pourtant, le mode de vie loossois m’a tout de suite rappelé ma petite ville d’Aosta. On sort de chez soi, on rencontre un ami, un voisin, un parent, un cousin, un chien qu’on connait. Et, bien sûr, ce couple dont toute la ville parlera le lendemain. Quatre cafés au total, on n’abandonne jamais les habitudes d’une vie.

Au delà des commérages, il y a bien des similarités plus intéressantes à trouver. Hélas, je ne parle pas d’écologie. Ma ville, bien qu’entourée de nature, reste malheureusement un pas en arrière par rapport au développement durable qu’entreprend Loos-en-Gohelle. Pour trouver des points communs, il faut fouiller dans le passé.

Le village des mineurs de la Mine de Cogne (2.500 m) © Wikipédia (https://it.wikipedia.org/wiki/File:Villaggio_Minatori.jpg)

C’est à Cogne, le village où j’ai grandi entre les sapins et les furets, qu’on trouve la plus haute mine d’Europe. Située à 2 500 mètres d’altitude, les mineurs devaient monter jusqu’à ces sommets des plus hauts rochers d’Italie au lieu de descendre au sous-sol à la recherche du charbon. Pour se faufiler ensuite dans les entrailles de la montagne. Ainsi, le village des mineurs était surélevé. Le nez en l’air, il est encore bien visible aujourd’hui. Ils y habitaient à plus de mille à l’époque. Comme dans le bassin minier, la vallée d’Aoste a accueilli beaucoup d’immigrés avec l’ouverture de la mine.

Le village des mineurs, aujourd’hui © Wikipédia

A Cogne on extrayait du minerai de fer, matière première pour l’aciérie de la ville d’Aosta. Rouillée et chancelante, cette usine sidérurgique ne pouvait que s’appeler que « Cogne ». Ses fumées continuent à obscurcir – et polluer – le ciel bleu de chez moi, même si la mine a définitivement fermé en 1969.

La mine n’est pas juste un lieu, mais un monde fascinant que beaucoup d’écrivains ont essayé de raconter. Une société, un mode de vie que les Loossois connaissent très bien. C’est justement le travail de l’association La Chaîne de Terrils : permettre aux habitants de se réapproprier de ce patrimoine. Ainsi, aujourd’hui les jeunes Loossois  savent raconter leurs lieux du passé.

La Mine de Cogne, panorama à 2.500 m © Wikipedia (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mniere_di_Cogne_5.JPG )

En revanche, en Vallée d’Aoste, le monde de la mine a été complètement oublié. Un patrimoine commun qui n’a jamais été valorisé. Le Comité Coeur de Fer (Comitato Cuore di Ferro) se bat pour cette cause. Il a récemment présenté un projet pour la création d’un parc minier, lieu de décryptage pour les touristes et les locaux, qui permettrait de redécouvrir ces lieux isolés.

Il y a 30 ans, ma région cherchait déjà des solutions : l’idée était celle de rouvrir la voie ferrée qui reliait le village de Cogne (2000 m) à la ville d’Aosta (600 m), creusée dans la montagne. Après 25 ans de travail et 30 millions d’euros de dépenses… le « train de la mine de Cogne » n’est jamais parti. Un énorme scandale, un honteux gaspillage dont personne comprend les raisons. Aujourd’hui, tout est à l’abandon. Avec la perte des derniers mineurs, on oublie une partie de notre histoire.

De la mine la plus haute d’Europe, au terril le plus haut d’Europe, pour m’en souvenir il a fallu venir à Loos-en-Gohelle et écrire cet article.

J’imagine sept jeunes jeunes journalistes en reportage à Cogne pendant deux semaines. Il y aurait bien de choses à dire.

Marcel Caron, ancien maire de Loos-en-Gohelle : un mandat consacré à la mémoire et la la culture

Fin des années des 70, les puits de mines ferment les uns après les autres dans le bassin minier. Marcel Caron, alors maire de Loos-en-Gohelle (et père du maire actuel), entreprend envers et contre tous, la préservation du patrimoine minier. Rencontre.

Marcel Caron, ancien maire de Loos-en-Gohelle © Martina Mannini

C’était la fin d’un empire. Avec la fermeture progressive des mines et l’arrêt de l’extraction de charbon, la population sombre dans un pessimisme noir. Elu maire de Loos-en-Gohelle, une petite ville de 7000 habitants au coeur du bassin minier, Marcel Caron n’a pas souhaité se résoudre à voire disparaître les chevalets, les terrils et les bâtiments de la fosse du 11-19. A une époque où la majeure partie des habitants souhaitaient tout raser, ne souhaitant plus entendre parler de charbon. L’objectif du maire : faire du site un lieu de mémoire collective.

Partir des racines

C’est à partir de ce projet que les festivités des Gohelliades sont lancées. Quand l’industrie minière a cessé d’exister, les gens se sentaient perdus, tout à coup inutiles et incompétents malgré eux. « A l’époque, monsieur l’ingénieur dirigeait tout« , se souvient Marcel Caron. Même après, les traces de la domination minière restaient visibles à chaque coin de rue : dans les propriétés de quartier, dans les installations, dans les stades… Le travail s’était arrêté, mais la ville ? Personne n’en parlait. Pour Marcel Caron, il fallait se relever et commencer une nouvelle vie à partir du passé. « Le territoire changeait autour de nous, et on devait profiter du temps donné pour fixer les souvenirs trop longtemps ignorés« . Il insiste :  » Des souvenirs qui étaient révélateurs à la fois de la vie et de la richesse spontanée des Loossois« .

En chemin vers le festival

Marcel Caron pense à organiser des activités culturelles. Il voit la culture comme une piste d’avenir pour donner une nouvelle dimension à la région. A l’époque, on le considère comme un fou. Aux réunions des syndicats intercommunaux, apparemment personne ne semble comprendre l’importance d’un tel projet. Malgré tout, le maire réussit à réunir une quinzaine de bénévoles autour de son projet. L’idée sera formalisée en 1982.

« Au début, on est parti un peu dans toutes les directions », explique-t-il. « On voulait valoriser les passions des gens, découvrir les petits trésors personnels qu’ils avaient tendance à cacher dans leurs maisons, puisqu’ils avaient vécu longtemps dans un esprit de soumission ». L’équipe de Marcel a donc organisé des expositions, des soirées et des concours qui tournaient autour de plusieurs formes d’expression : la danse, le chant, l’écriture, l’art, etc.

Début des Gohelliades

Lors de la première édition du festival des Gohelliades en 1984, il y avait de tout et notamment des collectionneurs, de peintres, des poètes patoisants. « Je me souviens d’une formidable maquette en miniature de l’ancienne fosse où est actuellement implanté le Louvre« , raconte l’homme en souriant.

Le vrai choc restait à venir. Bientôt, le projet s’est tourné vers les symboles visibles de la région : les terrils. Pour montrer brutalement aux gens que ces lieux typiques pouvaient être regardés autrement et redevenir ‘vivants’. Plusieurs opérations de décoration de ces cônes noirs se succèdent, pour donner à nouveau envie à la population de lever la tête vers eux.

Marcel souligne les gros efforts fournis en cours de réalisation, aux prises avec un lieu presque inaccessible, où tout devait être transporté à la main. « Une fois, on a blanchi la pointe du terril. Une autre fois, on a mis un triple collier tout autour. Et encore une autre fois, un miroir aux alouettes qu’on pouvait voir jusqu’à 40 kilomètres à la ronde » Ce sont les images qu’il voit figurer dans sa tête. L’ancien maire s’est ensuite rendu compte que ça fonctionnait : il y avait une accroche, les habitants se mobilisaient en masse pour participer à la fabrication des outils de décoration.

Explorer l’identité

L’équipe est donc passée à l’organisation d’événements scéniques avec des montages son et lumière en plein air (dans le terril plat du puits du 15 bis, ingénieusement aménagé en théâtre de verdure). Elle collaborait avec les associations locales et des clubs de haut niveau, ouverts à tous. « On a quand même choisi de gérer le processus de création sous forme de travail de créativité encadré. C’est-à-dire que chacun pouvait participer librement au ‘jeu’, apporter une idée, mais tout devait tourner autour du thème du patrimoine et de l’identité de la Gohelle ».

Finalement, en 1987, les efforts du groupe sont récompensés et le spectacle populaire « Terre d’en haut, terre d’en bas » est représenté sur les ruines du carreau de fosse 11/19, fraichement fermé, animé par une centaine de figurants non-professionnels. Par la suite, grâce à une nouvelle et fructueuse collaboration avec l’organisme intercommunal Culture commune, dont le laboratoire artistique s’installe à la Base 11/19, les activités culturelles à Loos trouvent finalement une plateforme stable, alimentées par un réseau énergique qui reste fidèle à la philosophie initiale du projet : un mélange entre professionnalisme et forte implication des habitants.

Un exploit difficile

« Notre cible était de rendre le festival accessible à tous et d’attirer un public provenant y compris des territoires en dehors de la commune. Mais le long du parcours on a rencontré des obstacles ». L’expression sur le visage de Marcel Caron change, il dévient plus sérieux. Il raconte qu’en 1984, lors du lancement du projet, et dans les années suivantes, il n’y avait eu aucun relais positif sur ces actions dans la presse locale. Un empêchement lié aux préjugés. « Tout autour en France, s’était formée une image du Nord détestable. Malheureusement relayée par les gens de la région eux-mêmes. Quand je parlais de ce projet culturel à Paris, tout le monde se demandait ce qu’il pouvait bien sortir de bon de cette région composée de pions capables de travailler mécaniquement pendant des heures ».

Marcel Caron, par contre, voyait bien plus de choses derrière cette image. Il voyait un ensemble original et riche en potentiel. « Ce qui m’a frappé au cours de mon mandat, c’est que je suis tombé sur des personnes assez extraordinaires, qui m’ont appris des choses inconnues et intéressantes. Dans mon travail, j’ai voulu partir de ce qui les gens ressentaient. J’ai essayé de les mettre en condition de pouvoir extérioriser leurs pensées. » Son but était de transformer la négation de la réalité vécue en quelque chose de positif. « Je cherchais un moyen pour révéler leurs propres capacités et les aider à développer un sentiment de fierté et d’appartenance au bassin minier. »

 

Le pâté des rois, recette de Loos-en-Gohelle, doit-elle être inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco ?

Le « pâté des rois » est un plat local, une spécialité que l’on ne trouve qu’à Loos-en-Gohelle. Certains habitants souhaiteraient même que cette recette figure au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pâté des Rois organisé par la Mairie de Loos en Gohelle en mars 2017-Océane Ten

Pâté des Rois préparée par la mairie de Loos en Gohelle en mars 2017 © Mairie de Loos-en-Gohelle

C’est une recette qui se transmet de génération en génération. Lauriane Lorthios, agent administratif à Loos-en-Gohelle a accepté de nous dévoiler son secret. Car a priori, chaque famille a sa propre recette…

Ce plat était au départ destiné aux agriculteurs : beaucoup de viandes se trouvent à son intérieur, car le travail des champs demandait énormément d’énergie. Selon certains Loossois, le « pâté des rois » existe depuis longtemps, sans doute plus de mille ans.

Traditionnellement, les Loossois concoctent le « Pâté des Rois » au cœur de l’hiver, surtout au mois de janvier. Il faut beaucoup de temps, presque trois jours pour préparer cette spécialité ! Cette tourte se mange évidemment en famille.

Pâté des rois, avant cuire © Lauriane Lorthios

Pâté des rois, avant cuire © Lauriane Lorthios

La recette du pâté des rois

Chaque famille Loossoise possède ses propres proportions. Certaines personnes veulent moins de viande. D’autres mettent plus de farine ou de pruneaux. Il existe même une variante avec les pommes. La préparation de base est presque pareille : farine, levure, sel, poivre, pruneaux, pommes, oignons, thym, matière grasse. Les viandes utilisées sont le veau, le porc et le lapin. Attention : pas de poissons autorisés, sinon, c’est un plat japonais.

Voici la recette qu’on a trouvée sur le site de la mairie de Loos-en-Gohelle.

La recette du pâté des Rois © Mairie de Loos-en-Gohelle

La recette du pâté des Rois, mars 2017 © Mairie de Loos-en-Gohelle

Lauriane Lorthios est en train de préparer le pâté des rois © Mairie de Loos-en-Gohelle

 

          

 

          Comment fait-on le Pâté des Rois ?

 

Passionné la culinaire française, Lauriane Lorthios réalise  chaque année le pâté des rois afin de le partager en famille. Elle nous explique avec plaisir sa recette, à écouter par ici.

Pour cette adjointe administratif à la mairie de Loos-en-Gohelle, ce plat est unique devrait être inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Lauriane Lorthios espère qu’on puisse faire la demande d’inscription pour ne pas perdre la tradition.

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Pâté des rois © Lauriane Lorthios

Chronique canadienne : le paternalisme, comparé d’un côté et de l’autre de l’Atlantique

Gauche : Des trieuses de charbon de la Compagnie des Mines de Lens, en 1950 / Droite : Le premier ministre québecois Maurice Duplessis avec Mgr Charbonneau, en 1946 © Archives

Pourquoi le développement dans le bassin minier, à Loos-en-Gohelle est-il plus ardu que dans le reste de la France ? Et, comment se fait-il que malgré ces difficultés, cette terre soit fertile pour de nombreuses progrès sociaux et écologiques ? Les réponses à ces questions sont aussi nombreuses et variées que les personnes qui tentent d’y répondre.

Il faut que je vous avoue quelque chose. Je ne suis spécialiste ni du Nord ni du Québec, étant née à Lyon; et n’ayant vécu au qu’en Ontario. Il m’a pourtant semblé, en écoutant pour la première fois l’histoire du paternalisme minier la semaine dernière, y entendre le fort écho d’une partie de l’histoire de mon pays le Canada, l’histoire des parents et grands-parents de mes amis. Cette explication du paternalisme qui régnait au temps des mines me rappelle étrangement le passé d’une des provinces du Canada, le Québec.

Au Québec,  l’Église régule beaucoup

Nous sommes en 1950, à Québec. C’est la Grande noirceur. Sous le régime du politicien Maurice Duplessis, le paternalisme imprègne la société québecoise. Son discours de patronage fort rejoint les communautés rurales. « C’est l’ère du député-entrepreneur-homme d’affaires-commanditaire-distributeur de largesses: l’État-Providence à l’heure des anciens clochers québécois, » raconte l’universitaire québecois J.-C. Falardeau.

Régulièrement des colloques culturels ont lieu, intitulés les Semaines sociales du Canada. Les élites du clergé y interprètent les changements sociaux selon les dogmes de l’Église. Malgré les changements, le religieux, le social et le national restent toujours soudés.

Tandis que toutes les femmes du reste du Canada ont obtenu le droit de vote entre 1916 et 1925, il faut attendre 1940 pour que les femmes québecoises puissent voter pour la première fois… Dix ans plus tard, les femmes n’avaient toujours pas d’égalité juridique et ne peuvent même pas signer un bail de logement seules.

Les Québecois restent soumis à la main-mise de l’Église sur leur sort.

A Loos-en-Gohelle, la mine régule tout

Nous sommes en 1950, à Loos-en-Gohelle. L’industrie de la région fonctionne à l’or noir. Les mines en abondent, et le travail avec. On travaille soit dans la mine, soit au-dessus de la mine, pas à côté.

Une fois la crasse du cœur de terre lavée et les vêtements propres enfilés, les mineurs ne sortent pas cependant pas totalement de leurs fosses. Ou en tout cas de leurs influences. Car la mine régule tout, autant dans la sphère privée que publique. Ce n’est pas une ville, non. C’est une ville-mine.

« Les directeurs des Houillères veillent avec une sollicitude paternelle sur le sort de leurs ouvriers« , explique l’auteur Louis Simonin, déjà à la fin du XIXe.

La rue appartient aux Houillères. La maison appartient aux Houillères. Le jardin appartient aux Houillères. Le potager appartient aux Houillères. Ce n’est pas une mauvaise vie. La compagnie s’occupe de la santé et met en place une société de secours et de prévoyance, et le logement du coron est gratuit. Difficile d’y résister.

Le travailleur appartient corps et âme à son employeur.

Sortir du paternalisme pour mieux éclore ?

À rencontrer les habitants de Loos-en-Gohelle et à voir les initiatives vertes qui fleurissent dans la municipalité, on ne peut qu’être épaté du progressisme d’une ville pourtant tant accablée par le chômage et par l’histoire.

Au Québec, le féminisme accepté et célébré par la majorité démontre aussi comment un peuple peut apprendre de ses erreurs. Aujourd’hui, le Québec est au devant des luttes sociales du pays.

Beaucoup de chemin reste à parcourir, bien entendu, dans un cas comme dans l’autre. Mais le rebondissement de ces populations intrigue. Comment une population se relève-t-elle une fois abrutie par des décennies de contrôle de la pensée et du corps ?

Peut-être que finalement, la pression des chaînes qui la retient, une fois libérée, la propulse en avant.

 

 

Zoom sur la faune et la flore exceptionnelle des terrils de Loos-en-Gohelle

Saviez-vous que les terrils possèdent une flore et une faune exceptionnelle ? Hier chargés du poids de l’image négative de la région, ces montagnes de cailloux abritent aujourd’hui une biodiversité fascinante à observer. Top 6 des incontournables des terrils.

Plantes

Le figuier

Un jour, un specimen a germé à l’improviste sur un flanc du terril: normalement dans la région il ne pousse même pas dans les jardins ! Même si les figuiers de terrils ne donnent jamais réellement de fruits à cause du manque de soleil, ils figurent en bonne place dans le top des espèces originales.

Une légende raconte que le pépin originel est venu directement du Maroc, dans les bagages d’un mineur de la fosse 11/19. En effet à l’époque, lors de leur pause-déjeuner, les mineurs jetaient leurs déchets de nourriture dans des wagonnets, qui étaient déversés… directement au sommet des terrils !

Le pavot cornu

Cette espèce rustique et vigoureuse, qui pousse normalement dans les dunes et dans les terres incultes, fait partie des plantes pionnières, c’est-à-dire les premières ont réussi à s’implanter spontanément sur le sol nu. On le reconnaît grâce à son feuillage vert-bleu ondulé et à ses fleurs de coquelicot d’un jaune orangé. Son système de racines très longues et pivotantes lui permet de garder une certaine tenue dans les sols drainés, s’accrochant même aux pierres encore mobiles.

Un exemplaire de pavot cornu fleuri sur le terril © Arianna Poletti

Le seneçon du cap

Cette espèce herbacée très envahissante, aux fleurs d’un jaune vif, fait partie des plantes qui sont arrivées sur le terril grâce aux hommes. Originaire d’Afrique du Sud, elle arrive en Europe lors des guerres 14-18 et 39-45. Elle produit des grains à forte capacité de dissémination, qui volent au vent et s’accrochent facilement aux habits. La tradition veut qu’elle soit arrivée en France par intermédiaire des toisons de moutons importées de la ville de Mazamet, dans le Sud, par les usines de Calais. Elle s’est vite répandue dans le bassin minier où on la retrouve souvent au bord des routes ou des voies ferrées.

Le rosier sauvage

Autrement appelé Rosa Canina, c’est un arbuste épineux à fleurs rosées qu’on trouve surtout en plaine et qui sert de base pour les greffes des arbres. Ses fruits, les cynorhodons, sont très riches en vitamine C et sont utilisés pour réaliser des gelées, des sirops et des confitures. Ils sont appelés familièrement ‘gratte-culs’ : un terme qui évoque l’effet irritant des poils qui se trouvent à son intérieur au contact de la peau. Les enfants du territoire s’amusent souvent à les enfiler dans le derrière des chemises de leurs camarades.

Animaux

Le Crapaud calamite

Cet habitant de taille petite du terril aime l’altitude et se refuge habituellement dans les zones les plus tranquilles et humides pour pondre ses œufs, comme des flaques d’eau par exemple. Il se cache souvent sous les pierres et sous les morceaux de ferrailles et de bois qui forment l’ancien tapis minier. Il se distingue par une ligne jaune ornant son dos verdâtre. Au début de la saison des amours, en mai, les mâles chantent au cours de la nuit. Ce chant en cœur est très puissant  : il peut être entendu jusqu’à deux kilomètres de distance !

Le lézard des murailles

On trouve tout un cortège de ces lézards protégés au niveau des terrils. De couleur marron-gris, avec une longue queue, ils apprécient les expositions ensoleillées et ils pondent leurs œufs sous les pierres. Mais le mode de ponte dépend du milieu : dans le sud de la France, ils sont vivipares : les petits naissent sans enveloppe ni coquille.

Le merle à plastron

Cet oiseau migrateur au plumage brun part chaque année des pays du Nord pour descendre jusqu’en Afrique. C’est en remontant qu’il s’arrête sur les terrils au printemps pour se reproduire. Pour mieux observer l’évolution et les déplacements de ces oiseaux migratoires, des opérations de baguage sont organisées durant trois semaines.

Un champ de fleurs aux pieds du terril © Arianna Poletti

Le saviez-vous ?

Dans les années 80, la majorité des Loossois n’avait jamais mis les pieds sur les terrils. Ces collines de roches et de ‘gaillettes’ noires, déchets de l’extraction minière, étaient considérées comme de gigantesques poubelles. Dans ce territoire post-industriel, la nature a repris ses droits : elle représente même un patrimoine varié très intéressant à étudier et à préserver.

Au début de la reconquête verte, les plantes les moins exigeantes et les plus capables de s’adapter aux conditions particulières ont ouvert le bal. Ce sont elles qui ont ensuite permis l’installation d’autres nombreuses espèces.  Le microclimat des terrils contraste avec le territoire alentour. Les pentes sont plus sensibles à l’érosion. Les températures sont plus élevées (de 5 degrés en moyenne) à cause de la couverture noire qui absorbe mieux les rayons du soleil.  La composition du sol est plus acide et dépourvue de substances chimiques. Le milieu est globalement plus sec et aride, puisque les tas de cailloux présents ne tiennent pas l’eau.

 

Merci à Francis Maréchal, président du CPIE Chaine des Terrils, passionné de nature et ornithologie et organisateur de balades guidées, qui a permis la réalisation de cet article.

 

Chronique burkinabè* : on ne s’oriente pas de la même façon à Loos et à Dassa

S’il y a quelque chose qui m’a marqué en arrivant à Loos-en-Gohelle (qui compte 7000 habitants environ), c’est la manière de s’orienter dans la circulation. Totalement différente de mon village d’origine, Dassa, Burkina Faso, qui était environ deux fois plus gros en 2006.

A Loos, pour aller voir quelqu’un chez lui, il faut trouver son adresse et se faire guider soit par les panneaux d’indication routière et les numéros des rues soit par un GPS. Faire la même chose dans mon village à Dassa ? Impossible, vous ne vous retrouverez jamais.

Nous avons une méthode plus simple que ça : « Tout le monde connait où tout le monde habite ». Il suffit donc pour le visiteur étranger de se faire accompagner… A bon entendeur !

*Concernant l’accord de Burkinabè, le Larousse propose trois choix :

burkinabé adjectif et nom
ou
burkinais, burkinaise adjectif et nom
ou
burkinabè adjectif invariable et nom invariable

et nous avons choisi l’invariable.

Loos-en-Gohelle et le vote frontiste : comment le bassin minier a basculé de la gauche à l’extrême droite ?

Après un demi-siècle d’alternance entre socialistes et communistes, l’ancienne région du Nord-Pas-de-Calais change de direction. Dans le bassin minier, Loos-en-Gohelle est un exemple de ce basculement. Comment s’explique ce virage brusque entraînant une chute en piqué de la gauche ?

Une ville cassée en deux. A Loos-en-Gohelle, 51,7% des habitants a voté Front National au deuxième tour des législatives en mai dernier. Un résultat prévisible. Lors des présidentielles, Marine Le Pen avait déjà culminé 57% des suffrages exprimés lors du second tour, le premier tour ayant affiché un tiercé Le Pen, Mélenchon et Macron. Aux législatives c’est l’abstention qui gagne (plus de 50% lors des deux tours).

 

Une affiche du député Front National (FN) José Evrard pour élections législatives de 2017 dans la cité Belgique de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais). Derrière, une affiche décolorée du leader de la France Insoumise (FI), Jean-Luc Mélenchon – © Stefano Lorusso

Cette petite ville n’est qu’un exemple. C’est justement dans l’ancien bassin minier que le Front National réalise ses meilleurs scores au niveau national. Quatre députés ont été élus rien que dans le département Pas-de-Calais. Dans la troisième circonscription, celle dont Loos-en-Gohelle fait partie, José Évrard l’a remporté. Ancien communiste passé au Front National, son histoire est le miroir de celle du bassin minier. Après cinquante ans d’alternance entre socialistes et communistes, l’ancienne région du Nord-Pas-de-Calais change radicalement de couleur politique. Et Loos-en-Gohelle aussi.

Parler de Front National à Loos-en-Gohelle

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Par contre, à Loos-en-Gohelle, personne a envie d’en parler : « J’en sais rien », « c’est la faute des autres », « j’étais à la mer le jour des élections ». Un grand tabou. Pourtant, le Front National détient aujourd’hui un nouveau record le bassin minier.

« Franchement, je n’ai rien à dire » : parler de politique au marché de Loos-en-Gohelle est compliqué, parler du Front National l’est encore plus. « Notre mairie est de gauche, on le connaît, ici tout le monde se connaît. Le résultat du Front National m’a choqué. Ici c’est comme ça, on ne dit rien, c’est la mentalité des gens », analyse Éveline, la cinquantaine, en rangeant son étal au marché.
Michel, éducateur de 55 ans, est né et a grandi à Loos-en-Gohelle. Il ne comprend pas non plus : « C’est la catastrophe. L’ancien monde ouvrier communiste est passé au Front National. Je n’arrive pas à comprendre ! Je continue à voter à gauche. Je connais des gens qui votaient à gauche – qui votaient les communistes ! – et qui sont passés au Front National. Mais ils ne le disent pas : les gens ici votent FN, mais aucun ose annoncer la couleur. Si mon père savait… », murmure-t-il. Pour continuer à parler plus librement, il préfère s’éloigner des autres clients du marché.

Mère de deux jeunes engagés contre le FN, Marie travaille depuis longtemps dans le secteur associatif : « Ici à Loos-en-Gohelle c’est compliqué » , s’énerve-t-elle. « Loos-en-Gohelle a toujours voté à gauche, on ne se posait même pas la question. Nos grand-parents ont été les protagonistes des luttes sociales. Il n’y a aucune liste frontiste, donc les gens n’osent pas se révéler » . Pour le moment, effectivement, le FN n’est pas officiellement représenté à Loos-en-Gohelle. « De plus, notre mairie est de gauche ! », exclame-t-elle.

« J’ai voté Front National parce que j’ai rien à perdre. Au moins, eux, ils nous considèrent. »

Un paradoxe ? Dans la ville pionnière du développement durable, le maire écologiste Jean-François Caron triomphe depuis 2001 aux municipales. Mais le FN gagne sur d’autres élections, présidentielles et législatives en particulier.

Cindy est l’une des rares qui ose parler de son vote Front National. Au chômage, cette mère célibataire habite la Cité Belgique avec ses deux filles et ses trois chiens. Les six occupent une maison minuscule. Un gâteau moelleux m’accueille sur la table.
« Je respecte notre maire, je ne dis pas qu’il n’est pas un bon maire. Mais au niveau national c’est différent. Il faut essayer. On le voit déjà avec Macron : la situation ne s’améliore pas pour nous, les petits. Regardez la baisse des APL. J’ai voté Front National parce que j’ai rien à perdre. Au moins, eux, ils nous considèrent ». Arrivée ici en 2004, elle reste reconnaissante : « Heureusement que cette maison m’a été attribuée, sinon j’aurais été sans un toit et j’aurais perdu la garde de mes filles. Je ne peux pas être contre celui qui m’a aidée ». Pour elle, soutenir au niveau local les Verts et à l’échelle nationale le FN, c’est possible. Et même pas contradictoire.

Une maison abandonnée au 23 rue du Sénégal, dans la cité Belgique de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

La perte d’espoir dans la politique

A la Cité Belgique, l’une des trois quartiers de Loos-en-Gohelle, le refrain est toujours le même. « Rien ne changera ». La situation est bien différente par rapport au centre-ville. « Parler de politique ? », Rémi rigole. Deux tatouages colorés de la légion étrangère lui marquent les bras. Lui, ancien mineur, a grandi dans le quartier ouest de Loos-en-Gohelle. Il l’a vu changer. « Je votais Parti Communiste mais aujourd’hui je me considère anarchiste. Ils sont tous les mêmes, j’ai perdu l’espoir dans la politique ».

Une autre habitante du quartier, Claire* est d’accord. Cinq enfants à élever, elle baisse les yeux, elle a du mal à avouer qu’elle est au chômage : « J’en sais rien, je n’ai même pas la télévision. J’ai voté blanc parce que je ne savais pas qui choisir : ça ne change rien de toute façon. Par contre, mon copain vote Front National ». Gabriel, lui, est maçon. Il s’approche avec suspicion à la clôture de son jardin. Il a essayé les deux : « J’ai voté à gauche et à droite. Ces dernières élections, je n’ai pas voté. Rien n’a changé dans notre quotidien. Donc c’est inutile ». Les explications restent élusives, difficile de connaître les attentes et d’avoir une argumentation plus précise.

Cindia habite la Cité 5. La situation est différente. L’ambiance est plus sereine. Le quartier est résidentiel  : y habitent beaucoup de familles. Pourtant elle lâche : « La politique pas du tout. La politique, c’est l’argent des autres. »

Cachées derrière les terrils jumeaux, les Cités restent aujourd’hui à l’écart de la ville. La grande route de Béthune coupe la ville en deux : d’un côté le centre ville, de l’autre, à plus de deux kilomètres de distance, les quartiers ouest. Les deux n’ont pas beaucoup d’occasions de se rencontrer. Avant, la vie de ces quartiers dépendaient étroitement de la mine. Aujourd’hui, avec la fermeture du dernier puits en 1990, certains habitants connaissent des lourdes difficultés économiques. Le quartier a changé de visage. Ici, les gens qui ont choisi le FN sont nombreux.

« Tout le monde est sans emploi ici, tous mes voisins. J’ai voté Front National pour voir, enfin, changer les choses. »


« Avant, c’était la compagnie minière qui s’occupait du quartier. Si on ne faisait pas le jardin, on avait une amende. Entre hier et aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé »
, explique Patricia. Retraitée, elle habite à la Cité Belgique depuis toujours. Elle a envie de parler : « J’ai grandi ici, c’est mon quartier. Je peux vous dire que avec la fermeture des mines ça a été la déprime sociale », elle baisse la voix. Dans son quartier, se trouvent aujourd’hui les logements sociaux, attribués aux plus démunis : « Tout le monde est sans emploi. Il n’y a pas de solidarité entre voisins dans ma rue. Il y a beaucoup de problèmes. »  Elle a voté Front National. « Je l’avoue, je n’ai rien à cacher, moi. J’ai voté Front National pour voir, enfin, changer les choses. Ou au moins essayer. Je n’ai rien à perdre ». « Le FN s’occupe des petits, de nos problèmes », confirme sa voisine Cindy. Selon elles, le Front National les considère dans leurs discours, sans pour autant énumérer des propositions précises.

Un habitant de la cité Belgique de Loos-en-Gohelle taille les plantes de son jardin – © Stefano Lorusso

Du Parti Communiste au Front National : José Evrard élu député

José Evrard, le nouveau député Front National de la troisième circonscription dont Loos-en-Gohelle fait partie, incarne également le basculement de la région. Fils de mineur et de résistants, ayant longtemps milité dans le Parti Communiste Français (PCF), il garde de nombreux souvenirs de son passé : « J’ai grandi dans une famille de résistants, j’ai manifesté. J’ai grandi dans le monde des mines. Et je suis le témoin vivant de la liquidation du bassin minier dans ses aspects les plus négatifs ».

Quelles sont les raisons de cette pirouette à 360° ? Selon le député « l’électorat de gauche est en train de glisser. Les politiques socialistes n’ont pas répondu aux exigences. Le décalage entre promesses et actes est évident, surtout dans cette région qui est traditionnellement de gauche. Beaucoup de citoyens pauvres au chômage n’ont plus voulu réitérer les erreurs du passé ». Son parcours pourrait apparaître incohérent, mais José Evrard raconte de « n’avoir jamais abandonné les mêmes idéaux de justice sociale et de lutte sociale ». Ce communiste déçu a trouvé dans le programme de Marine Le Pen « des propositions sociales très fortes : augmenter le SMIC, protéger les français et l’industrie interne ». Et une opportunité d’être élu alors que la gauche s’effondre.

Le député FN José Evrard a été élu avec le 52,94% des voix dans la 3ème circonscription du Nord (ex Nord-Pas-de-Calais) © Stefano Lorusso

Après un demi-siècle d’hégémonie (et parfois de dérapages) dans le bassin minier, la gauche a perdu pour beaucoup sa crédibilité. Ouvrant une voie royale au Front National, plébiscité par des citoyens qui se sentent oubliés.

* le prénom a été changé

 

Arianna Poletti et Stefano Lorusso

Loos-en-Gohelle : Une jeune génération perdue dans la transition ?

Dans cette ville en transition de Loos-en-Gohelle, la jeune génération se bat pour réparer les blessures d’hier. Enquête sur l’état de la jeunesse loossoise.

Il a longtemps hésité avant de glisser ces mots. Mais finit par lâcher « J’ai voté FN » avec un peu de réticence. Au cours de cet après-midi ensoleillé, ce jeune garçon de 22 ans s’entraîne dans le skatepark de Loos-en-Gohelle. Il habite dans le quartier ouest, où se regroupent trois cités d’anciens logements miniers, éloignés du centre-ville.

Quand on parle de l’univers médiatique, il ne cache pas son désaveu à l’égard des médias français : « Souvent les journalistes cherchent du scoop et disent les bêtises, tandis que nous avons seulement besoin des faits essentiels. » Lorsqu’on lui demande d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à voter FN, il reste souriant, hésite à répondre et finit par refuser de parler plus de politique. Il souhaite d’ailleurs rester anonyme.

« Parce que Mélenchon représente les ouvriers, tandis que Macron est pour les riches ! »

La nuit tombe à Loos-en-Gohelle, un bourg entre ville et village. Lors des dernières élections législatives, le Front National a dépassé les 50% de vote. La moitié des habitants ont donc voté pour l’extrême-droite mais personne n’en parle. Dans un bar du centre-ville, on rencontre quelques jeunes qui prennent un verre. « Moi, je ne me suis pas encore inscrit auprès de la mairie pour voter, mais sinon je voterais pour Mélenchon », affirme Corentin, 19 ans, sans la moindre hésitation. Il poursuit son explication : « Parce que Mélenchon représente les ouvriers, tandis que Macron est pour les riches ! » De son côté, Dominique Da Silva, adjointe au maire de jeunesse et sports constate que « c’est la tendance actuelle : la plupart des jeunes ont voté soit pour Mélenchon soit pour Marine Le Pen. »

« Le problème c’est que les jeunes sont habitués à recevoir les aides de l’Etat au lieu de se débrouiller. Ils peuvent dépenser 15 euros pour acheter un maillot de football à l’effigie de Neymar… et ils se plaignent de la baisse d’APL de 5 euros par mois ! »

« Monde du chômage »

Située dans le département du Pas-de-Calais, en région des Hauts-de-France, Loos-en-Gohelle se trouve au cœur de la région minière. Après la cessation des activités minières, ce territoire se bat pour une transition vers l’avenir. Les blessures économiques de la ville ont forcément marqué les jeunes habitants. Environ 1900 Loossois sont âgés de 3 à 25 ans, sur les 6700 habitants au total selon le recensement officiel de l’INSEE de 2012.

Dominique Da Silva fait le point : « Dans les années 50 jusqu’à 60, c’était très facile de trouver un emploi. Après, les générations suivantes ont subi un peu le chômage. Aujourd’hui, c’est le monde du chômage ! » Le taux de personnes sans emploi de Loos-en-Gohelle atteint 17,7% de la population, alors que le chiffre à l’échelle nationale n’est que de 9,6 %, toujours selon l’INSEE.

Selon l’élue Dominique Da Silva, le chômage constitue le plus grand problème qui précarise la jeunesse loossoise. « Le problème c’est que les jeunes sont habitués à recevoir les aides de l’Etat au lieu de se débrouiller. Ils peuvent dépenser 15 euros pour acheter un maillot de football à l’effigie de Neymar… et ils se plaignent de la baisse d’APL de 5 euros par mois ! » En affirmant une ascension de FN parmi les jeunes, Julien Perdrigeat, directeur de cabinet du maire, affirmait lui aussi que « le plus grand problème pour les jeunes est aujourd’hui de trouver une place dans la société. »

« Allez de l’avant ! C’est à vous de vous débrouiller ! Montrez-nous ce que vous voulez ! Voilà ce que je veux dire aux jeunes »

Dominique Da Silva, adjointe au maire de jeunesse et sports, est dans son bureau. © Yan Chen

« Allez de l’avant ! »

« Allez de l’avant ! C’est à vous de vous débrouiller ! Montrez-nous ce que vous voulez ! Voilà ce que je veux dire aux jeunes », s’émeut Dominique Da Silva. Elle qui a consacré sa vie aux enfants en difficulté et s’investit maintenant en faveur de la « résilience » des jeunes de Loos-en-Gohelle.

Selon les statistiques de la mairie, la municipalité a subventionné plus de 80 associations pour les jeunes dont 23 sur le sport. Ces dernières ont intégré 691 jeunes au total dont 506 de moins de 18 ans et 185 de moins de 25. « Notre objectif est de les aider à sortir de leur mal-être et à s’ouvrir vers le monde », poursuit Dominique Da Silva. « Ces associations peuvent favoriser l’intégration des jeunes dans la société. Par exemple, dans certaines familles où les parents sont toujours au chômage, les jeunes grandissent dans une mauvaise ambiance familiale où le travail n’est pas montré en exemple. Cela pourrait devenir un cercle vicieux. Dans les associations, les jeunes peuvent mieux connaître leur environnement et trouver d’autres exemples. C’est ensemble que l’on peut retrouver un équilibre de vie. »

Résilience mouvementée

Avec son statut de ville en transition, Loos-en-Gohelle a très peu d’emplois à proposer aux jeunes. Même si beaucoup d’initiatives ont été lancées dans le but de la création d’emplois comme la pépinière d’éco-entreprises du CD2E ou la nouvelle zone industrielle Quadraparc. Dominique Da Silva admet que la plupart des jeunes partis faire des grandes écoles ne reviennent plus à Loos-en-Gohelle : ils ont du mal à percer ici. En outre, selon le document de la mairie, « une politique de co-construction de la ville n’a pas encore été totalement comprise ou adoptée par toute la population, notamment les jeunes de moins de 25 ans ». La municipalité en conclut dans son diagnostic jeunesse que « des services à l’enfance et à la jeunesse doivent se renforcer au regard des données démographiques ». Rémi, Loossois de 19 ans, confie : « Oui, l’écologie est importante. On ne dit pas que la politique écologique n’est pas correcte mais il faut faire plus pour nous les jeunes. Par exemple, nous n’avons pas beaucoup de moyens de loisirs ou d’occasions pour se rencontrer à Loos-en-Gohelle même. »

Yan CHEN

Centenaire de la bataille de la Cote 70 : les péripéties d’un mémorial inespéré (2/2)

Depuis hier lundi 15 août, la bataille canadienne de la Cote 70 à Loos-en-Gohelle a officiellement cent ans. La construction du mémorial pour l’occasion a été l’objet de bien des rebondissements. D’un côté à l’autre de l’Atlantique, la communication n’a pas toujours été facile. Chronologie.

Mis à jour le 17 août 2017

On attend du grand monde à Loos-en-Gohelle. Le 22 août prochain, le mémorial canadien au coeur de Loos-en-Gohelle ouvrira officiellement ses portes aux publics, après deux ans de construction. Entièrement financé par des dons privés de Canadiens, via l’entremise du Comité Cote 70, l’histoire de la construction de cet édifice n’a pas été simple. Retour sur les grandes dates du mémorial.

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